Publié le 24 février 2026 à 10h24. L’obsession pour le chiffre du VO₂ max, indicateur de condition physique, est déconseillée par des experts, qui mettent en avant l’importance d’une approche plus globale de la santé cardiovasculaire et de la capacité respiratoire.
La mesure du VO₂ max (volume maximal d’oxygène), indicateur de la capacité maximale de l’organisme à utiliser l’oxygène pendant un effort intense, a gagné en popularité avec l’essor des montres intelligentes. Cependant, certains experts mettent en garde contre une focalisation excessive sur ce seul chiffre.
Le cardiologue américain Eric Topol a récemment alerté sur les risques d’une obsession pour le VO₂ max dans sa newsletter Vérités terrain. Il préconise de privilégier d’autres méthodes d’évaluation de la santé cardiovasculaire, plus fiables et accessibles.
Le VO₂ max est traditionnellement considéré comme un bon reflet de la capacité aérobie et cardiovasculaire. Toutefois, sa mesure précise nécessite un environnement de laboratoire spécialisé et une supervision médicale, ce qui limite son utilisation en dehors du milieu sportif ou clinique. De plus, des facteurs tels que l’âge, le sexe et le niveau d’activité physique influencent considérablement cette valeur, l’exercice régulier étant le seul facteur directement modifiable.
Selon Topol, spécialiste en longévité, il est plus pertinent pour la majorité des individus de travailler à améliorer leur capacité cardiorespiratoire (CFR), mesurée en équivalents métaboliques de la tâche (MET), grâce à une activité physique régulière et variée, plutôt que de rechercher un chiffre précis estimé par les dispositifs numériques, souvent avec une marge d’erreur importante.
De nombreux patients se montrent préoccupés par une baisse de leur VO₂ max signalée par leurs montres connectées, sans tenir compte de la possible imprécision de ces mesures. Le problème dépasse toutefois le simple domaine des technologies grand public. Topol souligne une confusion fondamentale entre la capacité cardiorespiratoire et le VO₂ max, deux notions distinctes tant au niveau de leur mesure que de leur pertinence scientifique en matière de santé et de longévité.
Selon le cardiologue :
« Presque toutes les données pertinentes liées aux résultats en matière de santé sont basées sur des exercices sur tapis roulant ou à vélo, les MET étant un indice de la condition cardiorespiratoire. »
Eric Topol, cardiologue
Une étude finlandaise menée sur 1 294 hommes a confirmé ces observations. Les données disponibles mettent en évidence l’importance de la CFR, et non du VO₂ max, pour la prévention des maladies et l’amélioration de la longévité.
L’Association américaine du cœur a d’ailleurs recommandé en 2016 de considérer la capacité cardiorespiratoire comme un « signe vital clinique » essentiel. Une étude de la Clinique de Cleveland, publiée en 2018 et portant sur 122 007 patients, a démontré une diminution progressive de la mortalité à mesure que le niveau de performance en MET augmentait.
En 2022, une analyse portant sur plus de 750 000 vétérans américains a confirmé que le risque de mortalité diminuait dans tous les groupes d’âge à mesure que la condition cardiorespiratoire s’améliorait, sans risque particulier associé à des niveaux d’exercice élevés.
Topol met en garde contre la survalorisation du VO₂ max, notamment en raison de la promotion par certaines figures influentes, comme Peter Attia, qui le présentent comme « l’indicateur de longévité le plus puissant », en se basant sur des études portant en réalité sur la capacité cardiorespiratoire.
Il souligne que les plateformes d’intelligence artificielle actuelles, qui utilisent les données des montres intelligentes, accordent une importance excessive aux données peu fiables du VO₂ max, ce qui peut induire en erreur. Il recommande de privilégier la mesure des MET, plus simple, plus accessible et mieux validée scientifiquement.
Les recommandations des experts de l’École de Santé Publique de l’Université Harvard soulignent que la mesure précise du VO₂ max nécessite des laboratoires spécialisés et que, pour la plupart des gens, des estimations approximatives ou même l’absence de cette métrique, au profit d’une activité physique régulière, suffisent.
L’amélioration du VO₂ max est associée à un risque réduit de maladies cardiovasculaires, de diabète et de cancer, mais la clé reste l’activité physique régulière et la diversification des entraînements.
Topol conclut :
« Nous ne devrions pas accorder autant de valeur aux données de notre montre intelligente sur le VO₂ max. Si nous voulons nous concentrer sur une seule mesure, elle devrait être les MET, et non le VO₂ max. C’est gratuit, simple et universel, et c’est celui qui a été le mieux étudié pour ses résultats en matière de santé. »
Eric Topol, cardiologue