Publié le 2025-11-01 09:07:00. Wilbur Ross, ancien secrétaire américain au Commerce sous Donald Trump, estime que l’Irlande devrait être relativement épargnée par les politiques tarifaires de l’administration américaine. Ses récentes déclarations, faites lors d’une conférence à Dublin, offrent un éclairage nouveau sur la stratégie de négociation de l’ancien président et ses implications pour le commerce international, notamment pour le secteur pharmaceutique irlandais.
- Wilbur Ross, proche de Donald Trump, pense que l’Irlande évitera le pire des tarifs douaniers américains.
- Un accord récent entre Pfizer et l’administration américaine sur le prix des médicaments pourrait servir de modèle.
- Les entreprises non pharmaceutiques, comme les producteurs de whisky, pourraient en revanche rester sous la menace de taxes importantes.
Ancien Secrétaire au Commerce des États-Unis de 2017 à 2021, Wilbur Ross est considéré comme une figure clé pour comprendre la pensée de Donald Trump en matière de politique tarifaire. Son expertise n’est plus à prouver, lui qui a accompagné l’ancien président dans ses décisions durant son premier mandat. L’homme d’affaires de 87 ans, également familier de l’Irlande, a profité d’une tribune publique à l’University College de Dublin, mardi soir, pour partager ses analyses.
L’Irlande garde un souvenir de l’investissement de Wilbur Ross et de sa société WL Ross & Co, qui avait acquis 35 % de la Bank of Ireland en 2011, en pleine crise financière. Cet investissement stratégique, soldé par un bénéfice de plus d’un demi-milliard d’euros en 2014, avait été un signal de confiance notable à une époque où peu d’investisseurs étrangers osaient s’aventurer dans le secteur bancaire irlandais. L’opération avait été orchestrée par la société irlandaise Cardinal Capital, dirigée par Nick Corcran et Nigel McDermott, qui organisaient justement l’événement à Dublin.
Au cours de son intervention, Wilbur Ross a abordé divers sujets, de la stratégie d’investissement aux cryptomonnaies, mais ses commentaires sur la politique commerciale de l’administration Trump ont particulièrement retenu l’attention. Il estime que l’Irlande, malgré les craintes suscitées par les menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane exorbitants sur les produits pharmaceutiques, devrait être relativement épargnée.

Un élément clé de cette prévision optimiste réside dans l’accord conclu le mois dernier entre le géant pharmaceutique Pfizer et l’administration américaine. Cet accord répondait à une préoccupation majeure de Donald Trump : le coût élevé des médicaments aux États-Unis par rapport aux autres pays. Pfizer s’est engagé à baisser le prix de certains de ses produits et à les vendre directement aux consommateurs américains via le site TrumpRx. En contrepartie, l’entreprise bénéficiera d’une exemption de droits de douane pendant les trois prochaines années. Selon Wilbur Ross, plusieurs autres grandes entreprises pharmaceutiques pourraient suivre cette voie.

Bien que ce développement soit une bonne nouvelle pour Pfizer, qui emploie 4 000 personnes en Irlande et figure parmi les plus gros contribuables du pays, il souligne une possible résilience du secteur. Wilbur Ross a ainsi suggéré que les « grincements de dents » concernant l’impact des politiques de la Maison Blanche sur l’économie irlandaise pourraient être « exagérés ». Rappelons que le secteur pharmaceutique et des dispositifs médicaux représente 65 % des exportations totales de marchandises de l’Irlande, dont 90 % sont destinés aux États-Unis. Des analyses de la Bank of Ireland indiquent que des droits de douane de 15 % sur les produits européens vers les États-Unis n’auraient désormais qu’un impact « minime », affectant seulement 2 à 3 % des exportations irlandaises.
Cependant, cette perspective n’est pas uniforme pour tous les secteurs. Les entreprises comme les producteurs de whisky, déjà touchées par des droits de douane supplémentaires conséquents, continuent de faire face à un fardeau important. Néanmoins, la possibilité pour le secteur pharmaceutique d’éviter ces taxes placerait l’Irlande dans une position plus avantageuse que de nombreux autres membres de l’Union européenne, grands exportateurs de voitures, d’acier ou d’aluminium, des secteurs plus exposés aux politiques tarifaires américaines.
Wilbur Ross a ajouté que, si l’emploi dans le secteur pharmaceutique n’est peut-être plus le moteur de croissance qu’il fut, il ne s’attend pas à un exode de populations hors d’Irlande. Il a comparé l’approche de Donald Trump dans les négociations tarifaires à sa stratégie d’investisseur immobilier : adopter une position extrême au départ pour ensuite négocier un compromis moins contraignant.

L’histoire de la relation entre Wilbur Ross et Donald Trump remonte à 1990. Ross représentait alors des investisseurs ayant prêté de l’argent au casino Taj Mahal de Donald Trump à Atlantic City, alors que ce dernier était en difficulté financière et peinait à rembourser ses créanciers. Une menace de faillite de la part de Ross avait finalement conduit Donald Trump à accepter un accord. Depuis, la confiance mutuelle semble s’être établie.

De retour à Dublin, Wilbur Ross a souligné que, après avoir menacé d’imposer des taxes massives, l’administration américaine semblait désormais privilégier la conclusion d’accords. « De nombreux dirigeants internationaux disent désormais à M. Trump : ‘merci de ne nous avoir imposé que des droits de douane de 15 %’ », a-t-il déclaré. Si ces propos jettent une lumière favorable sur la politique gouvernementale américaine, ils permettent surtout de mieux comprendre la philosophie de Donald Trump, parfois perçue comme chaotique, mais cohérente dans sa logique de négociation.