Publié le 2025-11-05 09:22:00. Face au fléau de l’eau potable contaminée qui affecte des milliards de personnes, une nouvelle avancée pourrait bientôt offrir une protection contre la fièvre paratyphoïde, une maladie souvent négligée. Une étude récente suggère l’efficacité d’un vaccin oral expérimental.
La fièvre typhoïde et la fièvre paratyphoïde, deux infections bactériennes causées par des salmonelles, continuent de représenter un défi sanitaire majeur à l’échelle mondiale. Ces maladies, qui se manifestent par une forte fièvre, des maux de tête, de la diarrhée et une fatigue intense, sont responsables chaque année d’environ 100 000 décès. Si des vaccins existent déjà pour la typhoïde, la lutte contre la paratyphoïde nécessitait une nouvelle stratégie.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs a évalué un nouveau vaccin oral vivant atténué, dénommé CVD 1902. Développé à l’Université du Maryland, ce type de vaccin présente des avantages logistiques non négligeables par rapport aux vaccins injectables, notamment une administration simplifiée et un processus de fabrication moins complexe. La fièvre paratyphoïde est particulièrement préoccupante dans les régions d’Asie du Sud et du Sud-Est.
Une étude de provocation humaine prometteuse
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine. L’étude, menée au Royaume-Uni, a eu recours à une méthode d’« étude de provocation humaine », une approche recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les vaccins contre la paratyphoïde, afin de contourner la faible incidence de la maladie dans les populations lors des essais à grande échelle.
Soixante-douze volontaires sains, âgés de 18 à 55 ans et n’ayant jamais souffert de fièvre entérique, ont été répartis aléatoirement dans deux groupes. Trente-quatre d’entre eux ont reçu deux doses du vaccin CVD 1902 par voie orale, espacées de 14 jours, tandis que les 36 autres ont reçu un placebo. Quatre semaines après la seconde dose, tous les participants ont été exposés à une souche du pathogène responsable de la fièvre paratyphoïde (S. Paratyphi A). L’état de santé des participants a été suivi de près, avec des critères précis pour définir la maladie, notamment une culture sanguine positive et une fièvre persistante.
73% d’efficacité et un potentiel d’interruption des chaînes d’infection
Les conclusions de l’étude sont encourageantes : le vaccin CVD 1902 a démontré une efficacité de vaccination estimée à 73 %. Seuls 21 % des participants ayant reçu le vaccin ont développé la maladie, contre 75 % dans le groupe placebo. Les chercheurs estiment que cette efficacité constitue une étape significative vers la mise à disposition de vaccins tant attendus contre la paratyphoïde.
De plus, le vaccin CVD 1902 semble avoir le potentiel de rompre les chaînes de transmission, puisqu’il a été observé une réduction de l’excrétion du pathogène dans les selles des personnes vaccinées. Les effets secondaires rapportés, tels que nausées, vomissements et malaise, étaient généralement légers à modérés et plus fréquents après la première dose, apparaissant légèrement plus souvent dans le groupe vacciné que dans le groupe placebo.
Malgré ces résultats prometteurs, les auteurs soulignent certaines limites. L’étude a été menée dans des conditions artificielles sur des adultes en bonne santé, alors que le groupe cible prioritaire concerne les écoliers dans les zones endémiques. Des essais sur le terrain dans ces régions sont donc indispensables. Un autre défi réside dans la nécessité actuelle de fabriquer le vaccin le jour même de son administration, ce qui rend une formulation plus stable essentielle pour une future approbation. L’idéal serait, à terme, un vaccin combiné protégeant à la fois contre la typhoïde et la paratyphoïde.