Publié le 2024-02-29 14:15:00. Une colonne vertébrale fossilisée exposée pendant sept décennies comme appartenant à un mammouth laineux s’avère en réalité être celle d’une baleine, une découverte surprenante issue d’une réanalyse menée par des chercheurs en Alaska.
- Un fossile initialement identifié comme un mammouth laineux est en fait une baleine.
- L’erreur d’identification a été corrigée grâce à des analyses de datation au radiocarbone et d’ADN mitochondrial.
- Le mystère demeure quant à la présence de restes de baleine à des centaines de kilomètres de la côte.
L’histoire remonte à 1951, lorsque l’archéologue Otto Geist mena une expédition dans le nord de Fairbanks, en Alaska, une région de la Béringie particulièrement riche en fossiles de mégafaune. Geist découvrit alors deux importantes plaques vertébrales. En raison de leur taille et de leur localisation, ces ossements furent attribués à un mammouth laineux, une espèce commune dans cette région à la fin du Pléistocène.
Le fossile resta ensuite conservé au Musée du Nord de l’Université d’Alaska, où il fut rarement examiné pendant des décennies. Un regain d’intérêt s’est manifesté suite au financement du programme « Adopt-a-Mammoth », permettant la réalisation d’une analyse de datation au radiocarbone.
Les résultats de cette analyse se sont avérés inattendus : le fossile daterait d’environ 2 000 à 3 000 ans. Ce chiffre est surprenant, car les mammouths auraient dû disparaître il y a environ 13 000 ans, la dernière population ayant potentiellement survécu jusqu’à il y a 4 000 ans. Selon le biogéochimiste Matthew Wooller,
« Si un fossile de mammouth de l’Holocène était découvert dans l’intérieur de l’Alaska, ce serait une découverte extraordinaire et le plus jeune fossile de mammouth jamais enregistré. »
Matthew Wooller, biogéochimiste
Cependant, ces résultats ont soulevé de nouveaux doutes.
L’analyse des isotopes stables a révélé une teneur en azote 15 et en carbone 13 significativement plus élevée que celle observée chez les mammifères terrestres herbivores comme les mammouths. Ces niveaux sont typiques des animaux marins et des organismes vivant en milieu marin, suggérant une origine marine pour le fossile. Pour confirmer cette hypothèse, les chercheurs ont extrait et analysé l’ADN mitochondrial du fossile. Bien que l’ADN nucléaire se soit avéré trop dégradé, l’ADN mitochondrial a pu être comparé aux données génétiques des baleines noires du Pacifique Nord (Eubalaena japonica) et des petits rorquals (Balaenoptera acutorostrata).
L’analyse génétique a confirmé l’identification : le fossile provenait bien d’une baleine. Cette découverte corrige les interprétations antérieures et démontre que le fossile n’est pas celui du dernier mammouth. Mais une nouvelle énigme se pose : comment des restes d’une baleine vieux de plusieurs milliers d’années ont-ils pu être retrouvés à l’intérieur de l’Alaska, à près de 400 kilomètres de la côte la plus proche ?
Plusieurs hypothèses sont envisagées. Les baleines pourraient avoir pénétré dans des zones terrestres par d’anciennes voies navigables, bien que ce scénario soit jugé peu probable en raison de la taille des animaux et des limitations des fleuves. Une autre possibilité est que les os de baleine aient été transportés par les premiers habitants de la région depuis la côte vers l’intérieur des terres, une pratique attestée ailleurs, mais non prouvée dans l’intérieur de l’Alaska. Enfin, une erreur d’enregistrement de la part d’Otto Geist, qui a collecté des fossiles à divers endroits en Alaska dans les années 1950, ne peut être exclue : un mauvais étiquetage ou un mauvais emplacement des échantillons est possible.
Les chercheurs reconnaissent que le mystère de l’origine de ces ossements pourrait ne jamais être complètement résolu. Néanmoins, cette étude est importante car elle réfute l’idée que ce fossile serait celui du dernier mammouth sur Terre. Elle souligne également l’importance des méthodes analytiques modernes pour réviser et corriger les données paléontologiques, et illustre la complexité de la reconstitution de l’histoire de la mégafaune en Béringie et dans le monde. Plus d’informations sur Beritasatu.com