Publié le 2025-10-10 09:54:00. Une expérience européenne pionnière à L’Aquila, en Italie, démontre la faisabilité de réseaux capables de gérer les technologies immersives gourmandes en données tout en réalisant des économies d’énergie significatives.
- Le projet SAISON a mené le premier essai sur le terrain d’un système combinant fibre multicœur, réseaux optiques passifs et architectures ouvertes pour la radio mobile, optimisé par l’informatique en périphérie et une orchestration intelligente.
- Les résultats montrent une capacité à fournir des services immersifs de haute qualité avec une efficacité énergétique améliorée, jusqu’à 11 % d’économies, grâce à une gestion dynamique des ressources.
- Cette avancée ouvre la voie à des réseaux plus durables et performants, essentiels pour les futures générations de connectivité comme la 6G, tout en soutenant le développement de la 5G.
La réalité virtuelle (RV) et augmentée (RA) transcendent désormais leurs usages ludiques pour devenir des outils puissants dans des domaines tels que l’éducation, la santé et la culture. L’exploration virtuelle de sites historiques, l’assistance chirurgicale à distance ou la visualisation de projets architecturaux ne sont que quelques exemples des applications futures. Cependant, ces expériences immersives exigent une latence ultra-faible, une bande passante massive et une connectivité fiable, des caractéristiques difficiles à obtenir avec les infrastructures réseau actuelles, souvent optimisées pour le streaming vidéo et les smartphones.
Le projet SAISON, une initiative européenne majeure, propose une solution prometteuse. À L’Aquila, des chercheurs et des opérateurs ont réussi à démontrer qu’une nouvelle génération de réseaux peut répondre à ces exigences. L’essai s’est appuyé sur une combinaison de technologies innovantes : les fibres multicœurs (MCF) permettent de transmettre plusieurs flux lumineux simultanément dans un seul câble, augmentant la capacité de transmission – un peu comme passer d’une autoroute à une seule voie à une autoroute à plusieurs voies. Ces fibres sont intégrées dans des réseaux optiques passifs spatiaux (PON), capables d’activer ou de désactiver dynamiquement les voies de transmission en fonction de la demande, réduisant ainsi la consommation d’énergie lors des périodes de faible activité.
Du côté de l’accès mobile, l’intégration des réseaux d’accès radio ouverts (O-RAN) permet une plus grande flexibilité. En divisant le matériel et le logiciel, l’O-RAN permet une gestion plus fine, activant des cellules radio uniquement lorsque cela est nécessaire, par exemple, lorsqu’un groupe d’utilisateurs lance des casques RV simultanément. Enfin, l’informatique de pointe (edge computing) rapproche la puissance de calcul des utilisateurs, minimisant la latence cruciale pour des expériences RV/RA fluides, en traitant les données localement plutôt qu’en les acheminant vers des centres de données distants.
La véritable innovation réside dans l’orchestration intelligente de ces différents éléments. Un orchestrateur de services réseau (NSO) a coordonné les contrôleurs PON, O-RAN, le transport et la télémétrie. Ce système en boucle fermée analyse le trafic en temps réel et ajuste automatiquement l’allocation des ressources en quelques secondes seulement. L’essai, mené sur un anneau de fibre multicœur urbain de 6 km, a simulé l’arrivée et le départ d’utilisateurs VR. Lorsque le trafic a augmenté avec l’ajout d’un second utilisateur, de nouvelles ressources radio et optiques ont été activées instantanément, assurant une expérience sans interruption. Lorsque la demande a diminué, les ressources inutilisées ont été désactivées, générant ainsi les 11 % d’économie d’énergie constatés par rapport à une exploitation à pleine capacité constante.
Bien que l’économie d’énergie par unité puisse sembler modeste, son impact est considérable à grande échelle, surtout dans les zones urbaines denses. Les réseaux de télécommunications sont déjà de grands consommateurs d’énergie, et avec l’essor de la 5G et les perspectives de la 6G, la nécessité de réseaux plus économes en énergie est primordiale. L’approche « intelligente et axée sur la demande » démontrée ici, où les réseaux s’adaptent activement à l’utilisation, est une réponse clé à ce défi.
La capacité à gérer des applications aussi exigeantes que la RA/RV avec fluidité et efficacité augure bien pour d’autres domaines futurs : villes intelligentes, véhicules autonomes, télémédecine avancée ou automatisation industrielle. L’essai de L’Aquila, fruit d’une collaboration européenne entre universités, opérateurs et industriels (notamment CNIT, Université de L’Aquila, UPC, Telefonica, Tim, FiberCop, Westaquila, et Accelleran), financé par le projet SAISON, démontre la puissance de la recherche appliquée et de l’innovation collaborative.
Ces principes, tels que les fibres multicœurs, le multiplexage spatial, l’orchestration dynamique et la conception écoénergétique, sont également au cœur des recherches sur la 6G, qui vise des réseaux non seulement plus rapides, mais aussi plus intelligents, réactifs et durables. En conclusion, l’essai de L’Aquila prouve qu’il est possible de concilier immersion numérique et respect de l’environnement, annonçant des réseaux du futur qui seront à la fois plus performants et plus écologiques.