Une nouvelle vague de pessimisme agite Wall Street, alimentée par des ventes massives et des prédictions alarmistes, particulièrement dans le secteur technologique. Cette stratégie, connue sous le nom de « trade de la peur », consiste à parier sur la baisse des marchés en propageant un sentiment d’anxiété, sans forcément se baser sur des fondamentaux solides.
Cette fois-ci, la cible principale est l’intelligence artificielle (IA). Les investisseurs sont mis en garde contre un bouleversement majeur des modèles économiques dans des secteurs aussi variés que les logiciels, le droit, l’immobilier, la gestion de patrimoine et même le transport routier. L’argument central est que l’IA va détruire la valeur de ces entreprises, justifiant une correction rapide et significative de leurs cours.
Pourtant, les données contredisent souvent ce discours. Selon Bloomberg, « il y a peu de preuves fondamentales d’une détérioration » au sein de ces entreprises. Les bénéfices actuels et les prévisions futures restent positifs, notamment dans le secteur des logiciels, où une croissance de 19 % est attendue en 2026. Néanmoins, les actions de certaines entreprises technologiques ont chuté de plus de 30 % depuis début novembre, malgré des perspectives encourageantes.
Ce paradoxe s’explique par l’ampleur des ventes à découvert, qui ont atteint des niveaux records la semaine dernière, selon la Prime Brokerage Unit de Goldman. L’objectif est de créer une panique auto-entretenue, où la baisse des prix alimente davantage de ventes, indépendamment de la réalité économique.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Les marchés financiers ont déjà connu des « trades de la peur » basés sur des scénarios catastrophes similaires : erreurs de la Réserve fédérale américaine, flambée de l’inflation, récession imminente, effondrement du prix du pétrole, voire même le déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Au printemps 2025, c’était la menace de nouvelles taxes douanières qui semait la panique, entraînant une chute de 21,3 % du S&P 500 en deux mois.
L’histoire a montré que ces craintes sont souvent infondées. La crise tarifaire de 2025, par exemple, n’a pas conduit à l’effondrement économique prédit. Les experts qui avaient annoncé la catastrophe se sont révélés avoir eu tort. L’économie américaine a continué de croître et l’inflation est restée maîtrisée.
L’ironie est que les traders n’ont pas besoin d’avoir raison pour gagner de l’argent avec ces stratégies. Ils ont simplement besoin de créer un mouvement de marché suffisamment fort pour profiter de la volatilité. Les banques de Wall Street ont d’ailleurs enregistré des bénéfices records au deuxième et au quatrième trimestre de 2025 grâce à ces opérations.
Malgré la volatilité, certaines opportunités se présentent. Des entreprises comme Microsoft, dont le ratio cours/bénéfices (PER) se situe actuellement à 25,01, pourraient être sous-évaluées. L’ensemble du secteur des logiciels semble offrir des perspectives intéressantes, avec un indice de survente historiquement bas, selon Ned Davis Research.
Pour les investisseurs, il est donc crucial de ne pas se laisser emporter par la panique et de se concentrer sur les fondamentaux des entreprises. Il s’agit de rechercher des sociétés solides, dont la réalité ne correspond pas au récit négatif véhiculé par les vendeurs à découvert. Il est peut-être temps d’envisager des achats, en privilégiant une approche à long terme.
« Il vaut mieux regarder vers l’avenir et se préparer que regarder en arrière et regretter », disait Jackie Joyner-Kersee.