Publié le 2025-10-22 18:34:00. Face aux défis de la guerre, le système de santé ukrainien démontre une résilience remarquable, s’appuyant sur l’innovation technologique pour maintenir l’accès aux soins. La 20e Conférence européenne sur le sida (EACS 2025) à Paris a mis en lumière trois applications clés de l’intelligence artificielle (IA) : les avatars numériques pour l’aide aux patients, l’apprentissage automatique pour le dépistage du VIH, et l’IA pour renforcer la planification de la continuité des activités.
- Des avatars interactifs, appelés « humains numériques », sont utilisés pour répondre aux questions de santé, notamment sur la prévention du VIH et l’accès aux traitements.
- L’apprentissage automatique permet d’identifier les personnes les plus susceptibles de recruter d’autres individus pour le dépistage du VIH, améliorant ainsi l’efficacité des campagnes.
- L’IA est également mobilisée pour optimiser les plans de gestion de la continuité des activités, assurant la pérennité des services de santé en cas de crise.
Lors de la 20e Conférence européenne sur le sida (EACS 2025) qui s’est tenue à Paris la semaine dernière, Tetiana Deshko, représentante de l’Alliance pour la santé publique, a partagé les avancées de l’Ukraine dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour soutenir son système de santé. Ces technologies visent à pallier les difficultés engendrées par le conflit, tout en améliorant l’accessibilité et l’efficacité des services.
Des « Humains Numériques » pour une information santé accessible
L’un des projets phares présentés est TWIIN, un chatbot conçu pour les populations clés en Ukraine. Ce dernier fournit des informations sur la santé sexuelle, la consommation de drogues et les services de santé disponibles. Ses réponses s’appuient sur une base de données créée par l’Alliance pour la santé publique, enrichie par ChatGPT lorsque le sujet dépasse le périmètre initial. La particularité de TWIIN réside dans son utilisation d’avatars interactifs, des « humains numériques » qui reproduisent les visages et les voix de personnes réelles. Selon Tetiana Deshko, cette approche humanisée permettrait une meilleure connexion émotionnelle et une plus grande pertinence culturelle, augmentant ainsi l’impact sur les comportements de santé, comparativement à des agents textuels. Les avatars sont d’ailleurs souvent inspirés d’agents de santé communautaires et d’utilisateurs de services issus des populations ciblées.
Les questions les plus fréquemment posées à TWIIN concernent la PrEP (prophylaxie pré-exposition), les modes de transmission du VIH, l’utilisation des préservatifs (PPE) et les mesures post-exposition, la prévention des surdoses d’opioïdes, les traitements de substitution, et le chemsex. Si la promotion du service a été relayée par des influenceurs et des ONG, la publicité ciblée via Google et Meta s’est avérée être le canal le plus efficace pour atteindre les utilisateurs.
La création de TWIIN avait également pour objectif de désengorger le travail des agents de terrain, permettant aux humains de se concentrer sur les cas plus complexes tandis que le chatbot gère les requêtes routinières. Sur le dernier trimestre 2024, TWIIN a touché 4 702 personnes, un chiffre significatif par rapport à la moyenne de 1 150 clients par ONG soutenue par le Fonds mondial. L’initiative vise également à inciter les utilisateurs à s’engager davantage dans le suivi de leur santé. Ils sont souvent orientés vers une plateforme de télésanté pour commander du matériel de prévention, organiser des consultations vidéo avec des professionnels de santé, ou obtenir des conseils pour les autotests.
Optimiser le dépistage du VIH grâce à l’apprentissage automatique
L’efficacité du dépistage du VIH dépend en partie du taux de diagnostic positif parmi les personnes testées. Dans le cadre de programmes de dépistage communautaire, ce taux s’élevait initialement à 1-2%, mais a grimpé entre 4% et 24% lors des premières campagnes utilisant les réseaux sociaux. Ce modèle consistait à solliciter les personnes nouvellement diagnostiquées pour qu’elles encouragent leurs proches à se faire dépister, grâce à un système de coupons et d’incitations financières. Cependant, ce rendement a connu des fluctuations et variait selon les individus. Pour identifier les personnes les plus aptes à identifier de nouveaux cas, l’Alliance pour la santé publique s’appuie désormais sur l’apprentissage automatique.
Cette branche de l’IA permet aux ordinateurs de faire des prédictions à partir de données, sans programmation explicite, identifiant ainsi des facteurs de risque potentiels, y compris dans des contextes mouvants comme l’arrivée de populations déplacées. En 2024, grâce à ces algorithmes, 55 cas initiaux ont désigné 922 personnes de leur entourage pour un dépistage, dont 52 (soit 5,6 %) ont reçu un diagnostic de VIH. Ces résultats sont encourageants comparés aux données obtenues sans IA : 67 cas initiaux avaient entraîné 3 208 dépistages, avec 137 diagnostics (4,3 %). L’amélioration continue des modèles d’IA avec l’accumulation de données laisse présager une augmentation future de ce taux de rendement.
Renforcer la résilience du système de santé
L’intelligence artificielle contribue également à la conformité de l’Alliance pour la santé publique avec la norme internationale ISO 22301, relative aux systèmes de management de la continuité d’activité. Cette norme fournit un cadre pour identifier les risques, se préparer aux perturbations et maintenir les fonctions essentielles en cas de crise (cyberattaques, bombardements, pannes d’infrastructure). L’objectif est de garantir la continuité des services et la protection des données confidentielles des patients.
La mise en place de ces plans de continuité est un processus complexe. Un agent conversationnel basé sur l’IA facilite l’analyse des processus critiques, des dépendances et des risques, et aide à l’élaboration de plans d’urgence personnalisés. L’IA permet également d’anticiper les risques, d’apporter une aide à la décision en temps réel lors d’incidents et d’analyser les événements passés pour affiner les meilleures pratiques. Tetiana Deshko a souligné que cette approche rend la gestion de la continuité des activités plus accessible, même pour les organisations aux ressources limitées.