Publié le 13 février 2024 17h03:00. L’acteur Sean Hayes livre une performance captivante et troublante dans la pièce L’Inconnu, un monologue habilement écrit par David Cale qui explore les thèmes de la solitude, de l’obsession et de la quête artistique, tout en laissant planer un doute constant sur la fiabilité du narrateur.
- Sean Hayes incarne Elliott, un dramaturge en convalescence qui est hanté par une chanson mystérieuse et la possible présence d’un harceleur.
- La pièce explore la frontière floue entre réalité et fantasme, et la manière dont les artistes peuvent exploiter leurs propres expériences personnelles, même les plus sombres, pour créer.
- La mise en scène de Leigh Silverman utilise des effets de lumière et de son subtils pour créer une atmosphère de tension et d’incertitude.
Dans L’Inconnu, David Cale tisse une intrigue complexe autour d’Elliott, un dramaturge en quête de tranquillité après une période de détox numérique dans le nord de l’État. Ce dernier est perturbé par une mélodie lancinante qu’il entend résonner près de sa fenêtre : « J’aurais aimé que tu me veuilles », chante une voix énigmatique. Cette chanson, qui rappelle l’atmosphère du Fantôme de l’Opéra, est en réalité une composition d’Elliott lui-même, provenant d’une comédie musicale qu’il avait écrite quelques années auparavant. La pièce, jouée par un seul acteur, Sean Hayes, nous plonge dans l’esprit d’Elliott, un personnage complexe et parfois peu fiable.
De retour à New York, Elliott se retrouve confronté à des événements troublants. Une rencontre fortuite dans un bar gay avec un Texan se termine par une nuit brumeuse, et le lendemain matin, des paroles de la chanson mystérieuse sont découvertes écrites sur son corps. Elliott se lance alors dans une quête pour identifier cet homme, découvrant qu’il pourrait s’agir d’un acteur ayant auditionné pour sa comédie musicale, un homme rejeté et tourmenté, voire même posséder un frère jumeau. Cale maintient habilement le suspense, laissant le public se demander si Elliott est réellement harcelé ou s’il est victime de ses propres illusions.
Hayes, connu pour son rôle de Jack dans Will & Grace ou pour ses échanges animés dans le podcast SmartLess, livre une performance remarquable. Il a d’ailleurs remporté un Tony Award il y a trois ans pour Good Night, Oscar, démontrant sa capacité à incarner des personnages complexes et désespérés. Dans L’Inconnu, il alterne entre une normalité désarmante et le trouble d’un artiste en quête d’une histoire captivante. Il est capable de donner vie à différents personnages avec une simple expression faciale ou un changement de voix, créant un univers théâtral riche et immersif.
La mise en scène de Leigh Silverman, bien que subtile, contribue à l’atmosphère de tension. Des effets de lumière et de son sont utilisés pour isoler Hayes sur scène, soulignant les moments de découverte et d’angoisse d’Elliott. Cependant, ces effets ne sont pas trop appuyés, permettant à Hayes de conserver sa légèreté et son humour. L’acteur, comme un ballon de plage, rebondit rapidement après les moments de malaise, offrant au public une bouffée d’air frais et une occasion de rire.
La pièce résonne avec d’autres œuvres de Cale, notamment ses monologues qu’il interprète lui-même ou qu’il confie à d’autres acteurs, comme Billy Crudup dans Harry Clarke. Sa pièce récente, Blue Cowboy, explorait également les thèmes de la solitude et de l’illusion, dans un registre plus mélancolique. Dans L’Inconnu, Cale aborde des thèmes similaires – la solitude des hommes gays d’un certain âge, la fragilité de la mémoire – mais avec une structure plus soignée et un rythme plus soutenu. La pièce, d’une durée de 70 minutes, est un tour de force dramatique, mais son sens du déterminisme narratif peut parfois limiter son potentiel.
L’Inconnu est présenté au Studio Seaview jusqu’au 12 avril.