Publié le 6 février 2026 à 16h50. Une levure courante, présente dans le corps de la majorité des individus, pourrait favoriser l’agressivité des cellules cancéreuses du mélanome, selon une nouvelle étude. Cette découverte ouvre des perspectives inédites pour des traitements complémentaires.
- La levure Candida albicans, généralement inoffensive, accélère la propagation des cellules cancéreuses du mélanome.
- Elle active des mécanismes moléculaires qui augmentent l’absorption d’oxygène et d’énergie par les cellules tumorales.
- La lutte contre cette infection fongique pourrait devenir un complément aux thérapies anti-cancéreuses existantes.
Une étude menée par l’Université du Pays Basque révèle un lien surprenant entre une levure omniprésente dans l’organisme humain et l’évolution du cancer de la peau. Environ 75 % de la population héberge naturellement Candida albicans, un champignon qui réside dans la bouche, sur la peau, dans le système digestif et dans le vagin. Jusqu’à présent considéré comme bénin, ce micro-organisme se révèle être un allié inattendu des cellules cancéreuses.
Les chercheurs ont observé que, chez les patients atteints de mélanome, Candida albicans stimule des voies de signalisation moléculaire, notamment p38-MAPK et HIF-1, qui sont normalement activées en situation de stress ou de manque d’oxygène. Cette activation rend les cellules cancéreuses plus agressives et favorise leur dissémination dans l’organisme.
Les expériences menées sur des souris ont confirmé ces résultats. Après seulement 14 jours d’exposition à Candida albicans, les cellules de mélanome ont développé un nombre significativement plus élevé de métastases hépatiques que les cellules non exposées. Le champignon agit donc comme un véritable accélérateur de la propagation du cancer.
Cette étude, publiée dans la revue Nature (lien vers l’étude), met en évidence le mécanisme précis par lequel Candida albicans influence l’agressivité des mélanomes : il modifie le métabolisme des cellules cancéreuses, les rendant plus aptes à migrer et à former des métastases. Il est important de souligner que la levure n’est pas le seul facteur impliqué dans le développement du cancer ; d’autres infections, comme celles des voies respiratoires, peuvent également jouer un rôle.
Malgré ces découvertes préoccupantes, les chercheurs voient dans ces résultats une opportunité de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques. L’objectif serait de cibler spécifiquement l’infection à Candida albicans chez les patients atteints de mélanome, afin de freiner la progression de la maladie.
« Les thérapies actuelles contre le cancer s’attaquent directement aux cellules malignes. Mais si l’on constate que l’utilisation d’antimycosiques peut avoir un effet bénéfique sur le cancer, cela pourrait ouvrir de nouvelles voies. »
Leire Aparicio Fernández, Université du Pays Basque
Ce travail de recherche, réalisé dans le cadre de la thèse de doctorat de Leire Aparicio-Fernández sous la supervision des professeurs Aitziber Antoran-Diaz et Andoni Ramirez-Garcia, souligne l’importance de prendre en compte l’ensemble du microbiote dans la lutte contre le cancer. Il démontre que même des micro-organismes apparemment inoffensifs peuvent cacher des dangers insoupçonnés. (Sources : Campusa, Nature) (moi)