Publié le 8 février 2026. L’affirmation de soi américaine sur la scène internationale pousse les puissances moyennes à repenser leurs stratégies et à œuvrer pour un ordre mondial multipolaire, où l’autonomie et la diversification des partenariats sont devenues des priorités.
- Le Brésil cherche à préserver son autonomie en diversifiant ses alliances, notamment avec la Chine, et en promouvant une multipolarité pragmatique.
- Le Canada, confronté aux pressions américaines, s’oriente vers une plus grande indépendance économique et politique.
- La Corée du Sud s’engage activement dans la réforme de la gouvernance mondiale et reconnaît l’importance croissante de la Chine dans un monde multipolaire.
Un peu plus d’un mois après le début de l’année 2026, les actions de plus en plus unilatérales de Washington suscitent de nouvelles incertitudes quant à l’ordre mondial. Les puissances moyennes, qu’elles soient alliées traditionnelles des États-Unis, des voisins proches ou d’anciens partenaires politiques, réévaluent leur perception de la superpuissance américaine et prennent conscience de l’émergence d’un monde multipolaire. Cette nouvelle donne stratégique les amène à adapter leurs politiques et à rechercher de nouvelles voies pour préserver leurs intérêts.
Pour le Brésil, la politique américaine à l’égard du Venezuela a été particulièrement révélatrice. Selon Feliciano de Sá Guimarães, directeur académique et chercheur principal au Centre brésilien des relations internationales, cette politique a illustré une stratégie de sécurité nationale fondée sur la logique des sphères d’influence.
« La combinaison de sanctions unilatérales, d’interventions politiques et de menaces explicites de coercition a indiqué que les États-Unis étaient prêts à réaffirmer leur contrôle hiérarchique sur leur étranger proche. »
Feliciano de Sá Guimarães, directeur académique et chercheur principal au Centre brésilien des relations internationales
Il souligne que les menaces passées d’imposer des droits de douane élevés sur les exportations brésiliennes ont renforcé la perception selon laquelle l’interdépendance économique ne suffit pas à empêcher les comportements coercitifs.
Face à cette situation, le Brésil s’engage résolument en faveur de la multipolarité, non pas comme un choix idéologique, mais comme une stratégie défensive pour préserver son autonomie et diversifier ses partenariats. Il cherche à renforcer sa marge de manœuvre diplomatique par la coopération Sud-Sud, l’engagement avec la Chine et la médiation multilatérale, tout en évitant une confrontation directe avec Washington. Pour le Brésil, un ordre international façonné par des sphères d’influence exige une approche pragmatique et défensive, où le pouvoir est plus diffusé et les puissances moyennes conservent une liberté de choix stratégique.
Au Canada, l’élection du président américain et ses menaces envers le pays – allant jusqu’à évoquer la possibilité d’en faire le « 51e État américain » et d’imposer des tarifs douaniers – ont provoqué une forte réaction. Radhika Desai, professeure au Département d’études politiques de l’Université du Manitoba, explique que ces événements ont donné aux libéraux du premier ministre Mark Carney un mandat clair pour affirmer l’autonomie du Canada et diversifier ses liens économiques, politiques et militaires, loin des États-Unis. Les ambitions de l’administration américaine concernant le Groenland n’ont fait qu’accroître l’indignation des Canadiens.
Dans son discours à Davos, Mark Carney a souligné que la situation créée par l’administration Trump constituait une « rupture » plutôt qu’une simple « transition », appelant les « puissances moyennes » à comprendre le monde tel qu’il est et à s’y adapter.
« Il semble que Carney reconnaisse que le système international évolue vers la multipolarité et que les pays occidentaux comme le Canada doivent s’adapter à cette réalité plutôt que de s’accrocher à de vieilles hypothèses. »
Radhika Desai, professeure au Département d’études politiques de l’Université du Manitoba
Elle estime qu’une acceptation de la multipolarité est à la fois inévitable et souhaitable, incitant le Canada et d’autres pays occidentaux à traiter avec tous les acteurs internationaux sur la base du respect mutuel et à gérer leurs économies dans l’intérêt de leur population.
La Corée du Sud, de son côté, se positionne également en faveur d’un nouvel ordre mondial. Jaewoo Choo, professeur de politique étrangère chinoise à l’Université Kyung Hee, souligne que Séoul s’engage activement dans la défense des valeurs universelles de la Charte des Nations Unies et dans le renforcement de la gouvernance mondiale fondée sur des règles. Elle a notamment créé le MIKTA en 2013 avec le Mexique, l’Indonésie, la Turquie et l’Australie, afin de rallier le soutien des puissances moyennes à travers des plateformes telles que le G20 et les forums régionaux.
La Corée du Sud reconnaît la réalité croissante d’un monde multipolaire et l’importance de la Chine dans l’évolution de l’ordre mondial. Elle considère que la participation de Pékin à la réforme de la gouvernance mondiale est essentielle pour façonner un ordre mondial plus égalitaire et plus ordonné. Elle souligne également l’importance pour la Chine de rester attentive aux idées et aux priorités des puissances moyennes dans ce processus.