Publié le 2025-10-17 11:00:00. Les propriétaires forestiers autrichiens font face à une accumulation de défis, entre crise climatique, infestation de parasites, pénurie de main-d’œuvre et lourdeurs administratives, impactant significativement la gestion et la valeur de leurs exploitations.
- L’Autriche, avec une densité forestière avoisinant les 61% notamment en Carinthie, subit de plein fouet les conséquences du changement climatique, qui aggravent les infestations de parasites et entraînent des pertes économiques conséquentes.
- La pénurie de main-d’œuvre qualifiée et les contraintes économiques pèsent sur le secteur, malgré une demande soutenue pour le bois, matière première essentielle.
- L’excès de réglementations, tel que le règlement européen sur la déforestation (EUDR), est critiqué pour son inadéquation avec la réalité autrichienne et la mise en place de systèmes de certification coûteux.
La forêt autrichienne, gérée en grande partie par plus de 75 000 propriétaires privés qui représentent un million d’hectares, est confrontée à une conjonction de menaces. Les effets du changement climatique, tels que des étés chauds et secs, favorisent les infestations de ravageurs, comme le scolyte, provoquant des dégâts estimés à environ 100 millions d’euros par an et une dévaluation significative du bois. Ces forêts fragilisées représentent également un danger croissant pour les promeneurs et les pratiquants d’activités de loisir, soulevant des questions de responsabilité. La gestion de ces risques est facilitée par des réglementations contractuelles, notamment pour le VTT, avec plus de 30 000 kilomètres de pistes balisées.
Dans ce contexte, Matthias Granitzer, propriétaire forestier de Stockenboi en Carinthie, a été élu président de l’Association forestière autrichienne, qui fédère plus de 75 000 propriétaires privés. Lors de l’assemblée annuelle de l’organisation, il a souligné l’importance d’une gestion forestière active pour la pérennité des forêts et de la société. Malgré la satisfaction quant à la demande de bois comme matière première, principalement absorbée par l’industrie nationale de la sciure, le marché mondialisé du bois reste sensible aux aléas géopolitiques et économiques.
Le secteur du bois et de la sylviculture constitue un pilier de l’économie autrichienne, générant environ 28 milliards d’euros de valeur ajoutée annuelle et employant plus de 300 000 personnes. Cependant, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée demeure un défi majeur, malgré des postes souvent attractifs et la nécessité de compétences pointues en technologie forestière.
L’Association forestière dénonce également un excès de réglementations jugé irréaliste et déconnecté des réalités du terrain. Le règlement européen sur la déforestation (EUDR), visant à interdire la mise sur le marché de produits issus de la déforestation, est particulièrement critiqué dans un pays où les surfaces forestières augmentent et où la législation forestière est déjà l’une des plus strictes au monde. Le bois, matériau de construction écologique par excellence, stockant le carbone à hauteur d’une tonne de CO2 par mètre cube, contribue activement à la lutte contre le changement climatique lorsqu’il est utilisé dans des produits durables.
La multiplication des systèmes de certification, visant à externaliser le contrôle de la conformité aux exigences légales, est perçue comme une lourdeur administrative et un coût supplémentaire pour les entreprises. Bien que l’Autriche dispose depuis plus de 30 ans d’une certification volontaire selon les normes PEFC, reconnue internationalement, la Commission européenne impose des certifications supplémentaires, perçues comme redondantes et coûteuses, soulevant la question de leur réelle utilité.