Publié le 14 février 2026 à 16h08. Alors qu’elle quitte la direction du Parti conservateur après 22 ans, Erna Solberg tire la sonnette d’alarme sur l’avenir économique de la Norvège et la nécessité d’une vision à long terme pour les générations futures.
- La croissance du revenu disponible réel en Norvège pourrait stagner à 0,1 % par an jusqu’en 2060, selon un rapport prospectif d’août 2024.
- Erna Solberg souligne l’importance de préparer les jeunes générations à un marché du travail en mutation, notamment face à l’essor de l’intelligence artificielle.
- La répartition des charges entre les générations est un enjeu majeur, avec une augmentation du nombre de personnes en situation de pauvreté économique chez les moins de 40 ans.
Oslo – Erna Solberg, qui cède sa place à Ine Eriksen Søreide à la tête du Parti conservateur ce week-end lors d’une réunion nationale à Gardermoen, a exprimé de vives inquiétudes quant à la capacité de la Norvège à offrir aux générations futures un niveau de vie équivalent à celui dont elle a bénéficié. Elle met en garde contre une politique trop axée sur le court terme et appelle à une réflexion prospective sur les défis économiques et sociaux à venir.
Selon un rapport prospectif publié en août 2024, la croissance annuelle du revenu disponible réel en Norvège ne devrait atteindre que 0,1 % jusqu’en 2060. Ce chiffre contraste fortement avec la moyenne de 2,1 % enregistrée entre 1971 et 2019. Une telle stagnation signifierait une économie privée norvégienne quasiment au point mort pour les 35 prochaines années.
Cependant, des chiffres récents, publiés par l’Office central de la statistique (SSB), indiquent une croissance de 1,8 % de l’économie norvégienne en 2025.
« C’est un bon chiffre, n’est-ce pas ? »
Erna Solberg, leader sortant du Parti conservateur
Malgré ce regain à court terme, Mme Solberg insiste sur la nécessité d’une vision à long terme. Elle souligne que la Norvège compte de moins en moins de grandes entreprises innovantes et que sa compétitivité technologique est en déclin. De plus, le nombre de salariés actifs, qui doivent financer les retraites, diminue.
Ola Svenneby, l’un des nouveaux dirigeants adjoints du Parti conservateur, partage ces préoccupations.
« Lorsque vous évoquez des défis, on a toujours l’impression que vous dénigrez la Norvège. C’est un fait que la Norvège est un très bon pays où il fait bon vivre. Mais il n’est pas certain que cela restera ainsi. »
Ola Svenneby, nouveau dirigeant adjoint du Parti conservateur
La question de la répartition des charges entre les générations est au cœur des inquiétudes. L’augmentation des prix de l’immobilier dans les villes rend l’accès à la propriété de plus en plus difficile pour les jeunes, qui se retrouvent souvent face à un choix cornélien : un appartement ou des dépenses de loisirs comme les services de livraison de repas à domicile (Foodora).
M. Svenneby met en garde contre les risques d’une fracture sociale et de radicalisation politique si les inégalités entre les générations se creusent. Il souligne que le nombre de personnes en âge de travailler qui ne sont ni employées ni en formation (environ 700 000 personnes, soit 20 % de la population active) est un problème majeur. Selon lui, l’augmentation du nombre de bénéficiaires de l’allocation d’aide au revenu (AAP) en 2025, avec 10 000 bénéficiaires supplémentaires, est un signal d’alarme.
Erna Solberg met l’accent sur l’importance de la réforme de l’achèvement des études, qui permet à chacun de terminer ses études secondaires supérieures, comme l’une de ses principales réalisations en tant que Première ministre. Elle estime que cette réforme a permis à 6 000 jeunes supplémentaires d’obtenir un diplôme ou une spécialisation, leur offrant ainsi une meilleure base pour leur avenir professionnel.
« Cela donne aux jeunes une bien meilleure plateforme pour gérer leur vie professionnelle. »
Erna Solberg, leader sortant du Parti conservateur
Elle conseille également aux jeunes de se tourner vers les matières scientifiques et technologiques, anticipant l’impact majeur de l’intelligence artificielle sur le marché du travail.
« Ce qui est arrivé aux dames des centres d’appels à mon époque arrivera aux personnes titulaires d’un baccalauréat non précisé et aux avocats occupant des postes de gestion de cas partout. »
Erna Solberg, leader sortant du Parti conservateur
Mme Solberg estime qu’il est crucial de former davantage de personnel qualifié dans ces domaines, tout en reconnaissant que certains emplois deviendront obsolètes. Elle appelle à une plus grande ouverture d’esprit de la part des employeurs et à une volonté de prendre des risques en embauchant des candidats atypiques.