Publié le 2025-11-04 16:29. Alors que la 30e Conférence mondiale sur le climat approche, un rapport des Nations Unies alerte sur l’aggravation du réchauffement climatique. Sans mesures supplémentaires drastiques, l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5 degré Celsius, crucial pour éviter les pires catastrophes, risque d’être dépassé dès la prochaine décennie.
Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), basé à Nairobi, la planète se dirige vers un réchauffement de 2,8 degrés Celsius d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle. Ce chiffre, bien qu’inférieur aux 3,1 degrés anticipés l’année précédente, reste largement au-dessus de l’objectif fixé par la communauté internationale.
Même si tous les pays appliquent rigoureusement leurs plans nationaux de protection du climat (PNBC) tels qu’annoncés, les projections indiquent un réchauffement compris entre 2,3 et 2,5 degrés. Dans le scénario le plus défavorable, la température pourrait grimper jusqu’à 2,8 degrés.
Guterres : « Pas assez »
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié ces progrès de « timides mais insuffisants », alertant sur le risque d’un « effondrement climatique » si les actions actuelles ne sont pas revues à la hausse. « L’ambition et les mesures sont loin d’être à la hauteur de l’ampleur nécessaire à l’échelle mondiale », a souligné Anne Olhoff, experte en climat et figure clé du rapport du PNUE, auprès de l’agence de presse AFP.
Les experts mettent en garde contre une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes, tels que les tempêtes, les sécheresses et les inondations. Un risque majeur réside également dans l’atteinte de « points de basculement climatiques », des seuils au-delà desquels le changement climatique s’accélérerait de manière irréversible.
La hausse des températures actuelles rend déjà la survie à long terme des récifs coralliens tropicaux compromise. Si le réchauffement dépasse largement les deux degrés, les conséquences pour les calottes glaciaires polaires et la forêt amazonienne pourraient être graves et durables.
Seulement un tiers des pays soumettent leurs plans à temps
Le dernier Rapport sur les écarts d’émissions du PNUE s’est concentré sur les plans et annonces de protection du climat soumis par les États. À la date limite de fin septembre, seulement 60 des près de 200 parties à l’Accord de Paris avaient transmis leurs nouvelles Contributions Déterminées au niveau National (CDN) incluant des objectifs pour 2035 au Secrétariat de l’ONU sur le climat. Les experts ont donc souligné la nécessité d’une plus grande ambition et d’une action plus rapide dans la plupart des plans climatiques.
Le retrait des États-Unis pourrait aggraver la situation
Les experts du PNUE notent qu’une amélioration de 0,1 degré dans les prévisions est en partie due à une méthode de calcul actualisée. De plus, le plan climatique évalué des États-Unis a été élaboré sous l’administration précédente. Le retrait annoncé des États-Unis de l’Accord de Paris sur la protection du climat, effectif en janvier, pourrait augmenter le réchauffement d’un dixième de degré, selon le PNUE.
Combien de temps restera-t-on sous les 1,5 degré ?
L’année 2024, déjà la plus chaude jamais enregistrée, a franchi la barre des 1,5 degré Celsius. Bien que cet objectif ne soit officiellement manqué qu’en moyenne sur plusieurs années, les Nations Unies considèrent ce dépassement comme difficilement évitable. « Des réductions décisives et opportunes des émissions peuvent retarder l’apparition d’un dépassement, mais pas l’empêcher complètement », indiquent les auteurs du rapport.
La « grande tâche qui nous attend est de maintenir ce dépassement temporaire et minimal », afin qu’un retour sous le seuil de 1,5 degré reste possible. António Guterres met en garde : « Toute phase au cours de laquelle les objectifs sont dépassés aura inévitablement des conséquences dramatiques, avec des pertes en vies humaines, le déracinement des communautés et des reculs dans le développement. »
Néanmoins, une note d’espoir subsiste : depuis l’Accord de Paris il y a dix ans, les prévisions annuelles de réchauffement ont diminué, passant d’une estimation initiale de 3 à 3,5 degrés.
Élimination technique du carbone
Dans son rapport, le PNUE recommande en priorité une réduction rapide des nouvelles émissions de gaz à effet de serre, s’appuyant sur des solutions éprouvées comme les énergies renouvelables (éolien et solaire). Il est également crucial de s’attaquer aux sources de méthane, particulièrement nocives, qui proviennent notamment du dessèchement des zones humides ou de l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz.
Selon le rapport, chaque fraction de degré évitée réduit les dommages et les pertes liés au réchauffement climatique dans toutes les régions du monde. Cependant, les méthodes techniques d’élimination du carbone, bien que potentiellement efficaces, présentent des risques et des coûts élevés. Le rapport estime qu’il faudrait supprimer et stocker durablement l’équivalent d’environ cinq années d’émissions mondiales de CO2 pour inverser ne serait-ce qu’un dixième de degré de réchauffement excessif.
Des solutions existent, le climat politique est difficile
Les experts du PNUE lancent un appel particulier aux pays du G20. Sept d’entre eux ont présenté de nouvelles CDN avec des objectifs jusqu’en 2035, et trois autres en avaient annoncé au moment de l’analyse. La Chine a soumis son plan lundi, tandis que l’Union européenne mène actuellement des consultations sur ce sujet. Le rapport conclut que les promesses d’une protection accrue du climat ne sont pas encore assez ambitieuses.
Le G20, à l’exception de l’Union africaine, est responsable de près de 80 % des émissions mondiales. Le rapport du PNUE souligne leur rôle essentiel dans la progression de la protection du climat, malgré un contexte géopolitique complexe. Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU sur le Climat, voit dans la prochaine COP30 dans la forêt amazonienne brésilienne une opportunité : « Nous sommes toujours dans la course, mais afin de garantir une planète vivable pour les huit milliards d’habitants, nous devons de toute urgence accélérer le rythme. »