Une avancée significative dans la compréhension des adénomes producteurs d’aldostérone (APA), ces tumeurs des glandes surrénales souvent à l’origine de l’hypertension artérielle, vient d’être publiée par des chercheurs de l’Université de Kyushu. Leurs travaux, parus dans la semaine du 24 février dans la revue PNAS, révèlent une complexité insoupçonnée de ces tumeurs, abritant une diversité cellulaire bien plus grande que ce que l’on imaginait, incluant des cellules capables de produire du cortisol, l’hormone du stress.
Cette découverte pourrait enfin expliquer pourquoi certains patients atteints d’APA développent des complications inattendues, comme une fragilisation osseuse, et ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques. « Actuellement, la seule option curative pour les APA est la chirurgie, et cette approche n’a pas évolué depuis des décennies », constate le professeur adjoint Maki Yokomoto-Umakoshi, premier auteur de l’étude et membre du département des maladies endocriniennes et métaboliques de l’hôpital universitaire de Kyushu. « Pour concevoir de nouveaux traitements, notamment médicamenteux, il est urgent de comprendre le fonctionnement moléculaire de ces tumeurs et les interactions entre leurs différents types cellulaires. »
Les APA sont des tumeurs bénignes qui siègent sur les glandes surrénales, ces petites glandes situées au-dessus des reins et responsables de la production d’hormones vitales, telles que l’aldostérone, le cortisol et les hormones sexuelles. En raison de leur localisation et de leur fonction hormonale, elles constituent une cause majeure de l’aldostéronisme primaire, un déséquilibre hormonal caractérisé par une surproduction d’aldostérone entraînant une hypertension artérielle. Ce syndrome concerne 5 à 10 % des cas d’hypertension artérielle et expose les patients à un risque accru de pathologies cardiovasculaires par rapport à l’hypertension essentielle.
« Sans un traitement adéquat, les patients peuvent souffrir de graves problèmes de santé, tels que des maladies cardiaques, du diabète et une faiblesse osseuse », précise le professeur Yokomoto-Umakoshi.
L’équipe de recherche s’est particulièrement intéressée aux APA dont l’origine est liée à des altérations du gène KCNJ5, une mutation retrouvée dans 40 à 70 % des cas. Ces tumeurs sont souvent de plus grande taille, apparaissent plus tôt et présentent des symptômes plus sévères, qui ne s’expliquent pas uniquement par la surproduction d’aldostérone. Cependant, leur composition cellulaire exacte et la nature des autres hormones qu’elles pourraient sécréter restaient jusqu’à présent difficiles à élucider.
Pour lever le voile sur ces mystères, une équipe pluridisciplinaire, dirigée par le professeur Yoshihiro Ogawa de l’Université de Kyushu et incluant des chercheurs des universités d’Osaka, Kyoto et Tokyo, a mis en œuvre des techniques d’analyse de pointe. Ces méthodes ont permis d’obtenir une vision sans précédent de la structure des APA, cartographiant la localisation et le fonctionnement des différents types cellulaires au sein de la tumeur. Elles ont également révélé des variations génétiques fines entre les diverses régions tumorales et permis d’identifier précisément les hormones produites.
Les résultats de cette étude démontrent que les APA sont des formations bien plus complexes qu’on ne le pensait, composées d’au moins quatre types cellulaires distincts. Le développement de la tumeur débuterait par des cellules sensibles au stress, qui évolueraient ensuite soit en cellules productrices d’aldostérone, soit en cellules sécrétant du cortisol. Ces dernières pourraient à leur tour se transformer en cellules stromales, favorisant ainsi la croissance tumorale.
Fait notable, l’étude a aussi mis en évidence une présence accrue de macrophages associés aux lipides, des cellules immunitaires spécialisées, au sein de la tumeur. Ces cellules joueraient un rôle potentiel dans la modulation de la production hormonale et la croissance tumorale.
« Globalement, ces tumeurs abritent une diversité de cellules endocrines capables d’affecter la santé des patients de multiples façons, au-delà de l’hypertension artérielle, en provoquant des symptômes liés à l’excès de cortisol, comme la fragilisation des os », explique le professeur Yokomoto-Umakoshi.
Les chercheurs prévoient d’étendre leurs analyses à d’autres types d’APA et à d’autres tumeurs endocriniennes. Ils espèrent que ces découvertes jeteront les bases du développement de futurs traitements médicamenteux ciblés. « Notre compréhension accrue des APA ouvre la voie à des stratégies thérapeutiques innovantes, telles que le ciblage direct des macrophages associés aux lipides ou de l’excès de cortisol », conclut le professeur Yokomoto-Umakoshi.