Home Accueil Pourquoi l’Inde poursuit-elle les musulmans qui ont dit « J’aime Mahomet » ? | Actualités sur l’islamophobie

Pourquoi l’Inde poursuit-elle les musulmans qui ont dit « J’aime Mahomet » ? | Actualités sur l’islamophobie

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Publié le 14 octobre 2025. Au cours du dernier mois, une vague d’arrestations de musulmans a secoué plusieurs États indiens, déclenchée par l’affichage d’une simple phrase : « J’aime Mahomet ». Ces actions policières, souvent accompagnées de démolitions de domiciles, soulèvent de vives inquiétudes quant à la liberté d’expression et aux droits des minorités dans le pays.

  • Des centaines de musulmans arrêtés pour avoir exprimé leur affection envers le prophète Mahomet.
  • Des maisons de certains détenus ont été rasées au bulldozer par les autorités.
  • Les actions policières sont menées dans des États gouvernés par le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi.

La controverse a éclaté le 4 septembre dernier à Kanpur, dans l’Uttar Pradesh, lors de la célébration de l’Aïd al-Milad al-Nabi, marquant la naissance du prophète Mahomet. Un panneau lumineux proclamant « J’aime Mahomet » a été installé, s’inspirant du célèbre slogan « I Love New York ». Bien que critiqué initialement par certains Hindous locaux pour son caractère inédit dans les festivités traditionnelles, l’affaire a rapidement pris une tournure judiciaire plus grave.

La police a déposé plainte contre une vingtaine de personnes, invoquant des accusations d’« incitation à l’inimitié pour des raisons religieuses », une infraction passible de cinq ans de prison. Cet épisode a déclenché une vague de protestations et d’autres manifestations similaires à travers le pays, notamment au Telangana, au Gujarat, au Maharashtra, en Uttarakhand et dans le Jammu-et-Cachemire. Les slogans « J’aime Mahomet » sont apparus sur les réseaux sociaux, des t-shirts et d’autres supports, multipliant les interpellations.

À Bareilly, à près de 270 kilomètres de Kanpur, une manifestation contre les arrestations a dégénéré en affrontements avec la police le 26 septembre. Les forces de l’ordre ont répliqué par l’arrestation de 75 personnes, dont l’imam Tauqeer Raza et ses proches. Dans la foulée, au moins quatre bâtiments appartenant à des individus visés par la justice ont été démolis par les autorités locales.

Les démolitions de maisons, souvent sans préavis ni décision judiciaire, sont devenues une pratique préoccupante ces dernières années. Bien que la Cour suprême indienne ait rappelé que ces destructions ne pouvaient constituer des sanctions extra-légales et qu’un préavis devait être donné, les militants affirment que cet ordre est fréquemment ignoré sur le terrain. Parallèlement, des dizaines d’autres musulmans ont été interpellés dans divers États, y compris au Gujarat, l’État d’origine de M. Modi, pour des publications en ligne ou des vidéos arborant le slogan « J’aime Mahomet ».

La Constitution indienne garantit pourtant la liberté de religion et d’expression, notamment via l’article 25 et l’article 19(1)(a). Ces droits sont toutefois limités en cas d’incitation directe à la violence ou à la haine. La police semble s’appuyer sur des dispositions relatives aux rassemblements visant à commettre des « méfaits » ou à provoquer des tensions religieuses, plutôt que sur la criminalisation directe de l’expression « J’aime Mahomet ».

« Ils savent qu’il n’existe aucune loi qui criminalise la simple expression de ‘J’aime Muhammad’. »

Nadeem Khan, coordinateur national de l’APCR (Association pour la protection des droits civils)

Nadeem Khan, dont l’organisation suit ces affaires, souligne que les autorités contournent l’absence de loi criminalisant directement le slogan en se concentrant sur des infractions présumées commises par les personnes utilisant cette expression ou protestant contre la répression. Il rappelle que des images de divinités hindoues brandissant des armes sont courantes dans tout le pays, sans pour autant offenser l’ensemble des musulmans, et que le gouvernement ne peut criminaliser une religion.

« Cibler des personnes avec des slogans tels que ‘J’aime Muhammad’, qui sont pacifiques et dépourvus de toute incitation ou menace, ne répond pas au seuil de restriction pénale en vertu du droit constitutionnel indien ou du droit international des droits de l’homme », affirme Aakar Patel, président du conseil d’administration d’Amnesty International Inde. « Les problèmes d’ordre public doivent être traités de manière proportionnée et ne peuvent justifier la suppression généralisée de l’identité ou de l’expression religieuse », ajoute-t-il, insistant sur le devoir de l’État de protéger tous les droits de manière égale.

Les critiques voient dans cette répression le dernier exemple d’une marginalisation et d’une violence croissantes subies par les musulmans indiens depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014. Les incidents de discours de haine visant les minorités religieuses auraient explosé, passant de 668 en 2014 à 1 165 en 2024, une augmentation d’environ 74 %. Ces manifestations de haine se produiraient de plus en plus dans des États gouvernés par le BJP (Bharatiya Janata Party), ou à l’approche d’élections.

Cette situation alimente une frustration grandissante, particulièrement chez les jeunes musulmans, qui observent une application différenciée des règles concernant l’identité culturelle et les habitudes alimentaires. L’arrestation de jeunes adultes pour leurs publications sur les réseaux sociaux témoigne de cette préoccupation. Selon Asim Ali, analyste politique basé à Delhi, cette répression risque d’aliéner davantage la jeunesse musulmane.

« En théorie, tout le monde est déjà coupable et peut être poursuivi pour le simple fait d’être. Il devient difficile d’imaginer ce que l’avenir nous réserve aujourd’hui. Le rythme de la haine s’accélère de jour en jour. »

Asim Ali, analyste politique

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