Publié le 16 février 2026 08:55:00. Une étude menée sur une vaste cohorte de patients révèle que les personnes paraplégiques présentent un risque significativement accru de complications hospitalières après une chirurgie majeure pour le cancer, soulignant la nécessité d’une prise en charge spécialisée.
- Les patients paraplégiques subissent plus fréquemment des complications post-opératoires, avec un risque accru de mortalité hospitalière après certaines interventions chirurgicales.
- L’ampleur de ce risque varie considérablement en fonction du type de chirurgie oncologique pratiquée.
- Une meilleure coordination des soins et une orientation vers des centres spécialisés pourraient atténuer ces risques.
Une association entre la paraplégie et une augmentation des complications hospitalières après une chirurgie majeure pour le cancer était jusqu’à présent peu documentée. Pour combler cette lacune, des chercheurs ont analysé les données de la base de données nationale des hospitalisations (NIS) aux États-Unis, couvrant la période 2000 à 2019. L’étude a porté sur cinq types de chirurgies oncologiques courantes : la colectomie, l’hystérectomie radicale, la résection pulmonaire, la gastrectomie et la pancréatectomie.
L’analyse a révélé que, bien que relativement rares (entre 0,2 et 0,3 % des patients), les personnes paraplégiques subissent ces interventions chirurgicales. Le nombre de patients paraplégiques concernés variait selon le type de chirurgie, de 957 pour la colectomie à 75 pour la pancréatectomie. Cette faible proportion rend difficile l’évaluation systématique de l’impact de la paraplégie sur les résultats chirurgicaux.
Au-delà de la paraplégie elle-même, les chercheurs ont constaté que les patients paraplégiques présentaient un indice de comorbidité (CCI) plus élevé que les patients non paraplégiques. Cet indice, qui évalue la présence de maladies concomitantes, était significativement plus élevé après une résection pulmonaire, une colectomie, une hystérectomie radicale et une gastrectomie. Pour tenir compte de ces différences, une méthode statistique appelée « appariement par score de propension » (PSM) a été utilisée afin de minimiser les biais.
Après ajustement statistique, l’étude a confirmé que la paraplégie était invariablement associée à un risque accru de complications hospitalières, allant de 1,3 à 11 fois plus élevé selon le type de chirurgie. L’effet le plus marqué a été observé après une colectomie et une hystérectomie radicale, où la paraplégie augmentait le risque de toutes les complications étudiées. La mortalité hospitalière était également plus élevée chez les patients paraplégiques après une pancréatectomie (16,0 % contre 3,3 % ; p < 0,001), une résection pulmonaire (9,4 % contre 1,8 % ; p = 0,001), une colectomie (10 % contre 3 % ; p < 0,001) et une hystérectomie radicale (< 4,4 % contre < 0,4 % ; p < 0,001), mais pas après une gastrectomie (p = 0,3). Les analyses multivariées ont révélé que la paraplégie prédisait indépendamment un risque accru de mortalité hospitalière de 3,8, 5,8 et 6,3 fois respectivement pour la colectomie, la résection pulmonaire et la pancréatectomie.
La durée du séjour hospitalier était également prolongée chez les patients paraplégiques, avec une augmentation allant jusqu’à 14 jours après une pancréatectomie. Ces résultats soulignent l’importance d’une prise en charge spécifique des patients paraplégiques subissant une chirurgie oncologique majeure.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette vulnérabilité accrue. Au-delà des perturbations autonomes, cardiovasculaires et immunitaires associées à la paraplégie 27, 28, 29, des complications telles que les infections urinaires, l’iléus et les escarres, liées à un dysfonctionnement neurogène de la vessie et de l’intestin, à une mobilité réduite et à une intégrité cutanée altérée, peuvent jouer un rôle. Le manque d’expertise et de ressources spécifiques dans les hôpitaux généraux pour la prise en charge des patients paraplégiques pourrait également contribuer à ces complications. Une gestion multidisciplinaire ou une orientation précoce vers des centres spécialisés pourrait améliorer les résultats.
Les chercheurs soulignent que cette étude constitue une première évaluation systématique de l’impact de la paraplégie sur les résultats hospitaliers après une chirurgie oncologique majeure et qu’elle devrait être prise en compte dans la prise de décision médicale et le consentement éclairé des patients. Ils reconnaissent toutefois certaines limites, notamment le caractère rétrospectif de l’étude et le manque de données détaillées sur l’étiologie et la sévérité de la paraplégie. De plus, la petite taille de l’échantillon pour certaines procédures limite la généralisation des conclusions.
Conclusion
Dans les cinq principales procédures oncologiques étudiées, les patients paraplégiques présentent systématiquement des taux plus élevés de complications hospitalières, de durée de séjour prolongée et de mortalité. L’ampleur de ces différences varie en fonction du type de chirurgie et de la définition de l’issue indésirable. Ces résultats soulignent la nécessité d’une prise en charge spécialisée et d’une meilleure coordination des soins pour les patients paraplégiques subissant une chirurgie oncologique majeure.