Dans la dynamique région Asie-Pacifique, le secteur de l’énergie semble sur le point de connaître une transformation majeure, mais sa concrétisation reste encore timide. Alors que la prise de conscience du potentiel révolutionnaire de l’intelligence artificielle (IA) et de l’automatisation ne cesse de croître, moins de 15 % des entreprises exploitent pleinement ces technologies clés. Cette réalité, mise en lumière par une nouvelle étude, souligne un décalage frappant entre la reconnaissance de l’importance de ces outils et leur déploiement effectif.
L’enquête, menée auprès de plus de 4 000 dirigeants du secteur énergétique, révèle que 71 % d’entre eux considèrent l’IA et l’automatisation comme des leviers essentiels pour atteindre les objectifs de transition énergétique. Pourtant, le chiffre de ceux qui déclarent avoir pleinement mis en œuvre des systèmes numériques optimisés se situe dans une fourchette restreinte, allant de 11 % à 14 %. Cette divergence laisse entrevoir un vaste champ d’opportunités inexploitées.
Les perceptions sur l’avancée de la transition énergétique sont partagées. Si 65 % des interrogés estiment que le rythme actuel est adéquat et que 56 % disposent de plans de transition formalisés, seulement 13 % se sentent réellement préparés en termes de technologie et d’infrastructure. Cette auto-évaluation modérée contraste avec l’optimisme affiché quant à la reconnaissance des outils numériques.
Malgré une adoption régionale encore lente, quelques pionniers émergent. Aux Philippines, Aboitiz Equity Ventures a par exemple renforcé ses initiatives numériques pour gagner en efficacité et réduire ses émissions. En Thaïlande, IRPC Public Co. Ltd. a mis en place des systèmes avancés de contrôle des processus pour optimiser sa consommation énergétique dans ses centrales de cogénération, réussissant à réduire la variabilité de la vapeur à haute pression de près de 50 %.
Investissements en hausse, priorités variables
Sur le front des investissements durables, la région Asie-Pacifique affiche une dynamique positive. 57 % des organisations prévoient une augmentation de plus de 20 % de leurs dépenses dans ce domaine, dépassant ainsi la moyenne mondiale. Ces investissements devraient connaître une croissance substantielle de 50 % au cours des cinq prochaines années, à mesure que davantage d’entreprises s’alignent sur les objectifs climatiques mondiaux. Les capitaux privés, bien que prudents, semblent ainsi s’orienter vers un équilibre risque-rendement plus favorable aux enjeux de durabilité.
Cependant, les taux d’adoption des technologies et les priorités divergent considérablement d’un marché à l’autre. Dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, tels que la Malaisie, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande, le critère de l’abordabilité continue de primer sur les impératifs de durabilité. À l’inverse, le Japon, la Corée, Singapour et l’Australie se positionnent en tête du déploiement numérique, rivalisant avec les économies européennes les plus avancées, notamment en Europe du Nord.
La collaboration régionale, un accélérateur clé
Pour accélérer la transition énergétique dans la région, une collaboration régionale accrue et une intégration transfrontalière des réseaux électriques apparaissent comme des leviers essentiels. Une meilleure connectivité entre les pays asiatiques permettrait de gérer plus efficacement les fluctuations de l’offre énergétique, de réduire les coûts d’investissement et, in fine, d’accélérer la transition vers des sources d’énergie plus propres et plus durables.
Anders Maltesen, président de la division Industries énergétiques d’ABB, a souligné que « moins de 15 % des entreprises de la région utilisent pleinement des technologies numériques telles que l’intelligence artificielle (IA), les jumeaux numériques et la modélisation de scénarios pour faire progresser leurs efforts de transition énergétique ». Une déclaration qui, au vu des chiffres de l’étude, reflète un paysage où le potentiel est immense mais où l’action concrète peine encore à suivre le rythme des ambitions.