Publié le 12 février 2026 à 15h47. Le groupe automobile Stellantis opte pour un virage stratégique majeur, privilégiant les investissements dans les moteurs thermiques aux États-Unis au détriment des usines de batteries en Europe, une décision qui s’accompagne de pertes record.
- Stellantis enregistre 22 milliards d’euros de pertes suite à la réduction de ses ambitions dans le domaine de l’électromobilité.
- Le nouveau PDG, Antonio Filosa, annule les projets de construction de deux usines de batteries en Europe.
- L’entreprise investit 13 milliards de dollars (environ 12 milliards d’euros) dans la modernisation de ses usines de moteurs à combustion aux États-Unis.
Le géant automobile Stellantis, qui regroupe des marques comme Fiat, Opel, Chrysler, Jeep, Citroën et Peugeot, a annoncé des pertes exceptionnelles de 22 milliards d’euros (environ 20 milliards de francs suisses) la semaine dernière. Ce revers financier est directement lié à un changement de cap radical dans sa stratégie, impulsé par son nouveau directeur général, Antonio Filosa.
Au lieu de poursuivre activement le développement de véhicules électriques, Stellantis concentre désormais ses efforts et ses investissements sur le marché américain, en misant sur les moteurs thermiques. Cette décision intervient dans un contexte politique favorable, marqué par le soutien affiché par Donald Trump à l’industrie automobile traditionnelle. En décembre dernier, Antonio Filosa et d’autres dirigeants du secteur ont publiquement applaudi le président américain lors d’un discours critiquant les véhicules électriques.
Concrètement, Stellantis va investir 13 milliards de dollars dans la modernisation de ses installations de production de moteurs à combustion aux États-Unis. Cette orientation stratégique est rendue possible par la suppression des subventions aux véhicules électriques, qui rend désormais plus rentable la production de moteurs à essence à forte consommation, grâce à l’influence de Donald Trump.
Ce changement de direction marque une rupture nette avec la stratégie de son prédécesseur, Carlos Tavares, qui avait affiché une forte ambition en matière d’électrification. En Europe, Stellantis a renoncé à la construction de deux usines de batteries prévues à Kaiserslautern, en Allemagne, et à Termoli, en Italie.
Selon la revue spécialisée « Semaine de l’automobile », Stellantis peine à commercialiser des véhicules électriques compétitifs en Europe, se positionnant en retrait par rapport à des constructeurs comme Volkswagen, BMW et Renault dans ce segment en pleine croissance.
Des problèmes de qualité majeurs affectent également l’usine de batteries du groupe située dans le nord de la France. Les syndicats dénoncent un taux de rebut supérieur à 50 %, ce qui en fait une opération déficitaire et coûteuse.
Stellantis n’est pas le seul constructeur automobile à avoir surestimé la vitesse de l’adoption de l’électromobilité. Le groupe Volkswagen a également dû enregistrer des milliards d’euros de pertes suite à un ajustement de sa stratégie électrique chez Porsche.
Cependant, le revirement opéré par Stellantis est particulièrement radical. Il pourrait s’avérer contre-productif à long terme, car l’accent mis sur les moteurs thermiques aux États-Unis risque de priver les marques Chrysler, Dodge, Jeep et Ram d’un marché d’exportation important à l’avenir, alors que la transition vers l’électrique, bien que reportée, reste inéluctable en Europe.