Home Santé Troubles du sommeil: pourquoi la Suisse ignore un problème de santé – Actualités

Troubles du sommeil: pourquoi la Suisse ignore un problème de santé – Actualités

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Un tiers de la population suisse souffre de troubles du sommeil, un fléau qui pèse lourdement sur la santé publique et l’économie, mais que les politiques peinent à élever au rang de priorité. Selon Albrecht Vorster, neurobiologiste et chercheur émérite dans le domaine du sommeil, cette réticence constitue une grave erreur aux lourdes conséquences.

Albrecht Vorster, directeur de la Swiss Sleep House à l’Hôpital de l’Île de Berne, est un expert reconnu des méandres du sommeil. Ses recherches, menées à travers des institutions prestigieuses comme le Center for Sleep and Consciousness de l’Université du Wisconsin-Madison, l’ont conduit à dénoncer le manque d’action politique face à une réalité alarmante : les troubles du sommeil touchent un tiers des Suisses, sans pour autant être intégrés aux stratégies nationales de santé.

« C’est un peu décevant », confie le chercheur, interrogé sur la décision du Conseil national de ne pas imposer de directives au Conseil fédéral en matière de prévention du sommeil. Il souligne pourtant l’importance capitale du sommeil, qu’il place au même niveau que l’alimentation, l’exercice physique et les liens sociaux, formant ainsi les quatre piliers essentiels à notre bien-être. « Environ 80 % de toutes les maladies dépendent de ces quatre facteurs », rappelle-t-il.

L’intégration de la problématique du sommeil dans la stratégie nationale de santé est d’autant plus cruciale que les troubles qui lui sont liés sont souvent à l’origine de pathologies majeures. « Environ la moitié des patients souffrant d’hypertension artérielle souffrent également d’apnée du sommeil », explique Albrecht Vorster. Il avance que la prise en charge de ces troubles pourrait réduire significativement l’hypertension et prévenir des accidents vasculaires cérébraux et crises cardiaques. De plus, un mauvais sommeil doublerait le risque de développer un diabète.

Le travail posté, une bombe à retardement pour la santé

Le chercheur met particulièrement en garde contre les dangers du travail posté, qui expose les individus à un sommeil irrégulier, souvent écourté et de moindre qualité. « À long terme, cela entraîne des maladies graves comme des problèmes cardiovasculaires ou des troubles digestifs », alerte-t-il. Les répercussions ne s’arrêtent pas là : les conséquences sociales sont également préoccupantes, avec un taux de divorce accru de 50 % chez les travailleurs postés et des performances scolaires notablement plus faibles chez leurs enfants. L’expert plaide pour une formation sanitaire obligatoire et une refonte des modèles de temps de travail, affirmant que « le travail ne doit pas rendre malade ».

Un investissement rentable pour le système de santé

Contrairement aux idées reçues, investir dans la thérapie du sommeil ne représenterait pas une charge insurmontable pour un système de santé déjà sous pression, mais plutôt une source d’économies substantielles à terme. « Il s’agit de penser le sommeil à tous les niveaux », insiste Albrecht Vorster. Il souligne l’absence de coût pour l’éducation des jeunes au sommeil dès l’école : « Si nous apprenons aux jeunes à bien dormir à l’école, cela ne coûte rien. Mais nous économisons une somme d’argent incroyable si cela empêche la dépression ou l’anxiété de se manifester en premier lieu. Ces maladies psychiatriques sont très souvent précédées d’un trouble du sommeil. »

La jeunesse, une génération privée de sommeil

Les adolescents constituent une population particulièrement vulnérable. « En effet, leur horloge interne recule biologiquement jusqu’à deux heures pendant la puberté. Souvent, ils ne parviennent pas à s’endormir avant une ou deux heures du matin, mais doivent se lever à six ou sept heures. C’est trop peu. En fait, nous volons leur sommeil », dénonce le chercheur. C’est pourquoi les scientifiques du monde entier militent pour un décalage de l’heure de rentrée scolaire à 9 heures du matin après la puberté, une mesure qualifiée de « nécessité biologique ».

Conseils pour retrouver des nuits sereines

Le sommeil s’apprend, et Albrecht Vorster propose des pistes concrètes pour améliorer la qualité de nos nuits :

  • Se coucher à heure fixe, mais uniquement lorsque la fatigue se fait sentir.
  • Ne pas dépasser huit heures au lit.
  • En cas de réveil nocturne et de pensées qui s’emballent, il est conseillé de se lever pour briser le cycle de l’éveil et éviter que le lit ne soit associé à l’insomnie. S’adonner à une activité relaxante, comme la lecture, avant de regagner le lit une fois la somnolence revenue.
  • S’exposer à la lumière naturelle pendant la journée est également primordial.
  • Les personnes qui ronflent et présentent des arrêts respiratoires doivent impérativement consulter un médecin.

Interrogé sur les mesures de prévention du sommeil déjà en place, le chercheur les juge insuffisantes. L’idée qu’un bon régime alimentaire et une activité physique suffisent à régler les troubles du sommeil est réfutée par ses recherches menées auprès de 4 000 athlètes d’élite suisses, où les troubles du sommeil s’avèrent également fréquents. « Le sommeil est un facteur de risque indépendant qui nécessite une considération indépendante », martèle-t-il.

Les conséquences économiques de la fatigue en Suisse sont colossales. « Un employé fatigué est moins productif. Chaque employé souffrant d’un trouble du sommeil coûte à une entreprise environ 2 000 francs par an », chiffre Albrecht Vorster, soulignant l’ampleur des pertes financières dues à la somnolence au travail.

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