Publié le 2025-10-30. La Corée du Sud pourrait bientôt se doter d’un sous-marin à propulsion nucléaire, suite à une déclaration controversée du président américain Donald Trump. Cette décision, si elle se concrétise, marquerait une avancée technologique majeure pour Séoul et soulève d’importantes questions sur la prolifération nucléaire et les équilibres régionaux.
- Donald Trump a annoncé avoir donné son accord à la Corée du Sud pour la construction d’un sous-marin nucléaire, une première pour le pays.
- Cette décision intervient dans le cadre d’un accord commercial plus large entre les deux nations, incluant l’achat de ressources énergétiques américaines par Séoul.
- Des experts et des responsables sud-coréens expriment des doutes quant à la faisabilité technique et aux implications de cette acquisition, tandis que Pékin appelle à la prudence.
Lors d’une visite en Corée du Sud, le président américain Donald Trump a déclaré jeudi avoir donné son feu vert à Séoul pour la construction d’un sous-marin à propulsion nucléaire. Cette annonce, qualifiée de « spectaculaire » par certains observateurs, positionnerait la Corée du Sud aux côtés d’une poignée de nations maîtrisant cette technologie sophistiquée. Selon Trump, le futur bâtiment serait assemblé dans un chantier naval de Philadelphie, où des entreprises sud-coréennes auraient d’ores et déjà accru leurs investissements.
« Je leur ai donné l’autorisation de construire un sous-marin à propulsion nucléaire, plutôt que les sous-marins diesel à l’ancienne et beaucoup moins agiles dont ils disposent actuellement », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Donald Trump a également mentionné que Séoul s’était engagé à acquérir d’importantes quantités de pétrole et de gaz américains, dans le cadre d’un sommet qui a vu la finalisation d’un accord commercial.
La question du retraitement du combustible nucléaire usé par la Corée du Sud, une demande formulée par le président sud-coréen Lee Jae Myung, a également été évoquée. Actuellement, l’accord nucléaire bilatéral interdit à Séoul de retraiter son combustible usé ou d’enrichir de l’uranium, malgré la présence de réacteurs nucléaires pour la production d’électricité.
Cependant, des interrogations subsistent. Le ministère sud-coréen de l’Industrie a précisé que ses responsables n’avaient pas été impliqués dans des discussions détaillées concernant la construction de sous-marins à Philadelphie. Par ailleurs, Donald Trump n’a pas spécifié d’où proviendrait la technologie de propulsion nucléaire, un savoir-faire exclusif à un cercle très restreint de pays. Historiquement, les États-Unis n’ont partagé cette technologie qu’avec le Royaume-Uni dans les années 1950, dans le cadre du projet AUKUS qui vise à fournir des sous-marins nucléaires à l’Australie.
Un député de l’opposition sud-coréenne a par ailleurs affirmé que le chantier naval de Philadelphie ne disposait pas des infrastructures nécessaires à la construction de tels navires. Hanwha Ocean, entreprise potentiellement impliquée, s’est déclarée prête à coopérer et à fournir un soutien technologique, sans toutefois apporter de précisions.
Au niveau gouvernemental, le ministre de la Défense Ahn Gyu-back a indiqué que les plans prévoyaient une construction sud-coréenne des sous-marins et de leurs réacteurs, avec un approvisionnement en combustible enrichi auprès des États-Unis. Seok Jong-gun, responsable du programme d’acquisition de défense, a ajouté que la Corée du Sud travaillait au développement de petits réacteurs nucléaires et pourrait être en mesure d’en construire un pour un sous-marin en moins d’une décennie.
L’annonce a suscité une réaction de Pékin. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a exprimé l’espoir que Séoul et Washington « remplissent sérieusement leurs obligations de non-prolifération nucléaire et œuvrent à la paix et à la stabilité régionales, et non l’inverse ».
Daryl Kimball, directeur exécutif de l’Arms Control Association, a souligné que l’acquisition de tels sous-marins par la Corée du Sud soulevait « toutes sortes de questions ». Il a précisé que ces navires impliquaient généralement l’utilisation d’uranium hautement enrichi et nécessiteraient un régime de contrôle international complexe. Selon lui, il serait « techniquement et militairement inutile pour la Corée du Sud d’acquérir la technologie permettant d’extraire du plutonium à des fins militaires ou d’enrichissement de l’uranium », des capacités pouvant servir à la fabrication d’armes nucléaires. Il a appelé l’administration Trump à résister à de telles demandes, comme elle s’efforce de refuser ces technologies à ses adversaires.
Kim Dong-yup, professeur d’études sur la Corée du Nord à l’Université de Kyungnam, a résumé le sommet comme une « commercialisation de l’alliance et marchandisation de la paix », estimant que l’objectif était de maximiser les intérêts américains plutôt que l’autonomie de la péninsule coréenne.