Publié le 2024-04-10 14:35:00. Pour plus d’un million de musulmans aux Pays-Bas, le ramadan, qui débute bientôt, est une période de dévotion, de jeûne et de partage, mais aussi de défis pour concilier obligations religieuses et contraintes professionnelles.
- De nombreux jeunes musulmans adaptent leurs horaires de travail pour pouvoir rompre le jeûne, l’iftar, en famille ou entre amis.
- Les employeurs ne sont pas légalement tenus de s’adapter, mais un dialogue constructif est encouragé.
- Les pratiques évoluent, avec une recherche d’équilibre entre la vie spirituelle et l’intégration sociale.
Le ramadan, mois sacré de l’islam, est une période de jeûne rigoureux pour plus d’un million de musulmans aux Pays-Bas. Du lever au coucher du soleil, l’abstinence de nourriture et de boisson est une pratique centrale, ponctuée par la prière et la réflexion spirituelle. La rupture du jeûne, appelée iftar, est un moment important, traditionnellement marqué par la consommation de dattes et d’eau.
Cette année, le moment du coucher du soleil pose un défi particulier, explique Şevket Kılıç, porte-parole de la branche jeunesse de la communauté islamique Milli Görüş Zuid-Nederland (IGMG Jongeren ZN), une organisation regroupant 24 associations de jeunes musulmans. « Il faut trouver des solutions créatives pour pouvoir rompre le jeûne », souligne-t-il.
De nombreux jeunes sont ainsi amenés à revoir leurs horaires de travail. « Certains commencent plus tôt pour pouvoir partir plus tôt, si leur profession le permet », précise M. Kılıç. La plupart se préparent en amont pour concilier au mieux le ramadan et leurs obligations professionnelles. « La majorité des jeunes estiment que le ramadan peut être combiné avec le travail cette année », assure-t-il.
Cependant, la flexibilité de l’employeur n’est pas une obligation légale. « On a le droit de jeûner, un employeur ne peut pas l’interdire conformément à la Constitution, mais cela ne donne pas automatiquement droit à des horaires de travail différents », explique Ammar El Zarow, expert en droit du travail et organisation auprès de l’Arbo Unie.
« Il faut envisager ensemble ce qui pourrait être approprié. »
Ammar El Zarow, expert en droit du travail et organisation auprès de l’Arbo Unie
M. El Zarow insiste sur l’importance d’une discussion ouverte entre le responsable et le salarié, idéalement avant le début du ramadan. « La plupart des employés ne jeûnent pas pour la première fois. Ils se connaissent le mieux, savent comment ils se sentent pendant le ramadan et de quelle intensité de travail ils ont besoin », ajoute-t-il.
Il est donc conseillé d’aborder la question de l’organisation du travail pendant le ramadan. « Le ramadan est un événement annuel qui peut être préparé. Il faut donc envisager ensemble ce qui pourrait être approprié. Des questions telles que ‘Qu’allez-vous faire pendant le prochain ramadan pour organiser votre travail de manière réalisable et efficace ?’ peuvent aider les deux parties », conseille M. El Zarow.
Certains jeunes musulmans choisissent de prendre des jours de congé ou d’échanger des jours fériés contre des jours de repos pendant le ramadan. Dans certains secteurs, cette pratique est courante.
Pour ceux qui travaillent en horaires décalés, notamment en soirée, la possibilité de rompre le jeûne peut être plus délicate. M. Kılıç tempère : « Si le type de travail ne permet pas de faire une pause plus longue, ce n’est pas grave. L’important est de pouvoir rompre le jeûne au coucher du soleil. »
Les jeunes musulmans occupant des fonctions administratives peuvent également adapter leur journée de travail, en réservant les tâches les plus flexibles pour la fin de journée, qui peuvent être effectuées à domicile. D’autres planifient les réunions importantes plus tôt dans la journée.
M. Kılıç souligne que la décision de prendre des congés ou d’adapter les horaires de travail reste un choix personnel. « Que l’on décide de prendre des congés ou de discuter avec son employeur de l’organisation du travail pendant le ramadan, il s’agit d’un choix individuel et certainement pas d’une norme », insiste-t-il.
Deniz Demir, vendeur automobile, illustre cette flexibilité. Il rompt le jeûne sur le chemin du retour, car il doit être présent dans son concessionnaire jusqu’à 18 heures. « Je travaille 5 jours par semaine dans une concession automobile à Helmond et si je dois rompre le jeûne à 18h01, c’est sur le lieu de travail ou dans la voiture, avec une datte et de l’eau », rit-il.
« Je ne me souviens pas avoir pu rompre le jeûne en même temps que la fin de ma journée de travail », poursuit-il. Il accepte donc de rentrer plus tard, même si cela signifie arriver après le reste de sa famille. « Ce ne sont finalement que 4 jours où je ne peux pas rompre le jeûne en famille. Je ne pense pas qu’il faille en faire un problème en disant : ‘Je vais partir une demi-heure ou une heure plus tôt pour être à l’heure' », explique-t-il.
M. Kılıç observe une évolution des pratiques. « Aux Pays-Bas, il y a de la place pour différents modes de vie et religions, et en pratique, cela fonctionne bien depuis des années », constate-t-il. Il note cependant que l’organisation d’événements collectifs, comme l’iftar, devient plus complexe, car de nombreuses organisations non musulmanes et ministères organisent également des iftars. « C’est symboliquement très important, mais cela remplit aussi les agendas », dit-il.
« J’entends de nombreux jeunes dire que la norme est en train de changer », poursuit-il. « Alors qu’il était autrefois courant de rompre le jeûne en groupe, nous choisissons de plus en plus de nous retrouver après la prière du taraweeh pour un dessert ou un programme commun. Les jeunes recherchent un équilibre entre leur expérience spirituelle et leur rôle dans la société », conclut M. Kılıç.