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Que se passe-t-il avec le Washington Post ?

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Publié le 10 février 2026 15h08. Le Washington Post traverse une crise profonde, marquée par des licenciements massifs, le départ de son PDG et une remise en question de sa ligne éditoriale, le tout sous l’œil discret de son propriétaire, Jeff Bezos.

  • Plus de 300 journalistes ont perdu leur emploi au sein du Washington Post.
  • Le PDG, Will Lewis, a démissionné suite à une vive contestation interne.
  • Le journal se recentre sur la politique américaine et la sécurité nationale, réduisant sa couverture internationale.

En l’espace d’une semaine, le Washington Post a connu une série d’événements sans précédent qui remettent en question son avenir. L’annonce, le 4 février, de la suppression d’un tiers des effectifs a déclenché une onde de choc au sein de la rédaction et au-delà. La section sportive a été quasiment démantelée, la section livres a été supprimée, et le podcast quotidien « Post Reports » a été annulé. Les équipes chargées de la couverture du Moyen-Orient et de l’Ukraine ont également été touchées par ces coupes.

Le directeur exécutif, Matt Murray, a présenté ces mesures comme une « réinitialisation stratégique » nécessaire pour s’adapter à l’ère de l’intelligence artificielle. La rédaction, qui comptait autrefois plus de 850 journalistes sous la direction de Jeff Bezos (qui a racheté le journal en 2013), se retrouve désormais réduite à environ 500 personnes.

Un PDG sous le feu des critiques

La situation a été exacerbée par l’attitude du PDG, Will Lewis, dans les jours qui ont suivi l’annonce des licenciements. Contre toute attente, il n’a pas participé à la visioconférence obligatoire organisée pour informer les employés de ces mesures difficiles, préférant s’abstenir de toute communication directe avec les journalistes.

Les employés ont reçu l’annonce de leur licenciement par e-mail. Le lendemain, alors que la rédaction était en état de choc, Lewis a fait une apparition publique lors d’un événement en Californie du Nord, lié au Super Bowl, où il a été photographié sur un tapis rouge. Cette image, perçue comme un manque de respect flagrant, a attisé la colère des journalistes.

La Guilde du Washington Post, le syndicat représentant les journalistes, a dénoncé une « tentative de destruction d’une grande institution journalistique américaine ». Une affiche a même été placardée au siège du journal, à Georgetown, avec la mention : « RECHERCHÉ POUR DÉTRUIRE LE WASHINGTON POST », accompagnée d’une photographie de Lewis.

Face à la pression croissante, Lewis a finalement annoncé sa démission samedi. Il a déclaré que « le moment était venu de prendre du recul » et a remercié Jeff Bezos. Jeff D’Onofrio, un ancien responsable de Tumblr, a été nommé PDG par intérim et a promis de diriger le journal « avec la force de son journalisme de référence ».

L’ombre de Jeff Bezos

Au cœur de cette crise se trouve Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et propriétaire du Washington Post depuis 2013, après l’avoir acquis auprès de la famille Graham pour 250 millions de dollars. Pendant des années, il a investi dans le journal, permettant une croissance significative de la rédaction. Cependant, une inflexion semble s’être produite.

Fin 2024, Bezos a bloqué la publication d’un éditorial favorable à Kamala Harris. Cette décision a eu des conséquences importantes : le journal a perdu des centaines de milliers d’abonnés et environ 100 millions de dollars de revenus en 2024.

Bezos a également affiché publiquement son soutien à un éventuel retour de Donald Trump au pouvoir. Récemment, il a accueilli le secrétaire à la Défense Pete Hegseth dans sa société spatiale Blue Origin, qui bénéficie d’un contrat de plusieurs millions de dollars avec la NASA. Des journalistes du Washington Post ont adressé des lettres directement à Bezos, lui demandant de préserver le journal des coupes budgétaires, mais il n’a pas répondu.

Marty Baron, ancien directeur exécutif du journal, qui a supervisé la rédaction pendant la période faste de la présidence Trump, a également exprimé son point de vue. Il a souligné que les difficultés actuelles avaient été « aggravées par des décisions malavisées prises en haut lieu », notamment les tentatives de Bezos de « s’attirer les faveurs » de Trump. Voir l’interview de Marty Baron.

Un nouveau cap ou la fin d’une époque ?

Le Washington Post entend désormais se concentrer principalement sur la politique américaine et la sécurité nationale, réduisant considérablement sa couverture internationale. Certains anciens rédacteurs en chef estiment que le journal cherche à concurrencer des publications spécialisées comme Politico plutôt que le New York Times.

Le syndicat exige que Bezos annule les licenciements ou vende le journal « à quelqu’un prêt à investir dans son avenir ». Bezos a publié sa première déclaration publique depuis les licenciements, affirmant que le Post « a une mission journalistique essentielle et une opportunité extraordinaire », sans faire référence à Will Lewis.

L’avenir du journal, qui a résisté à Nixon, publié les Documents du Pentagone et couvert les plus grandes histoires du XXe siècle, est aujourd’hui plus incertain que jamais.

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