Publié le 2025-10-14 05:13:00. Une nouvelle étude suggère qu’une somnolence diurne excessive chez les personnes de 60 ans et plus pourrait être un signe avant-coureur de problèmes cognitifs post-opératoires, affectant la mémoire et les capacités de réflexion.
- La somnolence diurne, touchant jusqu’à 20 % des adultes, pourrait accroître le risque de troubles neurocognitifs périopératoires (TNP).
- Ces troubles peuvent entraîner une dégradation de la qualité de vie, une hospitalisation prolongée et une perte d’autonomie.
- Identifier et traiter la somnolence diurne pourrait potentiellement réduire l’incidence des TNP chez les patients âgés.
Les seniors souffrant de somnolence diurne excessive pourraient être plus exposés à des difficultés de mémoire et de réflexion après une intervention chirurgicale. C’est la conclusion d’une étude présentée lors de l’Assemblée annuelle 2025 de l’ANESTHESIOLOGY®. Les chercheurs soulignent que ce symptôme, souvent sous-estimé lors des bilans préopératoires, peut signaler une fragilité cognitive accrue dans la période post-opératoire.
Les troubles neurocognitifs périopératoires (TNP) peuvent affecter jusqu’à 40 % des patients âgés après une chirurgie. Ils se manifestent fréquemment par un état confusionnel aigu, ou délire, qui peut survenir quelques jours après l’opération. Les symptômes incluent la désorientation, une difficulté à se concentrer et une incapacité à suivre des instructions. Dans certains cas, ces troubles peuvent persister sur le long terme, engendrant des problèmes de mémoire et de concentration, affectant ainsi la qualité de vie des patients et leur autonomie.
« Interroger les patients, leur famille ou leurs aidants sur leur tendance à s’assoupir pendant la journée ou sur leurs difficultés à rester alertes pourrait fournir un indicateur précieux de la santé cérébrale post-chirurgicale. La somnolence diurne excessive est souvent négligée dans les évaluations préopératoires, mais elle peut augmenter le risque de TNP. Les TNP ont été associés à une moindre qualité de vie postopératoire et à une augmentation de la durée du séjour hospitalier. Dans certains cas, les patients peuvent ne pas retrouver leur niveau d’indépendance antérieur et nécessiter une aide supplémentaire de la part des aidants, voire un transfert vers un établissement de soins résidentiels. »
Jeffry Takla, MD, auteur principal de l’étude et associé postdoctoral en anesthésiologie à la Duke University School of Medicine, Durham, Caroline du Nord
L’étude a porté sur 96 patients de 60 ans et plus devant subir une chirurgie non cardiaque. Ils ont rempli le questionnaire d’Échelle de Somnolence d’Épworth, évaluant la propension à s’endormir lors d’activités quotidiennes, et ont bénéficié de tests d’apnée du sommeil à domicile ainsi que d’évaluations cognitives pré et post-opératoires. Parmi eux, 11 patients (11,5 %) présentaient une somnolence diurne modérée à sévère. Six semaines après l’intervention, 14 des 82 patients ayant effectué un suivi (17,1 %) ont développé des troubles neurocognitifs postopératoires. Plus précisément, les huit patients souffrant de somnolence diurne excessive modérée à sévère ont montré un déclin cognitif global plus marqué, c’est-à-dire des problèmes de mémoire et de raisonnement plus importants, six semaines après la chirurgie.
Les proches et les aidants jouent un rôle clé dans la détection précoce. Ils peuvent alerter l’équipe médicale en cas de nouveaux signes de troubles de la mémoire, de difficultés d’attention ou d’agitation chez le patient. Cela permet d’investiguer les causes potentielles de TNP et de mettre en place des mesures de soutien, telles que la réorientation du patient, l’encouragement à la mobilité précoce, et une hydratation et une alimentation suffisantes.
« La somnolence diurne excessive ne fait pas partie du vieillissement normal », rappelle le Dr Takla. « Elle est souvent le signe d’un sommeil de mauvaise qualité ou fragmenté, de troubles du sommeil comme l’apnée du sommeil, d’effets secondaires médicamenteux ou d’autres problèmes de santé physique ou mentale. »
Pour améliorer la qualité du sommeil, de bonnes habitudes sont recommandées : horaires de coucher et de lever réguliers, exposition à la lumière naturelle et activité physique quotidienne, limitation de la caféine et de l’alcool en soirée, et une chambre propice au repos. Si la somnolence persiste, il est conseillé de consulter un médecin généraliste ou un spécialiste du sommeil pour en identifier la cause et envisager un traitement.
« Des études futures devraient déterminer si une somnolence diurne excessive est effectivement liée à l’incidence des TNP. Si une telle corrélation est établie, il serait pertinent d’explorer si la détection et le traitement de ce symptôme peuvent réduire le risque de troubles neurocognitifs postopératoires chez les patients âgés », conclut le Dr Takla. « Les personnes concernées pourraient envisager un bilan du sommeil ou des conseils en hygiène du sommeil, surtout si leurs symptômes persistent ou impactent leurs activités quotidiennes. »