La multiplication des médicaments, particulièrement chez les personnes âgées, pose un problème croissant de santé publique. Face à ce phénomène de polypharmacie, les médecins américains encouragent désormais une approche plus réfléchie : la déprescription, qui consiste à revoir les traitements pour alléger les fardeaux médicamenteux inutiles.
Près de 70 % des adultes américains âgés de 40 à 79 ans prennent au moins un médicament prescrit, et plus de 20 % en consomment cinq ou plus. Cette polypharmacie, définie par la prise de cinq médicaments ou plus simultanément, augmente considérablement les risques de chutes, de troubles cognitifs et d’hospitalisations, avec des dizaines de milliers de visites aux urgences chaque année. Elle touche particulièrement les patients souffrant de plusieurs affections.
La déprescription, expliquent les experts, n’est pas une question de restriction des soins, mais une démarche planifiée et supervisée visant à réduire ou à arrêter les médicaments qui ne sont plus bénéfiques, voire qui peuvent être nuisibles. Un état de santé amélioré, l’existence de traitements plus récents ou l’ajout de nouveaux médicaments et compléments alimentaires peuvent rendre un traitement initialement approprié obsolète ou dangereux.
Pour garantir une évaluation précise, il est essentiel que les patients présentent à leur médecin la liste complète de leurs médicaments, y compris ceux obtenus sans ordonnance, lors de chaque consultation. Cela permet une communication claire et une adaptation des traitements aux besoins spécifiques de chacun.
Cependant, la simple gestion des symptômes ne suffit pas. Pour inverser la tendance des maladies chroniques, il est impératif de repenser l’approche globale de la santé, en accordant une place centrale aux facteurs liés au mode de vie : nutrition, activité physique, sommeil, gestion du stress et liens sociaux. Ces interventions sont trop souvent reléguées au second plan, alors qu’aucune quantité de médicaments ne peut compenser les effets néfastes d’une mauvaise alimentation, de la sédentarité ou du stress chronique.
« Une bonne médecine, c’est savoir quand dire : « Regardons à nouveau. » », souligne l’American Medical Association. Les médecins et les équipes soignantes doivent évaluer les médicaments de manière globale et encourager un dialogue ouvert avec les patients sur les objectifs des traitements, leurs effets secondaires et leur impact sur la qualité de vie.
Pour que cette approche se généralise, un soutien systémique est nécessaire. Les assureurs doivent accorder suffisamment de temps pour des évaluations approfondies des médicaments. Une meilleure coordination entre les différentes spécialités médicales et les établissements de soins est également indispensable. Enfin, les éditeurs de dossiers médicaux électroniques doivent faciliter la consultation et la mise à jour des listes de médicaments, en incluant les produits sans ordonnance et les compléments alimentaires.
La déprescription n’est pas un refus de soins, mais une volonté de prodiguer les bons soins, au bon moment et pour les bonnes raisons. Il s’agit de rétablir l’équilibre, de reconnaître l’utilité d’un médicament et de savoir quand il ne fait qu’alourdir le fardeau thérapeutique. C’est, avant tout, une question de respect : pour la science, pour l’art de la médecine et, surtout, pour la vie des patients.