Publié le 17 février 2026 13:28:00. Le cancer de la prostate, souvent éclipsé par d’autres cancers chez l’homme, suscite de plus en plus d’attention. À l’approche du mois de sensibilisation en mars, un expert démystifie le dépistage et les facteurs de risque de cette maladie.
- Il n’existe pas de programme national de dépistage du cancer de la prostate au Royaume-Uni, mais les hommes de plus de 50 ans peuvent demander un test PSA à leur médecin généraliste.
- L’origine ethnique, les antécédents familiaux et l’âge sont des facteurs de risque importants.
- Le test PSA, bien qu’utile, peut entraîner de l’anxiété ou un surdiagnostic, et certains experts remettent en question la nécessité de l’examen rectal numérique.
Si les mammographies et les frottis sont bien connus du grand public, le dépistage du cancer de la prostate reste un sujet moins abordé. Pourtant, cette forme de cancer est la plus fréquente chez les hommes. Pour mieux comprendre les enjeux de ce dépistage, nous avons interrogé M. Wissam Abou-Chedid, chirurgien urologue et spécialiste de la robotique à Nuffield Health à Woking, Guildford et Parkside à Londres.
Existe-t-il un programme national de dépistage ?
« À l’heure actuelle, au Royaume-Uni, il n’existe pas de programme national de dépistage du cancer de la prostate, mais tout homme de plus de 50 ans peut consulter son médecin généraliste et demander un test PSA (Antigène Prostatique Spécifique), ainsi que tout homme de plus de 45 ans ayant des antécédents familiaux de cancer de la prostate », explique le Dr Abou-Chedid.
Quels sont les facteurs de risque ?
« La race est un facteur de risque important. Nous savons que les hommes d’origine afro-antillaise sont plus touchés », précise le chirurgien. « Un homme afro-antillais sur quatre développera un cancer de la prostate au cours de sa vie, contre un homme de race blanche sur huit et un homme asiatique sur 13. »
Les antécédents familiaux et la génétique jouent également un rôle. « Certains patients porteurs de mutations génétiques, comme les gènes BRCA1 ou BRCA2, présentent un risque accru. De même, les personnes dont le père, le frère, l’oncle ou le cousin a été atteint d’un cancer de la prostate sont plus susceptibles de développer la maladie. »
L’âge est également un facteur déterminant. « Le risque augmente avec l’âge », souligne le Dr Abou-Chedid. Le cancer de la prostate touche principalement les hommes de plus de 50 ans, avec un pic d’incidence entre 70 et 74 ans, selon Prostate Cancer UK.
Que se passe-t-il lors d’une première consultation avec un médecin généraliste ?
« Lorsque vous exprimez votre inquiétude à votre médecin généraliste, il vous posera des questions sur vos facteurs de risque – votre âge, votre origine ethnique, vos antécédents familiaux – puis il vous parlera du test PSA », explique le Dr Abou-Chedid.
« Il devrait vous expliquer les avantages et les inconvénients pour vous aider à décider si ce test est approprié. Un avantage est la possibilité de détecter le cancer de la prostate à un stade précoce, mais il existe un risque d’anxiété ou de surdiagnostic, c’est-à-dire la détection d’un cancer qui ne nécessiterait aucun traitement. »
M. Wissam Abou-Chedid, chirurgien urologue
Qu’est-ce qu’un test PSA ?
Le test PSA mesure le niveau d’antigène prostatique spécifique dans le sang. Il est généralement effectué dans un hôpital ou un cabinet médical par une infirmière ou un autre professionnel de santé, comme l’indique le site web du NHS.
« Le PSA est une protéine sécrétée par la prostate. Un taux élevé peut indiquer la présence d’un cancer », explique le Dr Abou-Chedid. « Le résultat nous aidera à déterminer les prochaines étapes et les examens complémentaires éventuels. »
Faut-il une préparation particulière avant un test PSA ?
« Le PSA n’est pas un marqueur tumoral spécifique. Il peut être influencé par divers facteurs, comme l’éjaculation », précise le Dr Abou-Chedid. « L’éjaculation dans les 48 heures précédant le test peut augmenter artificiellement le taux de PSA jusqu’à 20 %. Il est donc recommandé de s’abstenir d’éjaculer pendant cette période. De même, une activité physique intense, comme le vélo, peut également fausser les résultats. Tout ce qui exerce une pression sur la région pelvienne peut entraîner une augmentation artificielle du PSA. Une infection urinaire peut également temporairement augmenter les taux. »
Doit-on attendre l’apparition de symptômes pour se faire tester ?
« Le cancer de la prostate est souvent asymptomatique, même à un stade avancé. Il n’est donc pas nécessaire d’attendre l’apparition de symptômes pour demander un test PSA », souligne le Dr Abou-Chedid. « En général, lorsque des symptômes apparaissent, comme des douleurs osseuses, cela signifie que le cancer s’est déjà propagé. »
Que se passe-t-il après le test PSA ?
« Si le taux de PSA est élevé, la première étape consiste à refaire le test après quelques semaines », explique le Dr Abou-Chedid. « Si le deuxième test confirme un taux élevé, votre médecin généraliste vous orientera vers un centre spécialisé pour une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). L’IRM permet de détecter d’éventuelles zones suspectes dans la prostate. Si de telles zones sont identifiées, une biopsie sera proposée. »
« Une fois la biopsie analysée, nous aurons les résultats dans un délai de sept à dix jours. Nous pourrons alors déterminer si le cancer détecté est agressif et nécessite un traitement, ou s’il s’agit d’un cancer à faible risque qui peut être surveillé grâce à une surveillance active, qui consiste en des contrôles réguliers du PSA et des IRM, sans traitement immédiat. »
L’examen rectal numérique est-il toujours nécessaire ?
« L’examen rectal numérique (ERD) peut parfois détecter des cancers de la prostate qui ne sont pas détectés par le test PSA », explique le Dr Abou-Chedid. Cependant, la recommandation récente de l’Association britannique des chirurgiens urologiques (BAUS) conseille aux médecins généralistes de ne plus systématiquement pratiquer cet examen.
« De nombreux patients ont exprimé leur réticence à consulter leur médecin généraliste par peur de cet examen invasif. Ils préfèrent éviter de vivre cette expérience désagréable et renoncent donc au test PSA. C’est pourquoi nous encourageons les médecins généralistes à ne pas systématiquement pratiquer l’ERD, mais plutôt à prescrire le test PSA et à orienter le patient vers un spécialiste si nécessaire. »
M. Wissam Abou-Chedid, chirurgien urologue