Publié le 9 février 2026 10:01:00. Dakar a accueilli fin août et début septembre 2025 le Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFS), une plateforme majeure pour repenser l’agriculture et la sécurité alimentaire sur le continent, avec un accent particulier sur la santé des sols et les engrais.
- La santé des sols a été identifiée comme une priorité stratégique pour la souveraineté alimentaire et l’adaptation au climat en Afrique.
- Un plan d’action africain pour les engrais et la santé des sols vise à traduire les engagements continentaux en mesures concrètes au niveau national.
- Le rôle des jeunes en tant que co-créateurs de solutions agricoles durables a été souligné, avec un appel à des financements innovants et à leur inclusion dans les politiques.
Dakar a été le théâtre d’une ambition commune : transformer les systèmes alimentaires africains. Du 31 août au 5 septembre 2025, près de 6 000 participants venus de 106 pays, accompagnés de 149 exposants et de 40 ministres, se sont réunis pour le Forum 2025 sur les systèmes alimentaires africains (AFS), une plateforme influente en matière de politique, de financement et de pratiques agricoles.
La santé des sols s’est imposée comme thème central du forum. Son Excellence Moses Vilakati, commissaire à l’agriculture, au développement rural, à l’économie bleue et à l’environnement durable à la Commission de l’Union africaine, a présenté la santé des sols non pas comme un simple enjeu technique, mais comme une priorité stratégique.
Selon Vilakati, la restauration et la cartographie des sols africains sont essentielles pour garantir la souveraineté alimentaire, l’adaptation au changement climatique et la création d’emplois ruraux. Il a affirmé :
« Nous avons jeté les bases d’un programme de transformation qui place la santé et la cartographie des sols, le développement de banques de semences, la résilience climatique et la création d’emplois au cœur de nos préoccupations. »
Moses Vilakati, commissaire à l’agriculture, au développement rural, à l’économie bleue et à l’environnement durable à la Commission de l’Union africaine
, soulignant la nécessité d’une action coordonnée à tous les niveaux de gouvernance.
Cette orientation a structuré les discussions suivantes. Une table ronde de haut niveau sur le Plan d’action africain pour les engrais et la santé des sols a réuni des institutions de l’Union africaine, des ministres, des organismes de recherche, des acteurs financiers et des partenaires du secteur privé pour explorer la manière de concrétiser les engagements continentaux au niveau national. Les participants ont reconnu l’ampleur de la dégradation des terres tout en insistant sur l’urgence de trouver des solutions pratiques et inclusives.
Dr Leigh Ann Winowiecki, responsable mondiale de la recherche pour Santé des sols et des terres au Centre de recherche forestière internationale et d’agroforesterie mondiale (CIFOR-ICRAF) et co-responsable de la Coalition d’Action 4 pour la santé des sols, a souligné l’enjeu :
« Soixante-cinq pour cent des terres africaines sont dégradées. La volonté politique existe, mais le statu quo n’est plus une option. Chacun de nous doit agir pour des sols plus sains – c’est notre responsabilité partagée. Il ne s’agit pas seulement d’agriculture, mais de notre avenir. »
Leigh Ann Winowiecki, CIFOR-ICRAF et Coalition d’Action 4 pour la santé des sols
Cette intervention reflétait un thème récurrent tout au long du forum : la restauration de la santé des sols nécessite des données fiables, des investissements durables et une collaboration multipartite dans les domaines scientifique, politique, financier et agricole.
Un agriculteur récolte du riz à Yangambi, en République démocratique du Congo, illustrant comment la recherche et les discussions politiques se traduisent en pratiques qui soutiennent la production alimentaire et les moyens de subsistance ruraux. Photo par Axel Fassio / CIFOR-ICRAF.
La convergence entre science et action s’est illustrée lors de la session organisée par la Banque Islamique de Développement (ISDB) et le GCRAI, intitulée Soutenir les transformations du système alimentaire : accélérer l’impact grâce à l’innovation et au partenariat. Cette session a présenté des exemples concrets de la manière dont la science, la finance et la gouvernance peuvent converger pour déployer des solutions éprouvées. Des études de cas, comme le programme de réponse à la sécurité alimentaire de la BID et le programme de soutien à la croissance économique locale de l’Ouganda, ont démontré comment des investissements publics ciblés peuvent renforcer les économies rurales et les chaînes de valeur.
L’innovation concrète était également à l’honneur. Par exemple, AfriqueRiz a présenté des variétés de riz résistantes au climat, atteignant des rendements allant jusqu’à neuf tonnes par hectare dans le bassin du fleuve Sénégal. Le CIFOR-ICRAF a mis en avant son Cadre de surveillance de la dégradation des terres (LDSF), désormais déployé dans 45 pays pour fournir des données exploitables sur la santé des sols aux décideurs et aux agriculteurs.
Les participants ont souligné l’importance des partenariats multilatéraux et des cadres de co-investissement pour accélérer l’innovation dans les chaînes de valeur stratégiques, notamment celles du mil, du sorgho, de la pomme de terre et de l’élevage. Dans ce contexte, le partenariat BID-GCRAI s’est affirmé comme un modèle pour aligner la science, la politique et le financement en faveur de systèmes alimentaires résilients.


Le leadership des jeunes a été mis en avant tout au long du forum, soulignant leur rôle actif dans la transformation des systèmes alimentaires africains. Lors de l’événement parallèle sur les incitations publiques et les systèmes d’information pour la santé des sols en Afrique, organisé dans le cadre du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) Stratégie de Kampala et Plan d’action, les participants ont examiné comment les systèmes d’information sur les sols et des incitations publiques réorientées peuvent favoriser une agriculture durable.
« L’information sur les sols, c’est le pouvoir », a déclaré Manyewu Mutamba, responsable des systèmes alimentaires à l’Agence de développement de l’Union africaine-NEPAD (AUDA-NEPAD). « Cela permet de passer d’une agriculture basée sur la conjecture à une agriculture intelligente. »
Les expériences du Kenya, du Malawi et de la Zambie ont illustré comment lier les subventions aux engrais au diagnostic des sols, à la distribution de bons numériques et à la formation des agriculteurs peut améliorer la productivité tout en préservant la santé des sols.
Les témoignages des jeunes ont renforcé ce message. Jenice Achieng, de Jeunes professionnels pour le développement agricole (YPARD) au Kenya, a expliqué comment les données sur les sols, associées à des outils numériques tels que la cartographie SIG, les applications mobiles, les drones et l’intelligence artificielle, permettent aux jeunes agriculteurs de réduire leurs coûts et d’augmenter leurs profits.
« Les jeunes doivent être inclus en tant que co-créateurs de politiques agricoles durables et se voir proposer des financements innovants. »
Jenice Achieng, YPARD Kenya
Photo de Nathalie van Vliet / CIFOR-ICRAF
Les liens entre la santé des sols, l’adaptation au climat et la restauration des écosystèmes ont été approfondis lors de l’événement parallèle Améliorer la santé des sols et la production durable dans les contextes fragiles : concrétiser les 3 Conventions de Rio. Les participants ont souligné que la santé des sols est intrinsèquement liée à l’adaptation au climat, à la conservation de la biodiversité et à la restauration des terres, en particulier dans les régions les plus vulnérables.
La session s’est conclue par un message clair : les données doivent guider l’action. Les données sur la santé des sols doivent être partagées, utilisées et traduites en pratiques agricoles, en décisions politiques et en priorités d’investissement.
Au-delà des annonces et des engagements, le Forum AFS 2025 de Dakar restera dans les mémoires comme un moment décisif : celui où l’Afrique a choisi de transformer ses ambitions en actions concrètes, en construisant des systèmes alimentaires où la jeunesse, l’innovation, l’égalité des sexes et la résilience climatique ne sont pas de simples options, mais des fondements essentiels.
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