Publié le 2024-12-24 10:30:00. Washington frappe de plein fouet le développement de l’Aéroport international Felipe Ángeles (AIFA), projet phare du président mexicain Andrés Manuel López Obrador. La décision américaine d’annuler 13 liaisons aériennes actuelles ou prévues met à mal les ambitions de cet aéroport, pourtant au cœur de la stratégie de diversification du trafic aérien mexicain.
- Les États-Unis annulent 13 liaisons aériennes mexicaines, affectant notamment les destinations phares comme New York, Los Angeles et Miami.
- Cette mesure vise l’AIFA, projet mexicain destiné à désengorger l’aéroport de Mexico (AICM), et vise également à interdire les services combinés fret et passagers avec l’AIFA.
- Washington justifie cette décision par le non-respect présumé par le Mexique de l’accord aérien binational de 2015, notamment concernant le transfert de compagnies cargo américaines vers l’AIFA.
Dans un contexte de tensions commerciales croissantes, le gouvernement américain, sous l’impulsion de Donald Trump, a annoncé mardi l’annulation de treize liaisons aériennes entre le Mexique et les États-Unis. Cette mesure, qui prend effet rapidement, cible directement l’Aéroport international Felipe Ángeles (AIFA), un projet d’envergure lancé sous la présidence d’Andrés Manuel López Obrador et poursuivi par l’actuelle administration de Claudia Sheinbaum. L’ordre présidentiel américain interdit également l’extension des vols entre les États-Unis et l’aéroport principal de Mexico (AICM), déjà saturé. Les compagnies aériennes mexicaines Aeroméxico, Volaris et VivaAerobus sont particulièrement touchées par cette décision, qui survient alors que l’AIFA cherche à s’imposer comme une alternative viable face à l’AICM, lequel accueille plus de 45 millions de passagers annuellement.
Les décisions de l’administration Trump placent les projets de l’AIFA, situé à Zumpango, dans une situation délicate. L’aéroport, qui avait accueilli 6,3 millions de passagers fin 2024, se voit ainsi privé de dessertes vers des villes américaines majeures. Le ministère américain des Transports a justifié ce veto aérien par le non-respect, selon lui, par le Mexique de l’accord aérien binational de 2022. Cette année-là, le gouvernement mexicain avait ordonné une réduction des créneaux d’atterrissage et de décollage à l’AICM, obligeant les compagnies cargo américaines à transférer leurs opérations vers le nouvel AIFA. Selon Washington, ces mesures, initialement présentées comme temporaires pour faciliter la construction d’infrastructures de désengorgement, ne se sont toujours pas matérialisées trois ans plus tard, perturbant le marché et engendrant des coûts supplémentaires pour les entreprises américaines.

L’importance du marché américain pour le tourisme mexicain est considérable, absorbant environ 70% des voyageurs internationaux. La compagnie Viva Aerobus devrait être la plus affectée par la décision de Washington, ayant prévu de lancer plusieurs nouvelles liaisons depuis l’AIFA vers des villes comme Los Angeles, Chicago, et New York. La compagnie a déploré dans un communiqué l’impact de cette mesure unilatérale sur des milliers de passagers nord-américains et mexicains, notamment en pleine période des fêtes.
Cette nouvelle mesure s’inscrit dans une série de différends récents entre le Mexique et son voisin du nord. En septembre dernier, l’administration Trump avait déjà ordonné la fin de l’alliance entre Aeroméxico et Delta, arguant d’un manque de concurrence. Les compagnies ont contesté cette décision devant les tribunaux. L’Association mexicaine des pilotes d’aviation (ASPA) a d’ailleurs exprimé ses préoccupations quant à l’incertitude professionnelle et économique générée par ces décisions, appelant le gouvernement mexicain à rétablir les conditions d’équité de l’accord bilatéral de 2015.
Le ministère américain des Transports reproche au Mexique une incertitude persistante dans l’attribution des créneaux horaires, désavantageant les compagnies américaines et créant une situation concurrentielle instable. Washington se dit prêt à reconsidérer sa décision si le Mexique respecte les termes de l’accord de 2015. Cependant, les perspectives de négociation semblent compromises par la réaction de la présidente mexicaine. Claudia Sheinbaum a fermement défendu la politique aéronautique nationale, qualifiant les plaintes américaines d’infondées et affirmant :
« Nous ne sommes pas d’accord avec cette décision. Le Mexique n’est la piñata de personne. Le Mexique est respecté ».
Claudia Sheinbaum, Présidente du Mexique
À l’approche des fêtes de fin d’année et moins d’un an avant la prochaine Coupe du monde, ces restrictions américaines promettent de nouvelles turbulences pour l’AIFA. Inauguré en mars 2022 avec un coût de 75 milliards de pesos (environ 3,7 milliards d’euros), cet aéroport ambitieux devait initialement accueillir 20 millions de passagers dans sa première phase. Trois ans plus tard, sa pleine capacité reste une promesse lointaine, avec un trafic de peu plus de six millions de passagers en 2024, contrastant avec les 40 millions de voyageurs de l’AICM. Cet écart risque de s’accentuer si les mesures américaines sont pleinement appliquées.
Selon Rogelio Rodríguez, expert en droit aérien de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM), l’impact sur l’AICM sera limité en raison de sa congestion actuelle. En revanche, l’AIFA, disposant d’une grande marge de développement, serait le plus durement touché. Si les restrictions persistent, ses liaisons internationales pourraient se limiter à des destinations comme la Colombie et le Venezuela. « Les États-Unis tentent de frapper au cœur de ce qui affecte le plus le Mexique, notamment en empêchant la croissance de l’AIFA, dans une mesure qui touche le cœur politique et non le fond technico-opérationnel », analyse-t-il.
Fernando Gómez, un autre spécialiste, estime que ces routes aériennes sont devenues un levier de négociation dans le cadre d’autres différends entre les deux pays, notamment sur les questions de sécurité, de migration et de commerce. Il suggère que l’annulation de ces vols s’inscrit dans une « reconfiguration stratégique dans le cadre de la nouvelle géoéconomie que les États-Unis proposent d’imposer », ouvrant potentiellement la voie à une reprise de ces routes par les compagnies aériennes américaines.
Les projections initiales pour l’AIFA visaient une expansion maximale d’ici 2050, avec une capacité de transport de plus de 85 millions de passagers et trois millions de tonnes de fret par an. Ces objectifs ambitieux semblent aujourd’hui plus lointains, face à ces nouvelles frictions bilatérales, qui reflètent la politique du « L’Amérique d’abord » et la protection de l’industrie nationale prônées par les États-Unis.