Home Économie sous l’eau, le siège de Jusix est parti pour durer

sous l’eau, le siège de Jusix est parti pour durer

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Publié le 16 février 2026 à 20h45. Les habitants du village de Jusix, dans le Lot-et-Garonne, sont coupés du monde par les inondations de la Garonne, mais font preuve d’une solidarité exemplaire face à la montée des eaux qui pourrait durer encore plusieurs jours.

  • Les équipes de la réserve communale assurent un lien vital avec les habitants isolés, leur apportant nourriture et assistance.
  • La situation rappelle les inondations de 2021, mais la décrue s’annonce plus lente cette fois-ci.
  • L’épuisement se fait sentir chez les secouristes, qui multiplient les rotations en bateau malgré les conditions difficiles.

À Jusix, un village noyé sous les flots de la Garonne, la vie suit un rythme dicté par les allers-retours incessants d’un bateau. Christian Larribière, maire de la commune, et son fils Aymeric, sapeur-pompier volontaire, sillonnent les chemins d’eau depuis l’aube, apportant un peu de réconfort aux habitants isolés. Ce dimanche matin, la municipalité voisine a offert croissants et baguettes, un geste simple mais précieux dans cette situation d’urgence.

À 10h30, Christian et Aymeric embarquent pour leur troisième rotation de la journée. La pluie glaciale et le vent rendent la tâche ardue. Le courant est fort, la surverse des digues crée des remous puissants. Aymeric manœuvre habilement, suivant les poteaux des lignes électriques comme un phare dans cette mer intérieure. Il traverse les champs inondés, de hameau en hameau, à la rencontre des sinistrés.

« Tiens, ce croissant c’est pour toi », tend Christian à une fillette, avant de prendre des nouvelles de sa famille. « On n’a pas peur. Tant que l’eau ne rentre pas dans la maison, ça va », rassure la mère de famille, dont la maison en pierre, construite sur une légère hauteur, est entourée par les eaux montantes. Les tracteurs sont garés au pied des murs, les pneus à moitié immergés.

Christian Larribière, maire de Jusix

Jusix, transformé en un archipel, voit les maisons émerger comme des îlots au milieu de la Garonne. Aymeric joue du moteur pour se faufiler dans les jardins, évitant les clôtures. Parfois, il faut se baisser pour passer sous les câbles électriques malmenés par la tempête Nils. « Aymeric a grandi avec les inondations, et il a suivi mon exemple en devenant sapeur-pompier volontaire, explique Christian. Il connaît les passages en bateau aussi bien que moi, surtout quand l’eau est basse. »

La solidarité est palpable. François et son fils Coryan, habitant au plus près du fleuve, ont tenté de pêcher pour passer le temps, mais le courant est trop fort. L’équipe de la réserve communale leur promet de leur apporter de l’eau potable. « Si ça dure trop longtemps, on va partir. Tourner, virer à rien faire dans la maison, c’est un peu dur moralement », confie François.

À quelques centaines de mètres de là, Patrick et sa femme accueillent avec gratitude les croissants et les baguettes apportés par les secouristes. « Bon, alors, les nouvelles ? Ça descend vers Bordeaux ? », demande Patrick. « Moi, pour la Saint-Valentin, j’ai amené ma femme à Venise ! » lance-t-il avec un sourire, cherchant à relativiser la situation.

Les inondations de 2026 ne sont pas encore aussi importantes que celles de 2021, mais la décrue s’annonce plus lente. L’isolement pèse sur les habitants, et la fatigue se fait sentir chez les secouristes. « Le bateau, c’est dur. Toute la journée, monter, descendre, ça tape sur les vagues, c’est très physique », confie Christian Larribière, les yeux embués. « Pourquoi je fais ça ? Je suis natif d’ici, j’ai ça dans la peau, aider les gens. Je pars le matin en bateau, je rentre le soir », dit-il avant de s’interrompre, submergé par l’émotion. « Excusez-moi… »

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