Home Santé Pourquoi le test de fertilité à domicile d’un supermarché à 40 £ n’en vaut pas la peine

Pourquoi le test de fertilité à domicile d’un supermarché à 40 £ n’en vaut pas la peine

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Publié le 2024-05-21 10:00:00. Les tests de fertilité à domicile, promettant autonomie et rapidité face aux coûts des cliniques de PMA, soulèvent des inquiétudes chez les spécialistes. Ces kits, désormais disponibles en grande surface, pourraient induire de faux espoirs ou une anxiété inutile, faute d’une interprétation médicale adaptée.

  • Les tests de fertilité à domicile, notamment ceux mesurant le taux d’hormone anti-müllérienne (AMH), se multiplient sur le marché, présentés comme une alternative abordable aux bilans de fertilité classiques.
  • Des experts alertent sur le risque que ces auto-diagnostics génèrent une anxiété injustifiée ou une fausse assurance, car ils ne prennent pas en compte l’ensemble des facteurs influençant la fertilité.
  • L’AMH, bien qu’utile dans un contexte clinique global, n’est pas un indicateur suffisant et fiable de la capacité à concevoir, notamment chez les femmes atteintes de certaines pathologies comme le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).

Face à la complexité et au coût élevé des traitements de procréation médicalement assistée (PMA), les tests de fertilité à domicile ont le vent en poupe. Ils se veulent une solution rapide et économique pour évaluer ses chances de concevoir. Chez les femmes, ces tests mesurent souvent le taux d’hormone anti-müllérienne (AMH), un marqueur censé refléter la réserve ovarienne. L’un de ces kits, proposé au prix de 40 £ (environ 47 €), vient d’être lancé dans un supermarché britannique, le premier du genre dans le pays.

Cependant, le corps médical recommande la prudence. « Pris isolément, ces tests peuvent générer une anxiété inutile ou une fausse assurance », explique le professeur Nick Macklon, spécialiste de la fertilité à la London Women’s Clinic. Cette inquiétude s’explique par plusieurs facteurs. Le parcours de fertilité est souvent onéreux, avec des bilans initiaux en clinique privée coûtant plusieurs centaines d’euros, suivis de cycles de FIV pouvant atteindre 7 000 £ (environ 8 200 €) et nécessitant parfois plusieurs tentatives. Les tests à domicile apparaissent donc comme un raccourci attractif, que ce soit pour ceux qui essaient de concevoir, ceux qui planifient leur future famille, envisagent la congélation d’ovocytes ou s’interrogent sur leur potentiel reproductif futur.

Les limites des tests à domicile

La fertilité d’une femme est intrinsèquement liée au nombre d’ovules restants, un stock qui diminue naturellement avec le temps. Alors que les hommes produisent des spermatozoïdes tout au long de leur vie, les femmes naissent avec un nombre fini d’ovules. À la puberté, ce stock peut atteindre un demi-million, et chaque cycle menstruel voit une centaine d’ovules entamer leur développement, un seul parvenant à maturité pour être libéré. Cette réserve s’épuise progressivement, sans signes extérieurs évidents, jusqu’à la ménopause.

Le dosage de l’hormone anti-müllérienne (AMH) dans le sang est l’indicateur principal pour évaluer cette réserve ovarienne, car l’AMH est produite par les follicules ovariens en développement. Des taux élevés d’AMH suggèrent une plus grande quantité d’ovules. Au départ, les professionnels de santé nourrissaient de grands espoirs quant à la capacité de l’AMH à prédire une diminution accélérée de la réserve ovarienne. Or, des études ont révélé une faible corrélation entre un taux d’AMH isolé et les chances réelles de grossesse.

En effet, d’autres facteurs peuvent causer l’infertilité et ne sont pas reflétés par le taux d’AMH. Parmi eux figurent l’obstruction des trompes de Fallope ou l’endométriose, une maladie où le tissu utérin se développe anormalement en dehors de l’utérus. De même, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une affection courante caractérisée par de nombreux follicules immatures qui ne parviennent pas à maturation, peut entraîner un taux d’AMH élevé, donnant une fausse impression de fertilité. « Réaliser un test d’AMH sans savoir si vous êtes atteinte du SOPK pourrait vous indiquer à tort une réserve ovarienne très élevée, ce qui est plutôt dangereux », avertit le Dr Helen O’Neill, spécialiste de la fertilité à l’University College de Londres. Sa société, Hertility, propose un panel de dix tests hormonaux complétés par un accompagnement médical téléphonique.

Les cliniques, qu’elles soient privées ou publiques (NHS), utilisent le dosage de l’AMH dans le cadre d’une évaluation plus large de la réserve d’ovules et pour optimiser les protocoles de stimulation ovarienne lors des FIV. Toutefois, l’AMH n’est pas recommandé comme test de fertilité autonome en dehors de ce cadre clinique, comme le soulignent des organisations telles que le Collège américain des obstétriciens et gynécologues. « Lorsque le test AMH a été introduit, nous avions l’espoir qu’il nous dise tout. Mais avec le temps, il est apparu qu’il n’en était rien », confirme le professeur Macklon.

Cette nuance est rarement perceptible lors de l’achat d’un kit d’AMH en supermarché, où il est souvent présenté comme un « test de laboratoire de fertilité ». L’arrivée de ces produits en grande surface peut laisser penser que l’interprétation ne nécessite pas d’approfondissement médical. Un porte-parole du fabricant, Newfoundland Diagnostics, assure que le produit est conforme aux réglementations et que les notices précisent la nécessité d’un avis médical, y compris sur le site du distributeur.

D’autres tests en vente libre

L’AMH n’est pas le seul test de fertilité disponible en libre-service. Une autre enseigne propose un pack de quatre tests différents pour environ 70 £ (environ 82 €). Ce kit inclut des tests d’ovulation, un test de grossesse, et un test pour l’hormone FSH (hormone folliculo-stimulante) dans l’urine, censé aider les femmes à « comprendre si leur statut hormonal peut impacter leur fertilité potentielle ». Or, la FSH, produite par le cerveau, peut également être trompeuse chez les femmes atteintes du SOPK. Le professeur Tim Child, spécialiste de la reproduction à l’Université d’Oxford, souligne que la FSH n’est pas une mesure aussi directe de la réserve ovarienne que l’AMH et qu’elle était utilisée avant l’avènement de cette dernière, avec moins de raisons de la doser aujourd’hui. « Ni l’AMH ni la FSH ne prédisent vos chances de conception naturelle », affirme-t-il.

Ces enseignes précisent généralement sur leur site internet que les tests de fertilité à domicile ne doivent pas remplacer un diagnostic professionnel. Bien que les traitements de fertilité soient strictement réglementés au Royaume-Uni, ces kits à domicile échappent au contrôle de l’autorité de régulation, la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA).

Rachel Cutting, de la HFEA, reconnaît que ces tests peuvent « donner une indication de votre fertilité, mais les résultats ne sont pas garantis ». Elle recommande vivement aux personnes préoccupées par leur fertilité de consulter leur médecin généraliste. Le professeur Child renchérit, conseillant de privilégier un avis médical fondé sur des preuves plutôt que des recommandations commerciales : « Pour la plupart des gens, ces tests [à domicile] n’expliquent pas pourquoi ils ne tombent pas enceints et ne prédisent pas les chances de conception naturelle », conclut-il, suggérant que « la plupart économiseraient leur argent en ne faisant pas ces tests ».

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