Publié le 2024-10-27 10:30:00. Quinze ans après les premières vaccinations, des recherches néerlandaises confirment l’efficacité du vaccin contre le papillomavirus (VPH). Une gynécologue souligne l’impact positif sur la réduction des cancers, tout en déplorant les freins à une vaccination plus large.
- Les femmes vaccinées contre le VPH présentent un risque réduit de cancer du col de l’utérus.
- Le vaccin, développé il y a plus de cinquante ans suite à la découverte du lien entre le VPH et plusieurs cancers, met du temps à démontrer son efficacité.
- L’objectif d’une vaccination mondiale permettrait de diminuer de plus de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus.
Il y a plus d’une décennie et demie, les Pays-Bas ont initié la vaccination des jeunes filles contre le papillomavirus humain (VPH). Des études récentes menées par le Centre intégré de lutte contre le cancer viennent aujourd’hui confirmer les bénéfices de cette stratégie. Le vaccin se révèle particulièrement efficace pour prévenir le cancer du col de l’utérus chez les femmes ainsi immunisées. Caroline Vos, gynécologue à l’hôpital Elisabeth-TweeSteden de Tilburg, constate cette protection dans sa pratique quotidienne.
La découverte, il y a plus de cinquante ans, que le VPH était à l’origine du cancer du col de l’utérus, a marqué un tournant. « Mais aussi d’autres types de cancer, comme le cancer des lèvres, le cancer du pénis, le cancer de l’anus et les tumeurs de la tête et du cou », rappelle la Dre Vos. Cette avancée a stimulé la recherche pour le développement d’un vaccin préventif.
L’évaluation de l’efficacité vaccinale a nécessité une longue période d’observation. « Il s’écoule de nombreuses années entre l’infection par le VPH et l’apparition d’un cancer du col de l’utérus », explique la Dre Vos. Ce délai rend complexe la démonstration rapide de l’efficacité d’une campagne de vaccination. « Nous avons donc attendu longtemps jusqu’à ce qu’il y ait enfin des preuves. »
« Le vaccin fonctionne très bien. Nous disposons désormais des premières données sur les filles qui ont reçu le vaccin à l’époque. Ce sont désormais des jeunes femmes et vous voyez que le vaccin a un effet protecteur. »
Caroline Vos, gynécologue
La Dre Vos plaide pour une couverture vaccinale plus étendue. « Selon les calculs des modèles internationaux, il sera possible de réduire le cancer du col de l’utérus de plus de 90 pour cent si nous vaccinons l’ensemble de la population mondiale. » Cependant, elle observe des résistances notables, souvent alimentées par des incertitudes quant aux effets secondaires à court et long terme, ainsi que par de la désinformation. « Des gens qui pensent, par exemple, qu’il y a des complots entre le gouvernement et l’industrie. Ou que le vaccin a d’autres objectifs. »
La gynécologue comprend les doutes initiaux, lorsque les preuves tangibles manquaient. « Mais nous sommes aujourd’hui quinze ans plus tard. Aujourd’hui, on peut dire que le vaccin fonctionne vraiment. » Elle souligne par ailleurs que la vaccination ne suffit pas à éradiquer tous les cancers liés au VPH. « En plus de la vaccination, le dépistage dans le cadre d’une enquête de population avec un test VPH et un frottis est et reste important. »
La lutte contre les cancers induits par le VPH revêt une importance particulière lorsqu’il s’agit de jeunes femmes. La Dre Vos confie que l’annonce d’un diagnostic de cancer du col de l’utérus est l’une des épreuves les plus difficiles de sa profession. « Le cancer du col de l’utérus touche les jeunes femmes qui sont dans la fleur de l’âge, qui développent une carrière et envisagent peut-être de fonder une famille. Et puis il faut dire à quelqu’un comme ça qu’elle a une maladie très grave que nous devons traiter. »
Les conséquences de la maladie et des traitements peuvent être dévastatrices, notamment sur la fertilité. « Cela peut avoir des conséquences néfastes sur les chances de grossesse. Cela a un impact énorme sur l’avenir des jeunes femmes. Si vous pouvez éviter cela, alors nous, les médecins, disons que vous devriez le faire. »
C’est pourquoi la vaccination n’est plus exclusivement réservée aux jeunes filles. « Nous le proposons aussi aux garçons. L’avantage, c’est que le virus arrête de circuler. On le fait aussi pour les autres, pas seulement pour soi. » Cette approche collective vise à endiguer la propagation du virus et à protéger l’ensemble de la population.