Home Divertissement Riga comme Moscou, Poutine comme « tsar » : à quoi sert réellement le « sorcier du Kremlin » ? Critique de film / Article

Riga comme Moscou, Poutine comme « tsar » : à quoi sert réellement le « sorcier du Kremlin » ? Critique de film / Article

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Publié le 10 février 2026 15h32. Le dernier film d’Olivier Assayas, « Le Magicien du Kremlin », tourné en Lettonie avec une distribution internationale, suscite la controverse pour son interprétation de l’ascension de Vladimir Poutine et de la situation politique russe, accusée de refléter les récits du Kremlin.

  • Le film, adaptation d’un roman italien, met en scène des figures clés du pouvoir russe des années 1990, dont Poutine, Berezovsky et Surkov.
  • Des critiques pointent un manque de compréhension de l’histoire russe et une tendance à justifier les actions du Kremlin, notamment en Ukraine.
  • Le tournage en Lettonie et le financement du film ont soulevé des questions de sécurité nationale et d’influence russe.

Le film « Le Magicien du Kremlin » d’Olivier Assayas, tourné en Lettonie avec le soutien du studio Forma Pro, plonge au cœur des coulisses du pouvoir russe des années 1990, à une époque où l’état de santé fragile de Boris Eltsine laissait présager une lutte pour la succession. Le film, inspiré du roman « Kremlia burvi » de l’écrivain italien Giuliano da Empoli, explore les mécanismes de l’ascension de Vladimir Poutine, mais son approche suscite de vives critiques. Certains observateurs y voient une reproduction des narratifs du Kremlin, minimisant les responsabilités de la Russie et imputant les tensions géopolitiques à l’Occident.

L’intrigue suit un journaliste occidental venu en Russie pour étudier l’œuvre d’Eugène Zamyatin, l’auteur de « Nous autres », qui a inspiré George Orwell. Il se retrouve rapidement plongé dans un monde d’intrigues et de manipulations, où il rencontre Vadim Baranov, un personnage central du film et du roman, dont le prototype serait Vladislav Surkov, surnommé le « Cardinal gris du Kremlin ». Baranov, interprété par l’acteur américain Paul Dano, est présenté comme un architecte de la propagande et de la désinformation.

Le film ne dissimule pas ses personnages réels. Vladimir Poutine, alors directeur du Service fédéral de sécurité russe (FSB), est souvent désigné comme le « tsar ». Boris Berezovsky (Will Keane) et Alexandre Zaldostanov, chef du groupe de motards « Night Wolves » (Kaspar Kambala), sont également présents. Le film s’attache à dépeindre la soif de pouvoir et les méthodes impitoyables de ces figures clés.

Cependant, c’est le message global du film qui est le plus contesté. Selon ses détracteurs, « Le Magicien du Kremlin » manque de nuance et reproduit des arguments souvent avancés par le Kremlin pour justifier ses actions. Par exemple, le film ne réfute pas l’affirmation selon laquelle le soulèvement de Maidan en Ukraine aurait été orchestré par les États-Unis et la CIA. Une enquête de la journaliste ukrainienne Anna Koryagina, publiée dans le journal français Le Monde et reprise par Ir, souligne l’incertitude quant aux sources de financement du film et met en doute la connaissance approfondie de la Russie par ses auteurs.

Le film s’inscrit dans une tendance plus large de productions cinématographiques tournées en Lettonie et traitant de sujets liés à la Russie. « Limonov : La Ballade d’Eddie » (2024), réalisé par Kirill Serebrennikov, et « Hors de ce monde » du réalisateur catalan Albert Serra, qui explore les tensions entre les États-Unis et la Russie, ont également bénéficié du soutien de Forma Pro. Forma Pro est devenu un acteur clé dans l’accueil de tournages internationaux en Lettonie, mais sa participation à des films aux messages controversés suscite des interrogations.

La représentation de la violence et de la concentration du pouvoir dans le film est également critiquée. Le film semble suggérer que la violence est une nécessité inhérente à la nature russe, et que la verticalité du pouvoir est indispensable à la stabilité du pays. Cette vision, selon les critiques, minimise les responsabilités de Poutine et justifie ses actions autoritaires.

« Toute œuvre qui cherche à refléter des personnalités politiques actuelles, des événements ancrés dans la réalité, dont les conséquences affectent notre façon de vivre aujourd’hui, ne peut être considérée comme détachée de la réalité. »

Cécile Vaissié, politologue et experte russe

La participation d’acteurs lettons au film soulève également des questions éthiques. Si l’interprétation de personnages complexes peut être un défi pour un acteur, certains estiment que les rôles proposés dans « Le Magicien du Kremlin » sont trop superficiels et se limitent à la simple reproduction de discours parfois odieux. Par exemple, Kaspar Kambala, qui incarne Alexandre Zaldostanov, prononce des propos élogieux à l’égard d’Eduard Limonov, un figure controversée du nationalisme russe.

En conclusion, « Le Magicien du Kremlin » est un film qui divise. Si Olivier Assayas nie toute coopération avec la Russie, son œuvre, en raison de son message et du contexte géopolitique actuel, ne peut être perçue comme un simple divertissement. Elle soulève des questions importantes sur la responsabilité des artistes, la manipulation de l’information et l’influence de la propagande.

toujours du film "Assistant du Kremlin"

une scène du film « Le Magicien du Kremlin »

Photo : Image promotionnelle

toujours du film "Assistant du Kremlin"

une scène du film « Le Magicien du Kremlin »

Photo : Image promotionnelle

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