Publié le 10 février 2026 à 11h25. Un exode sans précédent frappe la Nouvelle-Zélande, avec plus de 70 000 citoyens ayant quitté le pays en un an, principalement pour l’Australie, en raison d’un marché du travail difficile et d’une stagnation économique ressentie.
- Plus de 71 000 Néo-Zélandais ont émigré au cours des 12 mois précédant octobre 2025, entraînant une perte nette de 45 000 citoyens.
- L’Australie attire 60 % des départs, offrant des salaires plus élevés et de meilleures perspectives d’emploi.
- Le profil des émigrants évolue, avec une proportion croissante de travailleurs expérimentés quittant le pays sans intention de retour.
La Nouvelle-Zélande connaît un exode de ses citoyens d’une ampleur inédite depuis des décennies. Les chiffres, révélés par l’agence nationale de statistiques Stats NZ, montrent que plus de 71 000 Néo-Zélandais ont émigré au cours des 12 mois précédant octobre 2025, tandis qu’environ 26 000 sont revenus, ce qui représente une perte nette de 45 000 personnes. Ce phénomène, bien que présent depuis longtemps, s’intensifie et suscite des inquiétudes croissantes.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les Néo-Zélandais ne se tournent pas vers des destinations lointaines comme l’Europe ou les États-Unis. L’Australie reste de loin la destination privilégiée, un choix facilité par la proximité géographique et des liens historiques forts. Plus de 700 000 Néo-Zélandais (environ 13 % de la population) vivent aujourd’hui de l’autre côté de la mer de Tasmanie, auxquels s’ajoutent près de 100 000 personnes nées en Australie mais possédant la nationalité néo-zélandaise.
Ce mouvement migratoire s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique et de difficultés sur le marché du travail. Le taux de chômage, actuellement de 5,3 % (le plus élevé depuis près de dix ans), et les réductions d’emplois dans le secteur public contribuent à cette fuite des cerveaux. La croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée à environ 1 % en 2025, ce qui accentue le sentiment de stagnation.
Les disparités salariales entre les deux pays sont également un facteur déterminant. Par exemple, le salaire moyen d’une infirmière diplômée en Australie se situe entre 85 000 et 90 000 dollars australiens par an (environ 59 000 à 62 000 dollars), ce qui explique pourquoi plus de 10 000 infirmières néo-zélandaises se sont inscrites pour travailler dans le pays voisin l’année dernière. Des secteurs comme la police et la construction sont également touchés, avec des offres d’emploi en Australie proposant des salaires supérieurs à 75 000 dollars par mois, parfois avec des avantages tels que le logement gratuit ou des subventions.
Le profil des émigrants a également évolué. Traditionnellement, l’émigration était dominée par les jeunes diplômés ou les jeunes en quête d’aventure. Aujourd’hui, on observe une proportion croissante de personnes dans la vingtaine et la trentaine, suggérant qu’il s’agit de personnes déjà établies sur le marché du travail néo-zélandais. De plus, 38 % des émigrants ne sont pas nés en Nouvelle-Zélande, ce qui indique que certaines communautés immigrées sont particulièrement touchées par ce phénomène.
Selon Paul Spoonley, professeur émérite à l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, le nombre de départs est « inquiétant ». Il souligne que, même si les chiffres sont similaires à ceux observés lors de la crise financière mondiale de 2011-2012, le départ d’étrangers résidant en Nouvelle-Zélande renforce une tendance qui ne montre aucun signe de ralentissement.
« Le facteur qui explique ces départs est la faiblesse du marché du travail, avec un taux de chômage de 5,3% (le plus élevé depuis près d’une décennie) et de fortes réductions d’emplois dans le secteur public. »
Paul Spoonley, professeur émérite à l’Université Massey
L’affaiblissement du solde migratoire est également préoccupant. Bien que les arrivées de non-citoyens continuent d’amortir les départs des nationaux, le solde migratoire total a considérablement diminué, passant d’un taux de croissance démographique de 2,3 % en 2023 à seulement 0,7 % en 2025.
Le gouvernement néo-zélandais a annoncé des réformes visant à attirer et à retenir les talents, notamment par des incitations fiscales et des modifications réglementaires. Cependant, ces mesures se concentrent davantage sur l’attraction de travailleurs étrangers qualifiés que sur la résolution des problèmes qui poussent les Néo-Zélandais à partir.
Les experts craignent que ce départ prolongé de travailleurs expérimentés puisse entraîner une perte de capital humain, une baisse de productivité et un ralentissement de la croissance économique. La question de savoir si la Nouvelle-Zélande est confrontée à un simple cycle migratoire ou à un changement de paradigme plus profond reste ouverte.