Publié le 27 octobre 2025. L’exposition croissante à la lumière artificielle durant la nuit, une tendance mondiale alarmante, est désormais clairement liée à une augmentation significative du risque de maladies cardiovasculaires. Une étude révèle que l’éclairage nocturne, omniprésent, perturbe notre horloge biologique avec des conséquences potentiellement graves pour la santé du cœur.
- L’éclairage nocturne mondial a connu une augmentation de près de 50 % entre 1992 et 2017.
- Une exposition intense à la lumière la nuit est associée à un risque accru de maladies cardiaques, d’insuffisance cardiaque, de fibrillation auriculaire et d’accidents vasculaires cérébraux.
- Même après prise en compte des facteurs de risque classiques (tabagisme, alcool, alimentation, durée du sommeil), le lien persiste.
Les réverbères, les enseignes lumineuses et les écrans dans nos chambres font partie intégrante de notre environnement quotidien. Pourtant, de nouvelles données scientifiques confirment que cette lumière artificielle nocturne, qui rend l’obscurité presque inexistante dans de nombreuses zones, représente un danger pour notre santé. Une vaste étude publiée dans la revue « JAMA Network Open » met en lumière le lien entre cette pollution lumineuse et l’augmentation des affections cardiovasculaires.
Les images satellites révèlent une augmentation spectaculaire de l’éclairage nocturne à l’échelle planétaire. Entre 1992 et 2017, cet accroissement a atteint près de 50 %, transformant le paysage nocturne, surtout dans les grandes agglomérations où la noirceur complète devient une denrée rare.
L’étude, menée sur 88 905 adultes de plus de 40 ans, a utilisé de petits capteurs placés au poignet des participants pendant une semaine pour mesurer leur exposition à la lumière toutes les trente minutes. Ces données ont permis d’établir des profils d’exposition individuelle sur 24 heures. Les chercheurs internationaux, issus d’universités australiennes, américaines et anglaises, ont ainsi collecté plus de 13 millions d’heures de données lumineuses. Les participants ont ensuite été suivis sur une période de près de dix ans pour identifier l’apparition de nouvelles maladies cardiovasculaires.
Les résultats sont sans appel : les personnes fortement exposées à la lumière durant la nuit présentaient un risque de crise cardiaque et d’insuffisance cardiaque supérieur de 45 à 56 % par rapport à celles qui étaient peu ou pas exposées. De même, le risque d’accident vasculaire cérébral et de maladie coronarienne augmentait de 28 à 30 % chez ceux dont la chambre était exposée à une lumière intense.
Fait notable, ce lien entre exposition lumineuse nocturne et pathologies cardiovasculaires est resté significatif même lorsque les chercheurs ont ajusté leurs analyses pour tenir compte d’autres facteurs tels que le mode de vie, les habitudes de sommeil, le tabagisme, la consommation d’alcool ou encore l’alimentation. Seul le risque d’accident vasculaire cérébral tombait sous le seuil de signification statistique une fois pris en compte les facteurs de « courte durée de sommeil » et de « taux de cholestérol élevé ».
Pourquoi l’exposition à la lumière représente-t-elle un tel risque ?
Notre organisme est régi par un cycle biologique d’environ 24 heures, qui orchestre des fonctions vitales comme le sommeil, le métabolisme, la production hormonale et la régulation de la température corporelle. La désynchronisation de ce rythme interne, souvent appelée « horloge biologique », peut avoir des répercussions majeures sur notre santé.
« Sur des centaines de millions d’années, l’évolution a façonné notre système temporel interne, qui est basé sur les cycles quotidiens lumière-obscurité et change en fonction de la saison », explique Jonathan Cedernaes, de l’Université suédoise d’Uppsala, dans un commentaire accompagnant l’étude. « Aujourd’hui, cependant, les horaires veille-sommeil irréguliers et changeants sont très courants. »
Jusqu’à deux tiers des adultes décaleraient ainsi leur cycle veille-sommeil de deux heures entre les jours de semaine et les jours de repos, un phénomène surnommé « décalage horaire social », qui pourrait exacerber ces effets néfastes. L’exposition à la lumière artificielle la nuit peut perturber la libération de mélatonine, entraîner une augmentation du rythme cardiaque, une élévation de la pression artérielle, des troubles du sommeil profond et une diminution de la sensibilité à l’insuline. Les chercheurs suspectent que l’éclairage artificiel agit de manière similaire au travail posté.
Les auteurs de l’étude invitent cependant à la prudence, soulignant qu’il n’est pas encore clair si ces résultats peuvent être généralisés. Le groupe étudié était majoritairement composé de personnes blanches, ayant des niveaux d’éducation et de revenus plus élevés, et majoritairement féminin. De plus, l’impact de différentes couleurs de lumière, comme la lumière bleue ou verte, reste à explorer. Les chercheurs appellent à de nouvelles investigations dans ce domaine.
Néanmoins, une conclusion s’impose : éviter la lumière durant la nuit pourrait contribuer à réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Pour limiter votre exposition à la lumière artificielle dans votre chambre, il est recommandé d’utiliser des rideaux occultants, des masques de sommeil et d’éteindre vos appareils électroniques tels que smartphone et télévision avant de vous coucher.