Home International Reuters : Les Émirats arabes unis financent un camp secret pour former un soutien rapide en Éthiopie

Reuters : Les Émirats arabes unis financent un camp secret pour former un soutien rapide en Éthiopie

0 comments 36 views

Publié le 10 février 2026 11:08:00. L’Éthiopie est accusée d’avoir secrètement hébergé et formé des milliers de combattants pour les Forces de Soutien Rapide (FSR) soudanaises, avec un financement présumé des Émirats arabes unis, une implication qui pourrait aggraver le conflit civil au Soudan.

  • L’Éthiopie a mis en place un camp d’entraînement secret pour les FSR dans la région de Benishangul-Gumuz, près de la frontière soudanaise.
  • Les Émirats arabes unis sont soupçonnés d’avoir financé la construction du camp, fourni des instructeurs militaires et un soutien logistique.
  • Des images satellite et des documents internes confirment l’activité croissante du camp depuis octobre 2025, avec une capacité potentielle de 10 000 combattants.

Une enquête de Reuters révèle que l’Éthiopie a joué un rôle actif dans le conflit soudanais en offrant un soutien logistique et militaire aux Forces de Soutien Rapide (FSR), une milice qui se bat contre l’armée régulière soudanaise depuis avril 2023. Cette découverte représente la première preuve directe de l’implication éthiopienne dans la guerre civile, une situation qui inquiète les observateurs quant à une possible escalade régionale.

Selon huit sources, dont un haut responsable du gouvernement éthiopien, les Émirats arabes unis auraient financé la construction du camp d’entraînement et fourni des instructeurs militaires ainsi qu’un soutien logistique. Ces informations sont corroborées par un mémorandum interne des services de sécurité éthiopiens et un câble diplomatique consultés par Reuters. Interrogé sur ces accusations, le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a nié toute implication dans le conflit, affirmant qu’il n’est « d’aucune manière » partie prenante aux hostilités.

Le camp, situé dans la région de Benishangul-Gumuz, à l’ouest de l’Éthiopie et à proximité de la frontière avec le Soudan, a vu son activité s’intensifier en octobre 2025, comme le montrent des images satellite. Des tentes ont été installées, des infrastructures ont été construites et des convois de camions transportant des combattants ont été observés. Selon le mémorandum de sécurité éthiopien, 4 300 combattants des FSR suivaient un entraînement militaire sur le site début janvier, avec un soutien matériel et logistique fourni par les Émirats arabes unis.

Des responsables et diplomates éthiopiens, ainsi que des experts en renseignement, ont confirmé que les images satellite correspondent aux détails contenus dans le mémorandum de sécurité et le câble diplomatique. Le général Getachew Godena, chef du Département du renseignement de défense des Forces de défense nationale éthiopiennes, aurait été responsable de la mise en place du camp, selon les mêmes sources.

La majorité des recrues seraient des Éthiopiens, mais des combattants originaires du Soudan du Sud et du Soudan, y compris des membres du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N), qui contrôle des zones dans l’État du Nil Bleu au Soudan, auraient également rejoint le camp. Ces combattants seraient destinés à renforcer les FSR dans leur lutte contre l’armée soudanaise dans la région du Nil Bleu, un des principaux fronts du conflit.

Des images satellite montrent également des travaux de construction en cours à l’aéroport d’Assosa, situé à 53 kilomètres du camp, notamment un nouveau hangar, des zones pavées et une station de contrôle au sol pour drones. Un responsable du gouvernement éthiopien a indiqué que l’armée envisageait de transformer l’aéroport en un centre d’opérations de drones, dans le cadre d’un plan plus large visant à renforcer la sécurité à la frontière avec le Soudan et à protéger des infrastructures vitales, comme le barrage de la Renaissance.

Cette situation suscite des inquiétudes quant à la sécurité du barrage de la Renaissance, situé à environ 101 kilomètres du camp. Des responsables régionaux et diplomates craignent que le camp ne soit exposé à des dégâts ou à des attaques en cas d’escalade du conflit dans la région.

Les Émirats arabes unis ont déjà été accusés par l’armée soudanaise de fournir des armes aux FSR, des accusations jugées « crédibles » par des experts des Nations Unies et des législateurs américains. Abou Dhabi est un allié de longue date du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, et les deux pays ont renforcé leur coopération militaire ces dernières années. En 2018, les Émirats arabes unis s’étaient engagés à fournir une aide et des investissements d’une valeur de 3 milliards de dollars à l’Éthiopie, dont 1 milliard de dollars à la Banque centrale éthiopienne. En 2025, un protocole d’accord a été signé pour développer les capacités aériennes et de défense des deux pays.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.