Publié le 2024-02-29 10:30:00. L’hépatite fulgurante d’un jeune neuroscientifique romain après un repas de sushis interroge les médecins sur la complexité des diagnostics face à la consommation de poisson cru, allant au-delà de la simple anisakiasi. Plusieurs hypothèses, virales, parasitaires ou allergiques, sont à l’étude.
- Un neuroscientifique de 30 ans a été hospitalisé à Rome avec une hépatite sévère après avoir consommé des sushis.
- Les médecins évoquent plusieurs causes possibles, dont une infection virale (hépatite A ou E), une forme rare d’anisakiasi, ou une réaction allergique.
- La prévention repose sur une meilleure hygiène tout au long de la chaîne d’approvisionnement et un contrôle rigoureux des produits de la mer.
Le cas de Matteo Ascenzi, jeune neuroscientifique admis à l’INMI Spallanzani de Rome, pose un défi diagnostique complexe. Atteint d’une hépatite aiguë après avoir dégusté des sushis à Anagni, son état ne correspond pas aux tableaux cliniques habituels de l’anisakiasi, une parasitose intestinale courante liée à la consommation de poisson cru. Les valeurs enzymatiques observées sont particulièrement élevées, suggérant une atteinte hépatique massive.
Selon Mauro Minelli, immunologiste et professeur de nutrition humaine au Lum, l’ingestion de poisson cru, qu’il s’agisse de thon, de saumon ou de bar, peut être un vecteur de virus à transmission fécale-orale, tels que l’hépatite A ou E. Dans ce cas, le poisson ne serait pas la source du virus, mais un simple support de contamination, due à des eaux polluées ou à des manipulations non hygiéniques lors de la préparation.
« Face à un foie en détresse aiguë après l’ingestion de produits à base de poisson, le premier indice est celui de virus à transmission fécale-orale, comme l’hépatite A ou E. Dans un tel contexte, le poisson (thon, saumon ou bar) n’est pas la source biologique du virus, mais agit comme un véhicule. »
Mauro Minelli, immunologiste et professeur de nutrition humaine au Lum
Cependant, l’hypothèse d’une anisakiasi atypique, dite « ectopique », n’est pas totalement exclue. La larve d’anisakis, grâce à ses structures buccales perforantes et à la sécrétion d’enzymes lytiques, peut en effet traverser la paroi de l’estomac et migrer vers le foie. Cette migration provoque alors une réaction inflammatoire intense, le système immunitaire tentant d’encapsuler le parasite dans une paroi de cellules inflammatoires (éosinophiles et macrophages). Une infestation massive ou une réaction immunitaire particulièrement forte peuvent entraîner des lésions hépatiques importantes et une libération massive de transaminases dans le sang.
Une troisième piste, plus rare, est celle d’une sensibilisation à l’antigène « Ani s3 », une tropomyosine. Cette protéine, présente chez l’anisakis, présente une « réactivité croisée » avec des allergènes courants tels que les acariens, les crustacés, les escargots et même les cafards. Chez un sujet déjà sensibilisé, elle peut déclencher des réactions allergiques, même si le poisson a été correctement cuit, car l’allergène est résistant à la chaleur. Toutefois, une réaction allergique n’explique pas à elle seule l’augmentation spectaculaire des transaminases observée dans ce cas (3500 U/L), qui témoigne d’une atteinte cellulaire physique.
« En conséquence, si un patient développe une hépatite après avoir mangé des sushis, il a contracté une infection virale ou a subi une migration physique du parasite. »
Mauro Minelli, immunologiste et professeur de nutrition humaine au Lum
Bien que rares, ces situations atypiques sont précieuses pour améliorer la prévention. Il ne s’agit pas de diaboliser la consommation de poisson, un aliment riche en oméga-3 et bénéfique pour la santé cardiovasculaire, mais de renforcer les contrôles sanitaires. La sécurité repose non seulement sur le refroidissement rapide des poissons pour éliminer les parasites, mais aussi sur la gestion hygiénique de la chaîne d’approvisionnement et la qualité des eaux de provenance, en particulier pour les organismes filtrants. Il est essentiel de distinguer clairement les mesures de lutte contre l’anisakiasi (froid) de celles visant à prévenir les infections virales (prévention environnementale et rigueur des processus de manipulation).