Publié le 2025-10-07 11:55:00. Un raid spectaculaire mené par des centaines d’agents fédéraux a semé la terreur dans un immeuble d’habitation de Chicago, ciblant des migrants vénézuéliens et laissant derrière eux un sentiment d’insécurité généralisée, même parmi les résidents américains.
- Des hélicoptères Black Hawk ont parachuté des agents sur le toit, tandis que les forces de l’ordre ont investi les lieux par la force, créant une scène digne d’une zone de guerre.
- Isaiah Johnson, un résident américain, a été réveillé en pleine nuit par son chien, découvrant des agents fédéraux face à lui avant de fuir par la fenêtre pour être arrêté.
- Des familles vénézuéliennes ont été arrêtées et emmenées dans des fourgons par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et le FBI (Federal Bureau of Investigation), laissant des enfants américains aux mains du gouvernement.
La nuit du 30 septembre 2025 a basculé dans la violence pour les habitants d’un immeuble de Chicago. Des centaines d’agents fédéraux, y compris le commandant de la Patrouille frontalière, Greg Bovino, ont pris d’assaut le bâtiment, équipé de drones, d’hommes armés et masqués. L’objectif : démanteler une supposée activité du gang vénézuélien Tren de Aragua. L’opération, surnommée « Operation Midway Blitz », a abouti à l’arrestation d’environ un millier de personnes à Chicago, dans le cadre d’une stratégie plus large de lutte contre l’immigration clandestine.
Isaiah Johnson, 24 ans, résident de longue date de l’immeuble, décrit une scène de chaos : « Le chien savait que quelque chose se passait avant même d’entendre le premier gros « boum » ». Face aux hommes en uniforme, il a choisi de fuir par la fenêtre, pour finalement être arrêté, menotté et contraint de s’asseoir sur le trottoir pendant des heures. Pendant ce temps, les voisins vénézuéliens étaient appréhendés. « Il y avait des drones. Des hommes armés et masqués. Des femmes et des enfants qui pleuraient et hurlaient. Certains étaient nus et n’étaient pas autorisés à mettre des vêtements. Cela ressemblait à un film. Je n’avais jamais rien vécu de tel », témoigne un résident sous couvert d’anonymat.
Parmi les 37 personnes arrêtées lors du raid, les autorités américaines affirment que deux sont membres du gang Tren de Aragua. Au moins quatre enfants américains se retrouvent orphelins de leurs parents arrêtés. Les habitants vénézuéliens disparus depuis le raid n’ont pas réapparu, laissant planer l’incertitude quant à leur sort.
Le bâtiment lui-même, situé dans le quartier sud défavorisé de Chicago, présentait des signes de négligence flagrants. Les portes extérieures ne fonctionnaient plus, les ascenseurs étaient hors service, les fuites n’étaient pas réparées et les nuisibles proliféraient. C’est dans ce contexte que de nombreux immigrants vénézuéliens, arrivés en nombre sous l’administration Biden et sans soutien adéquat, avaient trouvé refuge. Si certains résidents américains, comme Tony Lipcomb, 64 ans, voient le départ forcé des Vénézuéliens comme une bonne nouvelle, parlant de « gangsters dangereux », d’autres, comme Isaiah Johnson, n’avaient aucun problème avec leurs voisins.
« J’habite avec cinq Américains et les agents m’ont laissé tranquille, probablement parce qu’ils avaient une liste des appartements loués uniquement à des Américains », explique Lipcomb, suggérant que le propriétaire ou le gérant de l’immeuble aurait pu contacter les autorités.
Malgré la satisfaction de certains quant au départ des Vénézuéliens, le spectacle des dégâts laissés derrière eux est choquant. Les fenêtres brisées, les portes défoncées, et les appartements pillés par des individus non identifiés après l’intervention policière, ont transformé l’immeuble en un lieu encore plus invivable. « C’est un endroit terrible où vivre ces dernières années », confie Lipcomb, désormais entouré de meubles cassés, de vêtements épars et d’ordures. « Maintenant, c’est complètement invivable. Mais je ne peux aller nulle part ailleurs. »
Ce raid spectaculaire survient dans un climat de tension accrue concernant l’immigration, alimenté par les prises de position du président Donald Trump. Ce dernier a menacé de déployer des militaires dans les « villes dangereuses » sous gouvernance démocrate, alors que les migrants récents et ceux établis depuis des décennies, ainsi que des Américains d’origine étrangère, vivent dans la peur d’être ciblés.
Les Vénézuéliens arrêtés auraient été conduits dans un centre de détention de l’ICE avant d’être potentiellement expulsés. Devant ces centres, des manifestants se rassemblent quotidiennement pour tenter d’entraver les actions des forces de l’ordre. Parmi eux, Levi Rolles, 31 ans, venu de Caroline du Nord. Il décrit la répression policière lors des manifestations, avec l’usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. « Ils veulent que nous mordions pour avoir une raison d’appeler des soldats », affirme-t-il, tout en espérant qu’une résistance accrue se manifestera lorsqu’il s’agira des citoyens américains.
Les autorités ont érigé des barrières pour éloigner les manifestants, mais ceux-ci persistent, espérant susciter une révolte contre la politique anti-immigration. « Nous sommes là pour faire tout ce qui est en notre pouvoir pour inspirer les autres à se rebeller », conclut Rolles.