Publié le 2025-10-19 07:03:00. À l’approche du centenaire d’un chroniqueur sportif emblématique et à la lumière d’une fascinante découverte sur une photographe de guerre, un nouvel ouvrage explore la riche histoire des pubs de Dublin, révélant leur rôle central dans la vie sociale, culturelle et même politique de la capitale irlandaise.
- Le nouvel ouvrage de Donal Fallon, « The Dublin Pub », met en lumière l’importance des pubs au-delà de la simple consommation d’alcool.
- Des figures littéraires comme Con Houlihan aux artistes comme Lee Miller, en passant par des témoins de la Révolution irlandaise, les pubs ont été des lieux de rencontre, de création et d’action.
- L’étude s’étend au-delà du centre-ville pour inclure les établissements des banlieues, soulignant leur rôle communautaire essentiel.
Alors que l’année prochaine marquera le centenaire de la naissance de Con Houlihan, figure incontournable de la chronique sportive irlandaise décédée en 2012, son prénom seul suffit encore à évoquer sa mémoire pour de nombreux Dublinois. L’auteur de ce nouvel ouvrage, Donal Fallon, historien social et animateur du podcast « Three Castles Burning », a trouvé dans cette commémoration l’une des nombreuses inspirations pour son exploration des pubs de Dublin.
Houlihan, dont le nom reste associé à une certaine idée de la vie locale, fréquentait assidûment certains établissements. Le pub The Glen of Aherlow sur Emmet Road à Inchicore faisait partie de ses habitudes, tout comme le Old Royal Oak à Kilmainham Lane, qu’il décrivait comme un « coin de campagne au cœur de la ville ». Ces lieux sont aujourd’hui autant de sanctuaires laïcs. Chez Mulligan, sur Poolbeg Street, une partie de son œuvre est mise à l’honneur, tandis qu’au Palace Bar, un buste rend hommage à l’écrivain originaire de Castle Island. D’autres hommages plus discrets existent, comme une photo encadrée chez Chaplin’s ou une couverture de magazine au Lower Deck, près de son ancien domicile de Portobello.
L’ouvrage de Fallon prend également un tournant inattendu avec la redécouverte de l’œuvre de la photographe de guerre et journaliste américaine Lee Miller. Durant la Seconde Guerre mondiale, Miller s’est retrouvée à Dublin, immortalisant la ville pour le magazine *Vogue*. Sa présence au Palace Bar, et plus particulièrement son audace à se tenir « à cheval sur la cloison » pour capturer l’instant, a ouvert une perspective sur la place des femmes dans ces lieux, historiquement souvent masculins.
Au-delà des personnalités marquantes, « The Dublin Pub » s’attache à l’histoire sociale au sens large, explorant des thèmes variés tels que les premières licences d’établissement ou l’émergence du karaoké. L’acceptation progressive des femmes dans le « troisième espace » des pubs irlandais est un fil conducteur. John B. Keane, écrivain et ami de Houlihan, avait déjà souligné cette évolution, affirmant ne plus comprendre comment un tenancier pouvait refuser une pinte à une femme, tant ses meilleures clientes étaient, selon lui, plus agréables et mieux disposées que certains hommes.
Le pub en tant qu’édifice physique devient lui-même un personnage du récit. Les vitraux de Tony Inglis au Flowing Tide, sur Lower Abbey Street, qui célèbrent le théâtre voisin, ou encore les portraits d’habitués réalisés par Katharine Lamb au Castle Lounge (alias Grogan’s) sur South William Street, témoignent de ce lien intime entre les établissements et leur environnement. Au Yacht de Ringsend, les rames des clubs de voile voisins rappellent l’imbrication du sport et de la vie de pub.
Les archives militaires révèlent également des anecdotes marquantes. Le témoignage de Jeremiah Frewen, évoquant sa première rencontre avec Michael Collins au Philip Shanahan’s, un pub du quartier de Monto alors centre du trafic d’armes, montre comment ces lieux ont pu servir de décor à des moments clés de l’histoire irlandaise. La Révolution de Pâques 1916 a également laissé ses traces, avec des récits de pillages de pubs dont le contenu a servi à ravitailler les combattants du GPO.
L’étude de Fallon ne se limite pas aux pubs situés entre les canaux de Dublin. Elle s’aventure dans les banlieues, explorant des lieux comme The Towers à Ballymun, un exemple de « pub immobilier ». Ces établissements, parfois érigés par les autorités locales, jouaient un rôle crucial dans la vie communautaire. Bien que The Towers n’existe plus, une fresque murale de Muriel Brandt y célèbre toujours les martyrs de l’Insurrection.
Dans les zones plus rurales, comme les Strawberry Beds, des lieux comme The Wren’s Nest ont conservé leur âme. Ce pub est devenu une oasis pour la musique traditionnelle irlandaise et a même orné la couverture d’un album historique des Dubliners. L’ambiance y est décrite comme particulièrement accueillante, un contraste saisissant avec la frénésie touristique du Temple Bar. Les habitués y perpétuent la tradition des sessions musicales, tandis que les dames locales, rencontrées lors d’une visite, témoignent de l’importance du pub comme lieu de rencontre et de lien social, même au-delà de la consommation d’alcool, comme en témoignent les pots de thé côtoyant les pintes de stout dans certains établissements.
Face à la culture de l’influence et à la quête du « meilleur pub », l’ouvrage de Donal Fallon invite à une réflexion plus large. Les pubs des banlieues, moins « esthétiques » que ceux du centre, n’en demeurent pas moins des piliers communautaires, accueillant des clubs de lecture, des collectes de fonds ou des concerts. Ces lieux ont été les témoins de naissances, de mariages et de funérailles. Des établissements comme The Scotch House, The Horse and Jockey, Barney Kiernan’s ou Baker’s ont marqué la vie de générations. « The Dublin Pub » aspire ainsi à capturer un instantané de ces institutions, nous encourageant à les voir comme bien plus que le simple contenant d’une pinte.
Donal Fallon est historien social à la Dublin City Council Culture Company et présentateur du podcast Three Castles Burning. Le livre « The Dublin Pub » est publié par New Island Books.