Soixante-dix-neuf ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’alliance militaire entre le Japon et les États-Unis montre des signes de tension. Une enquête en ligne, réalisée par le quotidien Asahi Shimbun, révèle qu’une écrasante majorité de Japonais, soit 82 %, s’opposent à l’installation de nouvelles bases américaines sur leur territoire. Seuls 18 % des sondés se disent favorables à une présence militaire américaine renforcée dans la région.
La relation sécuritaire entre les deux nations trouve ses origines dans l’immédiat après-guerre. En 1945, Tokyo signait sa reddition aux forces alliées à bord du cuirassé USS Missouri. Sept ans plus tard, en 1952, le Japon retrouvait sa pleine souveraineté, mais restait intégré dans la sphère de sécurité américaine, notamment par le biais d’un traité autorisant le déploiement de troupes américaines.
Aujourd’hui, l’archipel abrite plus de 120 installations militaires américaines. Ces sites accueillent environ 60 000 soldats issus de diverses branches de l’armée américaine (armée de terre, marine, armée de l’air, corps des Marines, et force spatiale). À cela s’ajoutent 35 000 membres de leur famille, 7 000 civils et 25 000 travailleurs japonais.
Plusieurs raisons expliquent ce mécontentement croissant à l’égard de Washington. Le bruit généré par les activités militaires, les incidents et les crimes commis par des soldats américains figurent parmi les préoccupations majeures. S’y ajoute un sentiment de doute quant à la fiabilité de la protection américaine en cas d’attaque, ainsi que la crainte que les bases deviennent des cibles en période de conflit. Les questions environnementales constituent également un sujet d’inquiétude.
Cette tendance reflète une méfiance accrue. Une enquête similaire menée en 2010 indiquait que 26 % des Japonais étaient favorables à la présence militaire américaine, soit une baisse de huit points en quinze ans. Actuellement, seulement 5 % des citoyens interrogés croient que Washington interviendrait sans hésitation pour défendre le pays.
L’enquête souligne un consensus national sur le fait qu’Okinawa supporte une charge disproportionnée. Cette île, ne représentant que 0,6 % de la superficie nationale, concentre plus de 60 % des bases américaines présentes au Japon. Une majorité de Japonais considère qu’une redistribution de ces installations sur d’autres régions du pays serait une solution. Cependant, le journal Asahi Shimbun pose la question cruciale : combien de personnes sont réellement prêtes à accueillir ces bases sur leur territoire ?