Saint-Germain-Laprade (Haute-Loire) lance une taxe controversée sur les panneaux publicitaires de sa zone d’activité. Objectif affiché : lutter contre la pollution visuelle et renflouer les caisses de la commune. Mais la mesure suscite la colère de nombreux commerçants, qui redoutent un coût prohibitif, et divise les habitants, entre pragmatisme économique et souci esthétique.
Dans cette commune rurale de 3 500 âmes, où le bourg a conservé son cachet de pierre, la zone d’activité, située à un kilomètre, compte une centaine d’enseignes. C’est là que la municipalité a décidé d’appliquer une nouvelle taxe sur les panneaux publicitaires de grande taille, une mesure issue d’une loi nationale visant à combattre la pollution visuelle.
Ce dispositif pourrait potentiellement générer jusqu’à 100 000 euros pour les finances municipales. Cependant, cette manne espérée a un goût amer pour certains professionnels. Thibault Ravon, gérant d’une concession automobile, a reçu une notification l’informant d’une taxe calculée sur 188 mètres carrés de publicité, s’élevant à 14 116 euros. Il exprime son incompréhension : « Nous sommes en retrait, nous ne dérangeons absolument personne. On peut apercevoir les villages à deux ou trois kilomètres. Je pense qu’aujourd’hui, personne dans la région ne vous dira qu’il y a un problème avec nous. » Au total, 43 commerces affichant plus de 12 mètres carrés de publicité sont concernés par cette nouvelle imposition.
Au sein de la population locale, la mesure divise. Si certains habitants reconnaissent que ces panneaux servent de repère pour les visiteurs non-initiés à la région, d’autres soutiennent l’initiative : « Étant donné qu’ils veulent faire leur publicité, ils polluent donc… franchement, à mes yeux, c’est normal qu’ils soient taxés. »
Face à la polémique grandissante, le maire de Saint-Germain-Laprade, qui n’a pas souhaité s’exprimer auprès de la presse, a diffusé un communiqué précisant que les tarifs appliqués sont inférieurs aux plafonds autorisés par la loi. Il justifie cette taxe comme un moyen de compenser la baisse des dotations de l’État. Des arguments qui ne suffisent pas à apaiser la colère de certains commerçants. Romain Bonnefoy devra s’acquitter d’une facture de 2 000 euros. Il dénonce : « Une zone industrielle sans panneaux, ça ne sert à rien. Vous voyez aujourd’hui, moi, mettre un petit panneau de 1 mètre carré […]. En plus, je suis dans une impasse. » Il regrette également un manque de concertation et prévient que tout sponsoring local pourrait être revu à la baisse : « Tout ce qui est sponsoring sur la commune de Saint-Germain-Laprade, ils peuvent y faire une croix dessus. »
Pour tenter d’apaiser les tensions, la mairie a d’ores et déjà annoncé qu’une révision des tarifs est envisagée pour 2027.