Madrid, le 10 février 2026. Une équipe de chercheurs espagnols a identifié un mécanisme clé qui explique pourquoi la fibrillation auriculaire, l’arythmie cardiaque la plus fréquente, devient persistante, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblées.
- La fibrillation auriculaire persistante est maintenue par des zones spécifiques dans les oreillettes, appelées « régions pilotes », qui présentent une activité électrique rapide.
- Ces régions sont caractérisées par une présence accrue de fibroblastes et de macrophages, des cellules non contractiles qui créent un microenvironnement favorisant la survie de l’arythmie.
- L’élimination sélective de ces régions par ablation a permis d’interrompre l’arythmie dans des modèles expérimentaux et d’améliorer le contrôle du rythme chez les patients.
La fibrillation auriculaire (FA), une arythmie cardiaque courante, représente un défi thérapeutique majeur lorsqu’elle évolue vers une forme persistante, où la restauration spontanée d’un rythme cardiaque normal est improbable. Une étude multidisciplinaire menée par le Centre National de Recherche Cardiovasculaire Carlos III (CNIC) apporte de nouvelles perspectives sur les raisons de cette persistance, en mettant en lumière le rôle crucial des cellules non contractiles du cœur.
Traditionnellement, la FA était considérée comme un trouble purement électrique des cardiomyocytes, les cellules musculaires cardiaques responsables de la contraction. Cependant, les travaux coordonnés par le Dr David Filgueiras Rama, responsable du groupe Développement avancé des mécanismes et des thérapies de l’arythmie au CNIC, démontrent que des régions spécifiques à chaque patient au sein des oreillettes développent un environnement cellulaire particulier qui favorise le maintien de l’arythmie. « Ces zones, que nous appelons régions pilote ou roues, présentent une activité électrique plus rapide que les tissus environnants et agissent comme de véritables moteurs qui maintiennent la fibrillation auriculaire dans le temps », explique le Dr Filgueiras Rama.
L’étude a révélé des différences significatives dans l’abondance, le type et la fonction des fibroblastes et des macrophages, des cellules qui n’interviennent pas directement dans la contraction cardiaque mais qui influencent considérablement le fonctionnement des tissus. Selon Ana Simon Fille, premier auteur de l’étude et chercheuse au CNIC, actuellement au Massachusetts General Hospital et Harvard Medical School :
« Ces cellules non contractiles génèrent un microenvironnement cellulaire spécialisé qui favorise l’homéostasie et la survie cellulaire à long terme, ce qui est crucial pour maintenir la fibrillation auriculaire. »
L’équipe a observé que les macrophages présents dans ces régions ne présentaient pas le profil inflammatoire classique associé à la FA. Au lieu de cela, l’étude détaille l’existence d’une proportion plus élevée de macrophages résidents cardiaques, liés à des fonctions de protection, au soutien métabolique et à la survie cellulaire. « Cette combinaison cellulaire pourrait aider les cardiomyocytes à tolérer les demandes électriques et énergétiques intenses imposées par la fibrillation auriculaire persistante », ajoute le Dr Filgueiras Rama.
Les chercheurs ont combiné des modèles expérimentaux avancés, présentant des caractéristiques similaires au cœur humain, avec l’analyse de tissus cardiaques de patients atteints de FA persistante. Ces analyses ont confirmé la présence de ces mécanismes dans la maladie clinique. De plus, la recherche a démontré l’importance fonctionnelle de ces régions en observant que leur élimination sélective par des techniques d’ablation – une procédure médicale utilisée pour détruire ou retirer des tissus – a interrompu l’arythmie dans des modèles expérimentaux et a été associée à un contrôle efficace du rythme à long terme chez les patients.
Les auteurs soulignent que ces résultats décrivent des mécanismes adaptatifs régionaux et spécifiques à chaque patient qui permettent la persistance de la FA. Ils remettent également en question l’idée, encore répandue, selon laquelle le remodelage auriculaire – les modifications des oreillettes induites par l’arythmie – se produit de manière uniforme dans tout le cœur. L’étude ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant des cellules et des molécules au-delà des cardiomyocytes.
Cette recherche a été menée en collaboration avec plusieurs institutions nationales, notamment l’Institut de recherche en santé de l’hôpital clinique de San Carlos (IdISSC), l’Institut du Centre National de Recherche et de Technologie Agricoles et Alimentaires (INIA-CSIC), le Réseau Centre de Recherche Biomédicale sur les Maladies Cardiovasculaires (CIBERCV), l’Institut de Recherche en Santé de la Fondation Jiménez Díaz et la Fondation Interhospitalière pour la Recherche Cardiovasculaire (FIC), ainsi qu’avec des équipes internationales de l’Université de Calgary (Canada) et de l’Université de Fribourg (Allemagne).
Les expériences de microscopie ont été réalisées au sein de l’Unité de Microscopie et Imagerie Dynamique du CNIC, ICTS-ReDib, cofinancée par le Ministère de la Science et de l’Innovation (MCIN/AEI/10.13039/501100011033) et le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) « Une manière de faire l’Europe » (ICTS-2018-04-CNIC-16).
L’étude a été financée par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne (n° 965286), le Ministère de la Science et de l’Innovation (MCIN) (PID2023-150456OB-I00 et PGC2018-097019-B-I00) financé par MCIN/AEI/10.13039/501100011033, l’Institut de Santé Carlos III (ISCIII) (Fonds de Recherche en Santé PRB3) (PT17/0019/0003- ISCIII-SGEFI/FEDER, ProteoRed), la Fondation Interhospitalière pour la Recherche Cardiovasculaire, la Société espagnole de cardiologie et la Fondation « la Caixa ».