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Retours annuels à revenu fixe et baisse des prix du pétrole brut

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La chute des prix du pétrole, conjuguée aux annonces de l’OPEP, pourrait ouvrir la voie à une baisse des taux directeurs américains, mais le chemin s’annonce semé d’embûches.

Les marchés financiers ont réagi vivement dimanche soir à la décision de l’OPEP d’accroître sa production de 411 000 barils par jour. Cette augmentation, déjà anticipée, devrait, à terme, exercer une pression à la baisse sur les prix du brut, offrant ainsi un argument supplémentaire à la Réserve fédérale américaine (Fed) pour envisager une diminution de son taux directeur.

Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large visant à juguler l’inflation et, potentiellement, à réduire le déficit budgétaire. Dès début avril, le secrétaire au Trésor, Bessent, avait publiquement évoqué l’importance d’un aspect moins médiatisé de la politique tarifaire : au-delà des 700 à 800 milliards de dollars de revenus supplémentaires potentiels issus des nouveaux tarifs douaniers, l’objectif implicite était d’encourager la Fed à relâcher sa politique monétaire. Le pari était de voir une baisse des taux directeurs contribuer significativement à assainir les finances publiques.

Si les médias américains ont largement privilégié l’aspect émotionnel des tarifs, focalisant l’attention sur les répercussions pour le consommateur, le débat prend désormais une tournure plus analytique, surtout avec l’avancée de la réforme fiscale au Congrès. Le succès de cette politique reste toutefois incertain, le texte progressant lentement. Néanmoins, la baisse attendue des prix du pétrole brut, se traduisant in fine par une diminution du coût de l’essence, constitue un facteur indéniablement favorable.

Dans ce contexte, certains instruments financiers sont particulièrement scrutés. Les fonds négociés en bourse (ETF) Ishares 20+ Year Treasury Bond ETF (NASDAQ : TLT) et Ishares IBOXX High Yield Corporate Bond ETF (NYSE : HYG) figurent parmi les actifs analysés. Les rendements des obligations à 10 et 15 ans demeurent à des niveaux relativement bas, une tendance observée depuis la période de taux d’intérêt nuls entre 2008 et 2016, puis de nouveau de mars 2020 à mars 2022. Le TLT affiche d’ailleurs un rendement annuel sur 10 ans négatif, et ce, depuis environ un an.

Les taux d’intérêt à court terme devraient connaître une décélération, les acteurs du marché anticipant une politique monétaire plus accommodante avant même les décisions officielles du Comité fédéral de marché ouvert (FOMC). La réunion du FOMC ce mercredi ne devrait pas se traduire par une réduction du taux directeur, actuellement fixé entre 4,375 % et 4,625 %. Toutefois, des commentaires plus mesurés de la part de Jay Powell, le président de la Fed, sont attendus, d’autant que le président a nuancé ses propos récents sur l’avenir de la politique monétaire. La baisse des prix du pétrole et des données d’inflation jugées « douces » pour le premier trimestre de l’année devraient également contribuer à tempérer un discours jugé trop agressif (« hawkish »).

Un élément d’analyse mérite toutefois d’être souligné : la divergence entre la hausse des « anticipations d’inflation » et la réaction atone du marché obligataire américain. Logiquement, une inflation galopante aurait dû engendrer une augmentation des rendements des bons du Trésor à 10 ans et au-delà. Or, les dernières données d’inflation de mars se sont avérées favorables aux obligations, tout comme la majorité des indicateurs d’inflation de janvier, février et mars, qui se sont révélés « obligataire-friendly ».

Parmi les différentes propositions de la réforme fiscale, la réduction du taux d’imposition des sociétés de 21 % à 15 % semble la moins avantageuse pour les marchés obligataires. Il est possible que le président et la majorité du Congrès privilégient une diminution plus substantielle des taux d’imposition marginaux des particuliers, quitte à sacrifier une baisse significative de la fiscalité des entreprises (opinion personnelle de l’auteur).

Conclusion : Les rendements des actifs à revenu fixe ont connu des difficultés depuis 2021, et plus particulièrement en 2022. L’auteur estime toutefois que le taux directeur pourrait être ramené entre 2,75 % et 3 %, compte tenu de la nécessité d’une réduction significative du déficit budgétaire, une mesure qui, par sa nature restrictive, pourrait freiner l’économie américaine. Dans ce contexte, une baisse du taux directeur de la Fed pourrait offrir un répit.

À l’instar de 2021-2022, il pourrait s’agir d’un dernier sursaut avant des rebonds obligataires significatifs, jusqu’à ce qu’une raison valable n’indique une nouvelle hausse marquée des rendements. Les écarts de crédit se sont progressivement améliorés depuis les plus bas observés les 7 et 8 avril, en parallèle d’une amélioration sur le marché des actions.

Moody’s anticipe un taux de défaut attendu pour les obligations à haut rendement entre 2,8 % et 3,4 % pour 2025. Pour autant, les fonds négociés en bourse comme le HYG se négocient à des rendements de 7 % à 8 %, offrant une marge de sécurité intéressante. Néanmoins, les principales agences de notation ont revu à la hausse leurs estimations de risque pour 2025, compte tenu de la conjoncture actuelle. Le risque de défaut moyen pour les entreprises américaines avait atteint 7,8 % durant la crise du Covid en 2020.

Un récent rapport de Moody’s, accessible via Google, semble distinguer les « taux de défaut attendus » des obligations américaines du « risque de défaut croissant ». L’auteur se souvient qu’après les faillites d’Enron et WorldCom au début des années 2000, les agences de notation ont dû réviser leurs méthodologies pour intégrer des indicateurs « basés sur le marché », tels que les variations réelles des écarts de crédit, par opposition aux anciens modèles basés sur la couverture du service de la dette et les flux de trésorerie. Ces derniers s’étaient révélés défaillants lors des crises d’Enron et de WorldCom, où les écarts de crédit signalaient des tensions bien avant les défauts effectifs.

L’approche rapide de la moyenne mobile à 200 jours sur le graphique constitue une surinformation.

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