Publié le 2025-10-27 16:14:00. Donald Trump achève une étape de sa tournée asiatique au Japon après avoir supervisé la signature d’un accord de paix entre la Thaïlande et le Cambodge et conclu plusieurs accords commerciaux. Cette visite met en lumière sa stratégie axée sur les gains rapides et la pression commerciale.
- Le président américain a contribué à la signature d’un accord de paix entre la Thaïlande et le Cambodge, mettant fin à un long différend frontalier.
- Il a également signé des accords commerciaux réciproques avec la Malaisie et le Cambodge, tandis que le Vietnam s’est engagé à augmenter ses achats de produits américains.
- Cette tournée, la plus longue de Trump à l’étranger depuis son entrée en fonction, vise à renforcer l’influence américaine et à réduire les déficits commerciaux.
Arrivé au Japon lundi, Donald Trump a marqué une pause dans sa tournée asiatique de cinq jours. Cette visite fait suite à un passage en Malaisie où, en marge du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), il a joué un rôle clé dans la conclusion d’un accord de paix entre la Thaïlande et le Cambodge.
Baptisé « Accords de paix de Kuala Lumpur », ce traité repose sur un cessez-le-feu obtenu en juillet dernier suite à l’intervention du président américain. Ce cessez-le-feu a mis fin à des affrontements meurtriers qui avaient éclaté sur fond de différend frontalier entre les deux pays voisins.
Donald Trump s’est félicité de cet accord, saluant le « courage » des Premiers ministres thaïlandais Anutin Charnvirakul et cambodgien Hun Manet. Il a affirmé que la trêve négociée avait « sauvé des millions de vies ».
« C’est un jour capital pour tous les peuples d’Asie du Sud-Est alors que nous signons un accord historique pour mettre fin au conflit militaire entre le Cambodge et la Thaïlande », a déclaré M. Trump.
Les deux nations ont réaffirmé leur « engagement inébranlable en faveur de la paix et de la sécurité ». Elles se sont également accordées sur la mise en œuvre d’opérations de déminage le long de leur frontière commune, le retrait des armements lourds et l’accès accordé aux équipes de surveillance du cessez-le-feu sous l’égide de l’ASEAN. La Thaïlande a par ailleurs consenti à libérer 18 soldats cambodgiens détenus depuis juillet.
Au-delà de la résolution du conflit frontalier, Donald Trump a également conclu des accords commerciaux avec la Malaisie et le Cambodge. Le Vietnam, quant à lui, s’est engagé à accroître ses importations de produits américains, dans le but de réduire le considérable excédent commercial de 123 milliards de dollars (environ 106 milliards d’euros) que les États-Unis enregistrent avec ce pays en 2024.
Le président américain a ensuite pris la direction du Japon, où il devait rencontrer le nouveau Premier ministre Sanae Takaichi. Ce dernier, fraîchement nommé, compte sur l’établissement de relations personnelles avec M. Trump pour apaiser les tensions commerciales croissantes entre les deux puissances économiques.
À bord d’Air Force One, Donald Trump a affirmé son intention de souligner la « grande amitié » entre les États-Unis et le Japon lors de ses entretiens à Tokyo.
La quête de reconnaissance internationale
Depuis son accession à la présidence, l’administration Trump met régulièrement en avant un bilan qualifié de résolution de huit conflits majeurs en huit mois. « Nous en résolvons en moyenne un par mois. Il n’en reste qu’un », a-t-il déclaré à Kuala Lumpur.
Cette rhétorique, cependant, suscite des interrogations quant aux motivations profondes du président américain. Phil Robertson, directeur pour l’Asie de l’organisation Human Rights Watch, suggère que la démarche de M. Trump relève davantage d’une quête de reconnaissance personnelle.
« Présider la signature de l’accord entre la Thaïlande et le Cambodge s’inscrit dans la quête narcissique de Trump pour obtenir le prix Nobel de la paix l’année prochaine », a-t-il confié à DW.
C’est d’ailleurs le Cambodge qui avait officiellement nommé Donald Trump pour le prestigieux prix en juillet, suite à son intervention dans les affrontements meurtriers qui ont eu lieu pendant cinq jours le long de leurs frontières contestées.
Il est également rappelé que M. Trump avait menacé d’imposer des droits de douane de 49 % sur les exportations américaines vers la Thaïlande et le Cambodge si le différend frontalier n’était pas résolu. L’accord finalement conclu prévoit une taxation de 19 %.
« La Thaïlande et le Cambodge dépendent énormément du marché américain pour leurs exportations. Il était donc inévitable qu’ils cèdent aux demandes de Trump de faire la paix rapidement et de signer un accord sous son regard », a ajouté M. Robertson.
La pression commerciale comme levier d’influence
Malgré la position de première puissance économique mondiale des États-Unis, Donald Trump affiche une volonté marquée de réduire les déficits commerciaux avec ses partenaires. Pour ce faire, il n’a pas hésité à recourir à des décrets présidentiels pour augmenter les tarifs douaniers.
Cette politique commerciale a exercé une pression significative sur les économies d’Asie du Sud-Est, analyse Ian Chong, politologue basé à Singapour.
« Les droits de douane et le commerce constituent une composante importante du levier américain. Les économies d’Asie du Sud-Est sont des maillons essentiels de la chaîne d’approvisionnement mondiale », explique M. Chong. Il souligne que plusieurs pays de la région fournissent des minéraux essentiels, comme le nickel, à la Chine « pour fabriquer des produits qui trouvent leur marché final aux États-Unis ».
« Les restrictions commerciales imposées par les États-Unis obligent les pays d’Asie du Sud-Est à chercher des marchés finaux alternatifs, ce qui n’est pas une mince affaire. Cela ajoute une pression supplémentaire sur leurs économies », précise M. Chong.
Selon le bureau du représentant américain au Commerce, la valeur des échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays de l’ASEAN était estimée à 475 milliards de dollars en 2024. Il s’agit d’un rouage bidirectionnel vital pour les économies d’Asie du Sud-Est.
Donald Trump a souligné les efforts de son administration pour « empêcher l’escalade du conflit entre la Thaïlande et le Cambodge », se disant surpris par la rapidité avec laquelle un accord a été trouvé.
« Tout le monde était en quelque sorte étonné que nous ayons réussi à le faire si rapidement », a déclaré M. Trump.
La diplomatie commerciale pour asseoir l’influence
Cette tournée a également été l’occasion pour le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim de rencontrer Donald Trump en personne, dans le contexte d’un accord commercial réciproque déjà annoncé entre Washington et Kuala Lumpur.
Ian Chong estime que les dirigeants régionaux cherchent à maintenir de bonnes relations avec Donald Trump et à préserver leurs liens commerciaux avec les États-Unis, tout en évitant de se plier aux exigences de la Chine, seconde économie mondiale.
« Historiquement, les États-Unis ont contribué à maintenir la stabilité et un accès facile à la mer et à l’air, qui sont également cruciaux pour le commerce », a rappelé M. Chong. Il a précisé que Washington n’était pas partie prenante dans les conflits territoriaux en Asie du Sud-Est et avait toujours considéré cet accès et cette stabilité comme compatibles avec ses intérêts économiques et stratégiques.
« Une implication moindre des États-Unis pourrait créer un vide de pouvoir déstabilisateur ou forcer les États d’Asie du Sud-Est à accepter les conditions de la République populaire de Chine », a-t-il ajouté, en faisant référence à la Chine par son acronyme officiel.
« Les dirigeants d’Asie du Sud-Est pourraient croire qu’un dialogue direct avec le président Trump leur permettrait de faire entendre leur point de vue, ou du moins d’éviter d’être marginalisés par les États-Unis. »
Toutefois, Thitinan Pongsudhirak, politologue et professeur à l’université Chulalongkorn de Bangkok, nuance cette analyse. Il estime que Donald Trump est davantage intéressé par les gains rapides et la perspective de négocier un accord avec la Chine.
« Les réunions de l’ASEAN ne sont qu’un spectacle secondaire pour Trump », affirme Thitinan Pongsudhirak.
Thitinan Pongsudhirak, politologue
« Il recherche des victoires rapides, tandis que l’Asie du Sud-Est aspire à des résultats durables et mutuellement bénéfiques. Trump a transformé le sommet ASEAN-États-Unis en un dîner de travail, mais les dirigeants d’Asie du Sud-Est n’ont d’autre choix que d’y participer », ajoute-t-il.
Thitinan Pongsudhirak, politologue
« Le Japon et la Corée du Sud représentent des enjeux plus importants pour Trump alors qu’il cherche à attirer les investissements aux États-Unis. Mais le point le plus crucial de son ordre du jour sera sa rencontre avec le président Xi », conclut-il.
Thitinan Pongsudhirak, politologue
« Contrairement au premier mandat de Trump, la Chine est désormais prête à traiter les États-Unis sur un pied d’égalité. Il s’agit d’une politique géoeconomique d’équilibriste. »
Thitinan Pongsudhirak, politologue
Donald Trump a exprimé son espoir de parvenir à un accord lors de sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping jeudi. Il a également indiqué être disposé à prolonger son voyage pour rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.
« J’ai beaucoup de respect pour le président Xi et nous allons (…) conclure un accord », a déclaré M. Trump aux journalistes à bord d’Air Force One.