Home Santé Pourquoi les douleurs intestinales sont-elles plus fréquentes chez les femmes ? La clé est l’œstrogène

Pourquoi les douleurs intestinales sont-elles plus fréquentes chez les femmes ? La clé est l’œstrogène

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Publié le 7 février 2026 10h00. Une équipe de chercheurs américains a identifié un mécanisme biologique expliquant pourquoi le syndrome du côlon irritable (SCI) touche plus fréquemment les femmes que les hommes, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.

  • Les œstrogènes activent une voie de douleur dans le côlon, principalement chez les femmes.
  • Cette découverte explique la variabilité des symptômes du SCI en fonction du cycle menstruel.
  • L’étude met en lumière le rôle de l’hormone Peptide YY (PYY) dans la transmission de la douleur intestinale.

Le syndrome du côlon irritable, caractérisé par des douleurs abdominales, des ballonnements et des troubles du transit, affecte une part significative de la population. Si les causes exactes du SCI restent mal comprises, une chose est établie : les femmes en sont plus souvent victimes que les hommes. Une étude menée par l’Université de Californie à San Francisco (UCSF) et publiée dans la revue Science apporte désormais un éclairage nouveau sur cette disparité.

L’équipe de recherche, dirigée par le Dr Holly Ingraham, professeure de pharmacologie moléculaire et cellulaire à l’UCSF, et le Dr David Julius, prix Nobel de physiologie ou médecine 2021, a découvert que l’œstrogène joue un rôle clé dans l’activation d’une voie de douleur spécifique dans le côlon. Cette voie, en grande partie inactive chez les hommes, est stimulée par les fluctuations hormonales féminines, ce qui pourrait expliquer pourquoi les femmes sont plus susceptibles de développer un SCI et pourquoi leurs symptômes peuvent varier au cours du cycle menstruel.

« Nous avons répondu à cette question et, ce faisant, nous avons identifié de nouvelles cibles potentielles pour les médicaments », a déclaré le Dr Ingraham.

Une réaction en chaîne inédite

Les scientifiques s’attendaient à trouver des récepteurs d’œstrogènes sur les cellules entérochromaffines (CE), déjà connues pour leur rôle dans la régulation de la fonction intestinale. Ils ont cependant mis en évidence un mécanisme plus complexe : une réaction en chaîne jusqu’alors inconnue se produit dans la partie inférieure du côlon.

Tout commence lorsque l’œstrogène se lie aux récepteurs des cellules L du côlon. Cette activation entraîne la libération d’une hormone appelée Peptide YY (PYY). Si l’on savait jusqu’à présent que la PYY était impliquée dans la régulation de l’appétit, cette étude révèle qu’elle agit également comme un puissant signal de douleur.

« L’établissement de ce nouveau rôle de l’hormone PYY recadre notre perspective sur sa fonction et ses effets sur le côlon »

Dr David Julius

La PYY stimule ensuite les cellules voisines à libérer de la sérotonine, qui active directement les nerfs responsables de la transmission des signaux de douleur intense à la moelle épinière. Des essais cliniques ont confirmé que les participants ressentaient un inconfort intestinal significatif, corroborant cette nouvelle fonction de la PYY.

L’alimentation, un facteur aggravant

L’étude apporte également un éclairage sur l’efficacité du régime pauvre en FODMAP (Fermentable Oligo-, Di-, Mono-saccharides and Polyols) chez certains patients atteints de SCI. Ce régime, qui consiste à éliminer des aliments tels que l’ail, l’oignon ou les légumineuses, semble soulager les symptômes chez de nombreux patients.

Les chercheurs ont découvert que l’œstrogène augmente la présence d’un récepteur nommé Olfr78. Ce récepteur agit comme un capteur des métabolites produits par les bactéries lors de la fermentation des glucides FODMAP. Ainsi, des niveaux élevés d’œstrogènes rendent le côlon hypersensible à ces métabolites, ce qui peut entraîner des douleurs intestinales plus importantes.

« Des niveaux élevés d’œstrogènes provoquent une hypersensibilité à certains aliments, ce qui entraîne des douleurs intestinales plus importantes. »

Archana Venkataraman, chercheuse

En d’autres termes, lorsque les taux d’œstrogènes sont élevés, le côlon réagit de manière exacerbée à la digestion de certains aliments, car Olfr78 détecte les résidus de leur fermentation et déclenche à nouveau la libération de l’hormone de la douleur PYY.

Bien que les hommes possèdent également cette voie cellulaire, leurs niveaux d’hormones la maintiennent généralement inactive. Cependant, la prise de médicaments bloquant les androgènes peut augmenter les taux d’œstrogènes et provoquer des effets secondaires digestifs.

De la souris à l’homme

Les expériences menées sur des souris ont démontré que le blocage des œstrogènes, de la PYY ou de la sérotonine permettait de supprimer complètement les douleurs abdominales. Ces résultats prometteurs ouvrent la voie à de nouvelles cibles médicamenteuses qui pourraient permettre aux patients de réduire leur dépendance aux régimes alimentaires restrictifs, souvent difficiles à suivre sur le long terme.

*Le contenu de ConSalud est préparé par des journalistes spécialisés dans le domaine de la santé et approuvé par un comité d’experts de haut niveau. Nous recommandons toutefois au lecteur de consulter un professionnel de la santé pour toute question relative à la santé.

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