Publié le 23 février 2026 19:13:00. Une coalition de quatre grandes sociétés scientifiques internationales alerte sur l’impact croissant des facteurs environnementaux – pollution, bruit, changement climatique – sur la santé cardiovasculaire, appelant à une action urgente pour réduire la mortalité liée aux maladies cardiaques.
La pollution de l’air, le bruit chronique, les produits chimiques, et les effets du changement climatique, tels que les vagues de chaleur, sont désormais considérés comme des facteurs de risque cardiovasculaire majeurs, comparables au tabagisme, à l’hypertension artérielle et au cholestérol. C’est l’essentiel d’une déclaration commune publiée par la Société européenne de cardiologie (ESC), l’American College of Cardiology (ACC), l’American Heart Association (AHA) et la World Heart Federation (WHF).
Selon les estimations, les facteurs de risque environnementaux contribuent à plus de 13 millions de décès par an, dépassant l’impact de nombreux déclencheurs traditionnels. Cette prise de conscience conduit à une redéfinition de la prévention cardiovasculaire, qui doit désormais intégrer l’exposition environnementale comme un déterminant clé du risque.
L’article, publié simultanément dans le Journal européen du cœur et d’autres revues spécialisées, souligne que ces facteurs n’agissent pas isolément, mais interagissent par des mécanismes biologiques communs, tels que l’inflammation et le stress oxydatif. La combinaison de ces différents facteurs s’accumule au fil des années et affecte notre santé cardiovasculaire.
En 2019, l’étude Charge mondiale de morbidité classait déjà l’hypertension artérielle comme principal facteur de risque de mortalité, suivie du tabagisme, et la pollution de l’air en quatrième position. La température non optimale était également identifiée comme un facteur de risque important (11ème position).
Réduire la pollution, le bruit ou les îlots de chaleur urbains n’est donc pas seulement une question d’écologie, mais une véritable prévention cardiovasculaire. Cette prévention est d’autant plus importante qu’elle touche de manière disproportionnée les populations vulnérables, souvent concentrées dans les quartiers les plus exposés à la pollution et au bruit.
Face à cette situation, les quatre organisations proposent un plan d’action articulé autour de quatre axes principaux :
- Plaidoyer politique : aligner les politiques climatiques sur la santé cardiovasculaire et rechercher des financements pour les pays les plus touchés. Il s’agit notamment de mettre en œuvre des réglementations urbaines plus ambitieuses, favorisant les transports actifs, les espaces verts et réduisant la combustion.
- Éducation : intégrer la santé environnementale dans les programmes de formation médicale au même niveau que les facteurs de risque traditionnels. Il est également proposé d’évaluer l’exposition environnementale des patients lors des consultations, en utilisant des outils simples et en informant sur les mesures de protection possibles.
- Recherche : créer des observatoires mondiaux pour suivre en temps réel la relation entre pollution et maladies (qualité de l’air, températures, incendies, bruit…), afin de quantifier l’impact, d’identifier les inégalités et d’évaluer l’efficacité des politiques mises en œuvre.
- Nouveaux guides : élaborer des recommandations harmonisées et applicables concernant les particules fines, la chaleur extrême, le bruit, l’ozone et l’exposition aux produits chimiques, et les traduire en indicateurs opérationnels pour une action rapide en santé publique et clinique.
Cette mobilisation intervient alors que l’on observe parfois un recul législatif en matière de protection de l’environnement. Récemment, l’Environmental Protection Agency (EPA) aux États-Unis a révoqué la constatation de danger de 2009, qui reconnaissait les gaz à effet de serre comme une menace pour la santé publique et justifiait la réglementation des émissions. Cette décision affaiblit le fondement juridique des normes d’émissions, notamment pour les véhicules, et ouvre la voie à un démantèlement réglementaire plus large.
Les conséquences de cet affaiblissement des normes et de l’augmentation des émissions dans les décennies à venir se feront sentir sur le climat, la qualité de l’air et, inévitablement, sur la santé cardiovasculaire.
Selon les auteurs, l’épidémiologie cardiovasculaire a démontré sa capacité à quantifier les risques et les décès imputables. Le défi actuel consiste à transformer ces connaissances en un message clair, mobilisateur et pertinent sur le plan politique. La question n’est plus de savoir si la pollution provoque des maladies cardiovasculaires, mais plutôt de déterminer quel niveau de dommages supplémentaires nous sommes prêts à accepter, sachant qu’ils sont en grande partie évitables.
Article rédigé avec les conseils de la Société espagnole d’épidémiologie.