Home Santé Réutiliser le matériel médical est bon pour la planète. Mais est-ce sécuritaire ?

Réutiliser le matériel médical est bon pour la planète. Mais est-ce sécuritaire ?

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L’hôpital, usine à déchets : une étude australienne prône le retour au linge réutilisable

Un séjour, même bref, à l’hôpital génère une montagne de déchets. C’est le constat sans appel d’une étude australienne qui explore des solutions concrètes pour réduire l’empreinte écologique du secteur de la santé. L’enjeu : réintroduire des articles réutilisables, comme le linge, afin de diminuer drastiquement les déchets non dangereux mais mal gérés, et leur impact environnemental.

Historiquement, l’usage unique s’est imposé dans les hôpitaux des pays riches dès les années 1960, porté par les avancées de la plasturgie et une préoccupation accrue pour la prévention des infections. Aujourd’hui, 85% des déchets hospitaliers proviennent de ces produits à usage unique. S’ils ne sont pas dangereux en soi, leur mauvaise gestion – leur mélange fréquent avec des déchets à traiter – entraîne une incinération inutile et une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Pour quantifier le potentiel de réduction, des chercheurs ont mené une expérience sur deux ans dans une unité de soins intensifs (USI) d’un hôpital de Melbourne. L’objectif : remplacer un article jetable emblématique, les « blueys » (serviettes absorbantes à usage unique), par une version réutilisable.

Des « blueys » réutilisables pour une économie de déchets

Les « blueys » traditionnels sont des tampons en papier de soie, dotés d’un support plastique imperméable, utilisés pour protéger la literie et absorber les fluides corporels des patients durant les soins. L’étude s’est concentrée sur l’impact du passage à des serviettes réutilisables, faites de coton doux avec un support respirant, lors des soins aux patients. Ces alternatives présentaient une capacité d’absorption similaire, mais au lieu d’être jetées, elles étaient lavées et réutilisées.

Au total, l’étude a analysé les données de 2 114 patients en soins intensifs. La première année, dite « phase avant », a vu l’utilisation exclusive des « blueys » jetables. La seconde année, « phase après », a marqué le passage au linge réutilisable.

Au-delà de la quantité de déchets évités, la question de la sécurité et de l’hygiène pour les patients était primordiale. L’étude a donc également évalué si le linge réutilisable augmentait le risque de lésions de pression, aussi appelées escarres. Ces plaies surviennent chez les patients alités ou immobiles, et peuvent retarder la convalescence.

Des résultats probants : moins de déchets, autant de sécurité

Les conclusions de l’étude sont sans appel : le linge réutilisable n’a pas augmenté le risque d’escarres chez les patients. En revanche, l’économie de déchets a été spectaculaire. Durant la seule première année de l’étude, le service d’USI a consommé 21 554 serviettes jetables, générant près d’une demi-tonne de déchets (496 kilogrammes) pour ce seul article. Le passage au réutilisable a permis d’éliminer cette quantité de déchets de la mise en décharge en seulement un an.

Si des appréhensions initiales avaient été exprimées par certaines infirmières quant à l’impact du linge réutilisable sur la peau des patients, l’expérience a rapidement dissipé ces craintes. Le personnel s’est montré satisfait, notant la durabilité accrue des serviettes réutilisables et leur contribution à la réduction des déchets, recommandant d’ailleurs leur maintien en usage.

Par ailleurs, même si l’étude ne s’est pas focalisée spécifiquement sur les risques infectieux, des décennies de données issues des États-Unis et du Royaume-Uni ont déjà démontré que le linge réutilisable, lorsqu’il est correctement lavé et stérilisé, n’augmente pas le risque d’infections. Les normes australiennes, par exemple, imposent des températures de lavage spécifiques (au-dessus de 65°C pendant au moins dix minutes, ou 71°C pendant au moins trois minutes) ou l’utilisation de désinfectants chimiques pour les matériaux sensibles à la chaleur.

Vers une santé plus verte : une démarche nécessaire

Cette recherche revêt une importance capitale alors que le système de santé australien est responsable de 7% des émissions nationales de gaz à effet de serre, les hôpitaux étant les principaux contributeurs. L’intégration de pratiques plus durables dans les routines quotidiennes, particulièrement dans les soins directs aux patients, peut avoir un impact environnemental significatif.

En outre, cette démarche renforce la résilience des chaînes d’approvisionnement. Comme l’a montré la pandémie de COVID-19, l’utilisation d’équipements de protection individuelle (EPI) réutilisables s’est avérée sûre, a contribué à la disponibilité des produits et s’est révélée plus durable et moins coûteuse.

Un inconvénient potentiel des équipements réutilisables réside dans la consommation d’eau nécessaire à leur nettoyage et stérilisation. Bien que cette étude n’ait pas quantifié cet aspect, une analyse de cycle de vie plus approfondie est prévue. Cette démarche permettra de comparer l’impact environnemental global des « blueys » jetables et du linge réutilisable, de la production à l’élimination, en incluant la consommation d’énergie, d’eau et les émissions de gaz à effet de serre liées à leur lavage et stérilisation par rapport à leur mise en décharge.

Face aux défis environnementaux croissants et à leurs conséquences sanitaires, il est crucial que les professionnels de santé comprennent leur rôle dans la promotion de soins respectueux de l’environnement. L’accès à des équipements sûrs, tant pour les patients que pour la planète, est une étape essentielle vers une médecine plus durable.

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