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Peut-on filmer un policier lors d’une arrestation ? Ce sont les règles et les risques

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Publié le 13 février 2026 à 06h30. La multiplication des vidéos prises par des passants lors d’interventions policières soulève des questions juridiques et éthiques, notamment concernant le respect de la vie privée et la diffusion d’informations potentiellement incomplètes.

  • Filmer les forces de l’ordre en public est légal, mais sa diffusion peut enfreindre la réglementation sur la protection des données personnelles (RGPD).
  • La police constate une augmentation des enregistrements par les citoyens, ce qui peut avoir des conséquences importantes pour les victimes, les témoins et les forces de l’ordre.
  • L’utilisation de caméras-pièces par les policiers vise à la fois à collecter des preuves et à désamorcer les tensions.

Les images capturées par les smartphones se multiplient sur les réseaux sociaux, témoignant d’interventions policières parfois musclées. Récemment, des incidents survenus à Utrecht ont mis en lumière les enjeux liés à cette pratique. Si le droit de filmer dans l’espace public est garanti, sa diffusion nécessite une attention particulière, notamment en raison du manque de contexte souvent associé à ces séquences.

« Nous constatons que les citoyens sont de plus en plus prompts à saisir leur téléphone pour immortaliser des situations, qu’il s’agisse d’accidents ou d’interventions policières. Cela peut avoir des répercussions profondes pour les personnes concernées », explique Suzanne van de Graaf, porte-parole de la police.

« Les passants sont autorisés à filmer les interpellations, mais cela ne diminue en rien l’impact potentiel de ces images, car le contexte de la situation est souvent absent. »

Suzanne van de Graaf, porte-parole de la police

En principe, filmer les forces de l’ordre dans l’espace public est permis, à condition de ne pas entraver leur travail ou de créer une situation dangereuse. Cependant, la diffusion de ces images peut poser problème. « Si vous décidez de diffuser ces images en dehors de votre cercle familial, vous risquez de violer le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) », prévient Gerard Ritsema van Eck, professeur de droit de l’informatique à l’université de Groningen.

Le concept de « cercle familial » se réfère à l’utilisation privée des images, limitées à un usage personnel ou à un partage au sein du foyer, et exclut leur publication sur les réseaux sociaux.

La publication d’images peut être justifiée si elle contribue au débat public. « Si vous avez filmé un agent de police dans une situation potentiellement abusive, la diffusion de ces images peut être un apport précieux au débat », souligne Ritsema van Eck. Il rappelle que les policiers, bien que dotés de pouvoirs spécifiques, sont soumis à des règles plus strictes que les citoyens ordinaires.

Toutefois, toutes les images ne présentent pas un intérêt général. « Filmer des agents de police patrouillant sans incident constitue une atteinte à leur vie privée disproportionnée par rapport à l’intérêt public », estime l’expert.

De plus, les commentaires accompagnant les images doivent être soigneusement choisis. « La publication d’images en ligne, accompagnée d’une demande de données personnelles concernant l’agent, est illégale. Il s’agit de ‘doxing’ et est passible de sanctions pénales depuis 2024 », précise Van de Graaf.

Ritsema van Eck conseille de réfléchir à la forme de diffusion des images. « Auriez-vous pu utiliser une photo ou une vidéo où l’agent n’est visible que de dos ? Ce sont toutes des considérations qui entrent en jeu pour déterminer la légalité d’une publication. » Il recommande aux témoins de privilégier la transmission des images à un journaliste, qui saura évaluer les enjeux et prendre les précautions nécessaires, comme anonymiser les visages.

Les forces de l’ordre elles-mêmes recourent de plus en plus à la vidéo. Si les citoyens utilisent leur caméra pour témoigner, les caméras-pièces des policiers ont un autre objectif. « Elles servent à collecter des preuves, mais aussi à désamorcer les tensions. Savoir qu’on est filmé incite les gens à se maîtriser », explique Ritsema van Eck.

La police est autorisée à filmer dans l’espace public, mais doit respecter un cadre juridique strict. « Toute action de la police doit être fondée sur une base légale », souligne le professeur. Les règles varient en fonction du contexte, comme lors d’une manifestation.

Dans de nombreux pays, les caméras-pièces sont utilisées pour contrôler les actions des policiers. Aux États-Unis, leur port est obligatoire afin de garantir une surveillance en cas de plaintes pour violences policières.

En France, le port de caméras-pièces est facultatif, selon Van de Graaf. « Un agent peut choisir d’en porter une. Elles sont généralement activées lorsque le risque de tensions augmente. » Des règles strictes encadrent le stockage de ces images, qui ne peuvent être modifiées.

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