Publié le 28 octobre 2025. Tandis que Bruxelles tourne au ralenti, les enjeux politiques européens se cristallisent autour des élections néerlandaises, des tensions commerciales UE-Chine et de la fragilité de l’alliance gouvernementale espagnole.
- Les Pays-Bas se préparent à des élections anticipées où la controverse autour des droits LGBT+ pourrait redessiner le paysage politique.
- L’Espagne voit son gouvernement minoritaire fragilisé par le retrait de soutien des indépendantistes catalans, menaçant la stabilité du cabinet Sánchez.
- L’Allemagne appelle à la retenue face aux tensions commerciales avec la Chine, alors que l’UE brandit la menace de sanctions suite aux restrictions sur les minerais critiques.
Cette semaine, le cœur de l’Europe respire un peu plus calmement, un calme presque trompeur alors que les capitales européennes sont le théâtre d’intenses manœuvres politiques. À Bruxelles, le rythme est dicté autant par les institutions européennes que par le calendrier scolaire, créant une atmosphère particulière, propice aux* raporteurs* qui, comme Eddy Wax et Nicoletta Ionta, décryptent les enjeux du moment.
Pays-Bas : Un débat LGBT+ sème le trouble à l’approche des élections
Aux Pays-Bas, le scrutin anticipé de mercredi s’annonce déjà comme un tournant. Si la joute verbale entre le populiste Geert Wilders et le leader travailliste Frans Timmermans a occupé le devant de la scène, notamment à travers l’usage d’images générées par intelligence artificielle par les partisans de Wilders contre Timmermans, c’est une déclaration du centriste Henri Bontenbal qui a fait des vagues. Le leader du CDA, parti démocrate-chrétien, a suggéré qu’un élève homosexuel scolarisé dans une école chrétienne pourrait envisager de changer d’établissement s’il ne se sentait pas à l’aise avec son identité. Dans un pays majoritairement laïc et fier de ses valeurs libérales, cette prise de position a provoqué une vive réaction, entraînant une baisse de cinq sièges prévus pour le CDA dans les sondages. Si les excuses de Bontenbal ont été acceptées, cette gaffe pourrait paradoxalement bénéficier à Frans Timmermans, ou encore à Rob Jetten, figure montante du parti libéral D66. Une coalition des partis centristes, malgré leurs divergences, pourrait marquer un retour à une politique plus consensuelle, contrastant avec les deux dernières années marquées par un gouvernement de droite peu proactif et une attitude parfois conflictuelle envers Bruxelles.
Espagne : Sánchez face à la rupture catalane
Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez est dans une position périlleuse suite à la décision du parti séparatiste catalan Junts de rompre ses relations avec les socialistes au pouvoir. Le chef du parti, Carles Puigdemont, a dénoncé des promesses non tenues concernant le transfert de compétences et l’application de la loi d’amnistie. Si cette rupture est confirmée par un vote interne, le gouvernement minoritaire de Sánchez perdra le soutien de sept députés, mettant en péril les budgets futurs et exacerbant l’incertitude quant à la stabilité de la coalition.
Commerce : L’Allemagne plaide pour le dialogue avec la Chine
Dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre l’Union européenne et la Chine, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a appelé au calme. Ses déclarations font suite à la mise en place par Pékin de nouvelles restrictions sur l’exportation de minerais critiques et aux menaces de Bruxelles d’utiliser son « bazooka commercial ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est dite prête à « utiliser tous les instruments de notre boîte à outils », une allusion claire à l’instrument anti-coercition européen. La France, par la voix d’Emmanuel Macron, a également soutenu l’usage de cet outil. Pékin, de son côté, cherche à apaiser la rhétorique, soulignant les liens « mutuellement bénéfiques » avec l’Allemagne.
Ukraine : L’UE envisage de déplacer sa mission de formation
Les responsables militaires de l’UE préparent des plans pour délocaliser la mission de formation des troupes ukrainiennes, y compris sur le territoire ukrainien, à condition qu’un cessez-le-feu soit établi. Le général Seán Clancy, président du Comité militaire de l’UE, a indiqué que la mission « devra évoluer », passant d’un effort de formation externe à une garantie de sécurité sur le sol ukrainien. Cette potentielle évolution, ravivée par les efforts diplomatiques américains, pourrait marquer un changement majeur dans la posture de l’UE.
Déforestation : Les règles européennes suscitent des tensions
Un projet de la Commission européenne visant à simplifier les réglementations anti-déforestation a provoqué des dissensions avec plusieurs États membres. Le ministre tchèque de l’Agriculture, Marek Výborný, s’est dit surpris par le refus de la Commission de reporter l’application de ces règles d’un an, malgré des indications contraires. Des pays comme la Lettonie, la Pologne et la Bulgarie souhaitent un report jusqu’en 2027, estimant que le nouveau système européen n’est pas encore prêt, ce qui met en difficulté les petites entreprises et crée de l’incertitude gouvernementale.
Retour des migrants : L’UE envisage des centres centralisés
La Commission européenne envisage la création de « centres de retour » pour les ressortissants de pays tiers sous le coup d’une mesure d’expulsion, qui pourraient être établis au niveau de l’UE, et pas seulement par les États membres. Cette possibilité a été évoquée dans un document de discussion. Le vice-ministre chypriote des migrations, Nicholas Ioannides, avait précédemment plaidé pour des accords de retour conclus « au niveau de l’UE » afin d’assurer une approche coordonnée.
Droit des sociétés : Les Patriotes interpellent le PPE
Le groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe demande au Parti populaire européen (PPE) de soutenir une proposition visant à déréglementer les lois européennes sur la durabilité et le devoir de diligence des entreprises. Les Patriotes souhaitent un vote public sur le sujet, estimant que le compromis proposé par le PPE reviendrait sur les accords précédemment conclus avec les législateurs centristes et de gauche. Cet accord avait échoué lors d’un vote secret, et la révision de la loi omnibus sera examinée en plénière le 13 novembre.
En bref des capitales
VARSOVIE 🇵🇱
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a suscité des remous en suggérant que les pays peinant à réformer la Convention européenne des droits de l’homme pourraient envisager de s’en retirer, évoquant l’aggravation des problèmes migratoires. Varsovie a rapidement clarifié qu’aucun retrait n’était envisagé, mais la polémique a entraîné de vives critiques de la part de partenaires de la coalition, qui dénoncent une atteinte aux fondements juridiques européens.
VILNIUS 🇱🇹
La Lituanie a annoncé autoriser le tir sur les ballons de contrebande en provenance de Biélorussie, qualifiant ces incidents d’« attaque hybride » rappelant les manœuvres russes de déstabilisation. Cette décision survient dans un contexte de tensions accrues avec Minsk et de fermetures d’aéroports, soulevant la question d’une possible consultation avec l’OTAN.
STOCKHOLM 🇸🇪
Le gouvernement suédois a dévoilé des plans pour abaisser l’âge de la responsabilité pénale de 15 à 13 ans, une mesure radicale face à la montée de la violence des gangs. Cette proposition, soutenue par l’extrême droite, permettrait aux jeunes de 13 et 14 ans d’être condamnés à des peines de prison pour des délits graves, malgré les avertissements des procureurs et des défenseurs des droits sur les risques de violation des normes de protection de l’enfance.
PRAGUE 🇨🇿
Andrej Babiš, leader populiste du parti ANO arrivé en tête des élections sans majorité absolue, a été chargé de former le prochain gouvernement tchèque. Des négociations sont en cours avec l’extrême droite et un parti anti-européen. Le président Petr Pavel a appelé à un respect des normes démocratiques, la composition de la future coalition pouvant impacter le soutien de Prague à l’Ukraine.
HELSINKI 🇫🇮
Le ministère finlandais de la Défense a bloqué onze transactions immobilières impliquant des ressortissants de pays tiers, notamment russes, israéliens, kazakhs et kirghizes, invoquant des risques de sécurité et des « opérations d’influence hybrides ». Le ministère a également appelé le Parlement à accélérer l’interdiction des acquisitions immobilières par des ressortissants russes.
PARIS 🇫🇷
Les députés français s’apprêtent à débattre d’une nouvelle taxe sur les assurances santé complémentaires, censée rapporter un milliard d’euros afin de compenser le gel de la réforme des retraites. L’opposition de gauche dénonce cette mesure, craignant une augmentation des primes pour les ménages.
Ordre du jour
📍 Ursula von der Leyen est en Suède pour des rencontres avec les dirigeants nordiques.
📍 Roberta Metsola est à Washington pour des entretiens avec le président de la Chambre des représentants et le secrétaire à l’Énergie.
📍 Valdis Dombrovskis est en Roumanie pour une conférence de presse.
📍 Réunion du Conseil d’association UE-Tunisie.