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Transformer les cellules graisseuses obèses en brûleurs d’énergie

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Publié le 24 février 2026. Des chercheurs de Weill Cornell Medicine ont découvert un mécanisme permettant d’inciter les cellules graisseuses à brûler de l’énergie, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies potentielles pour lutter contre l’obésité.

Une étude clinique préclinique menée par l’équipe du Dr Shannon Reilly a révélé que les adipocytes blancs, abondants chez les personnes obèses, peuvent être amenés à générer de la chaleur en brûlant leurs réserves d’énergie. Cette découverte, publiée le 23 février 2026 dans la revue Nature Metabolism, pourrait offrir une approche novatrice du traitement de l’obésité, différente des méthodes actuelles.

Les chercheurs ont observé que dans les adipocytes blancs, une forte concentration d’acides gras, combinée à l’action d’une enzyme clé appelée AAC (transporteur ATP/ADP), déclenche un processus de production de chaleur. Ils ont démontré que ce phénomène se produit également chez des souris obèses, suggérant un potentiel de perte de poids significative à long terme.

« Il reste encore beaucoup de recherches à faire, mais en principe, cette approche du traitement de l’obésité pourrait être très efficace et sûre. Les médicaments amaigrissants actuels agissent en réduisant la faim, mais ont parfois des effets secondaires digestifs désagréables. Cette nouvelle approche complète ces thérapies existantes et pourrait ainsi potentiellement être utilisée en conjonction avec des doses plus faibles pour minimiser les effets secondaires indésirables. »

M. Shannon Reilly, auteur principal de l’étude et professeur adjoint en santé métabolique, Weill Cornell Medicine

Le concept de transformer les graisses en chaleur n’est pas nouveau pour la communauté scientifique. Toutes les cellules animales utilisent des mitochondries, de minuscules moteurs cellulaires, pour convertir les sucres et les graisses en énergie (ATP). Ce processus génère naturellement un peu de chaleur. Cependant, lorsque ce processus est « découplé » de la production d’ATP, il ne produit que de la chaleur, permettant ainsi de brûler les graisses sans contrainte.

Les adipocytes bruns, un type spécialisé de cellules graisseuses, ont évolué pour utiliser ce découplage afin de produire de la chaleur et de maintenir la température corporelle. L’activité de ces cellules protège contre les maladies liées à l’obésité, telles que le diabète et les maladies cardiaques. Malheureusement, les adipocytes bruns sont relativement rares et peu actifs chez l’adulte, en particulier en cas de surpoids ou d’obésité, ce qui limite leur potentiel thérapeutique.

Des médicaments capables d’augmenter le découplage dans l’ensemble du corps se sont avérés efficaces, mais également dangereux. Le 2,4-dinitrophénol, un produit autrefois disponible en vente libre, a été interdit en 1938 en raison de ses effets indésirables, notamment une surchauffe potentiellement mortelle. Des stimulants amaigrissants comme les amphétamines présentent également des risques similaires et peuvent créer une dépendance.

L’étude du Dr Reilly, également chercheur Ralph L. Nachman, MD à Weill Cornell Medicine, s’est concentrée sur la possibilité d’induire le découplage spécifiquement dans les adipocytes blancs. Les chercheurs ont constaté que des études antérieures suggérant que seule la graisse brune produisait de la chaleur étaient biaisées par les conditions de température ambiante utilisées pour loger les animaux. En maintenant les souris à une température de 35°C (86°F), plus proche de leur température « ambiante » naturelle, ils ont pu observer une production de chaleur dans les adipocytes blancs.

Dans ces conditions, l’équipe a découvert que le processus naturel de lipolyse – la mobilisation des réserves de graisse par les adipocytes blancs – induisait un découplage dans les mitochondries. Ils ont identifié que l’interaction entre les acides gras libérés par la lipolyse et l’enzyme AAC était responsable de ce découplage. L’AAC est une protéine apparentée à celles présentes dans les adipocytes bruns, mais son rôle dans la production de chaleur par découplage n’avait pas été démontré chez les mammifères.

« Un découplage dans les adipocytes blancs avait été observé dans des études antérieures, mais le mécanisme était inconnu », explique le Dr Reilly. « Le consensus dans ce domaine était qu’il ne pouvait pas s’agir d’une source pertinente de consommation d’énergie ou de production de chaleur. »

En activant la lipolyse pour augmenter les acides gras et induire le découplage par l’AAC dans les adipocytes blancs de souris obèses, les chercheurs ont pu observer une augmentation de la température corporelle, suggérant une combustion d’énergie qui pourrait conduire à une perte de poids mesurable à long terme. Ces expériences ont été menées dans des conditions qui excluaient l’influence des adipocytes bruns et de l’activité musculaire.

Les résultats suggèrent que les cellules adipeuses blanches possèdent une capacité intrinsèque à convertir les graisses en chaleur, même en l’absence des spécialisations des adipocytes bruns. Le Dr Reilly et son équipe cherchent maintenant des moyens de stimuler sélectivement cette capacité de découplage dans les adipocytes blancs.

« L’objectif serait de provoquer une légère augmentation de la production de chaleur, uniquement dans les cellules adipeuses, ce qui, avec le temps, pourrait constituer une méthode sûre et efficace pour favoriser la perte de poids », conclut-elle.

Source:

Référence du journal :

Ahmadien, M., et al. (2026). Fatty acids promote uncoupled respiration via ATP/ADP transporters in white adipocytes. Nature Metabolism. https://www.nature.com/articles/s42255-026-01467-2.

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