Publié le 13 février 2026 08:12:00. Des superstitions comme croiser les doigts ou renverser du sel peuvent sembler anodines, mais elles révèlent un besoin humain profond de contrôler l’incertitude et d’influencer le cours des événements, avec un impact sur nos émotions parfois insoupçonné.
Le vendredi 13, jour associé à la malchance, est pour beaucoup une raison de redoubler de prudence. Cette crainte, popularisée par des films d’horreur, est bien réelle pour certains, comme le New-Yorkais Daz Baxter, qui trouva la mort le vendredi 13 janvier 1976 lorsque le plancher de son immeuble s’effondra sous ses pieds. Il existe même un terme pour désigner cette phobie spécifique : la paraskévidékatriaphobie, inventée par le psychothérapeute Donald Dossey pour décrire une peur intense et irrationnelle de cette date.
Bien que l’on puisse s’attendre à une augmentation des incidents le vendredi 13, les études ne confirment pas systématiquement cette idée. Une recherche menée à ce sujet n’a pas trouvé de preuve constante d’une augmentation des accidents ce jour-là, mais suggère que les personnes superstitieuses devraient peut-être éviter de prendre le volant. Une étude finlandaise a toutefois relevé une légère augmentation des accidents impliquant des conductrices, mais l’anxiété liée à cette journée semble être le principal facteur en cause plutôt qu’une malchance intrinsèque.
L’origine de la stigmatisation du vendredi 13 remonte probablement à la convergence de deux superstitions distinctes. Dans la tradition chrétienne, le vendredi est associé à la mort de Jésus, survenue après la Cène où étaient présents 13 personnes. Dans la mythologie teutonique, l’arrivée du dieu Loki lors d’un banquet de 12 dieux, en tant que treizième convive indésirable, aurait entraîné la mort d’un autre participant. 
Cependant, la perception du chiffre 13 varie considérablement selon les cultures. Dans l’hindouisme, le 13ème jour du mois hindou, Trayodashi, est consacré au jeûne et au culte des dieux Shiva et Parvati. Dans le bouddhisme Shingon, on compte 13 bouddhas, et le Livre tibétain de la Grande Libération mentionne 13 signes de chance plutôt que de malheur.
En Italie, c’est la « heptadécaphobie », ou peur du chiffre 17, qui peut conduire à des changements de plans. En Grèce, en Espagne et au Mexique, le jour considéré comme porte-malheur est le mardi 13. En Chine, le chiffre quatre est redouté en raison de sa prononciation similaire au mot « mort ». Dans un pays multiculturel comme l’Australie, il n’est pas rare que les hôtels et les cinémas omettent les 13ème et 4ème étages, par respect pour les appréhensions liées à ces chiffres.
Les superstitions ne se limitent pas aux chiffres. Dans le sport, le joueur de baseball Nomar Garciaparra était connu pour son rituel de frappe complexe, tandis que d’autres athlètes portent des « vêtements porte-bonheur » ou enfilent leurs gants dans un ordre précis. L’arbitre de cricket David Shepherd avait l’habitude de se tenir sur une jambe chaque fois que le score atteignait 111. Ces comportements, souvent décrits avec humour, illustrent la persistance des rituels et des croyances.

Ce besoin de recourir à des superstitions s’explique en partie par un concept psychologique appelé « stimulus discriminant ». Par exemple, un joueur qui remarque qu’il gagne souvent en misant sur le « 7 chanceux » aura tendance à retenir ces succès et à oublier ses pertes. Les charmes fonctionnent en créant une forme de dépendance psychologique : le port de sous-vêtements porte-bonheur, s’il est associé à la réussite, peut engendrer une anxiété si l’on s’en prive, influençant ainsi la performance.
En fin de compte, même si la science ne confirme pas l’existence d’une malchance intrinsèque, les superstitions persistent car elles nous offrent un sentiment de contrôle et d’influence sur un monde souvent imprévisible. Si l’anxiété vous envahit ce vendredi, rappelez-vous qu’il ne s’agit que d’un jour comme les autres.
Kylie Sturgess est tutrice et chercheuse en radiodiffusion à Université Murdoch. Cet article a été initialement publié par La Conversation.
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