L’échec diplomatique de l’administration Trump autour du programme nucléaire iranien a créé une situation périlleuse au Moyen-Orient, remettant en question les progrès réalisés grâce à l’accord de 2015.
Dix ans après avoir participé aux négociations ayant abouti au Plan d’action global commun (PAGC) de 2015, un acteur clé de ces pourparlers revient sur les dégâts causés par le retrait américain de cet accord historique. La décision unilatérale du président Trump en 2018 de sortir du traité, censé empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, a eu des conséquences prévisibles : Téhéran a relancé ses activités nucléaires, se soustrayant aux contraintes établies.
À l’époque, l’objectif était clair : empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Malgré les affirmations de Téhéran quant à un programme civil exclusivement pacifique, les inquiétudes subsistaient, notamment en raison d’indices d’un intérêt passé pour le développement d’une bombe avant 2003. Pour parvenir à un accord, l’administration Obama avait mobilisé la communauté internationale, imposant des sanctions sévères, renforcées par le Conseil de sécurité de l’ONU en juin 2010. Ces mesures ont exercé une pression suffisante pour inciter l’Iran à s’asseoir à la table des négociations.
L’équipe américaine dépêchée à Vienne pour peaufiner les détails techniques de l’accord comprenait des diplomates aguerris, des scientifiques nucléaires, des juristes et des experts en sanctions. Cet effort collectif, fruit d’une coordination avec des partenaires mondiaux comme la Russie et la Chine, visait à obtenir des limitations drastiques des activités nucléaires iraniennes en échange d’un allègement progressif et réversible des sanctions. Après des mois de travail acharné, l’Iran avait consenti à des concessions majeures, exportant environ 98 % de son uranium enrichi et acceptant une surveillance internationale intrusive et permanente.
Cependant, le retrait précipité des États-Unis en 2018 a anéanti ces avancées. L’Iran, libéré des contraintes du PAGC, a repris sa progression dans son programme nucléaire. Une tentative de l’administration Trump de négocier un nouvel accord a rapidement échoué, ressemblant étrangement à celui qu’elle avait pourtant dénoncé, un expert nucléaire qualifiant le projet de « gros JCPOA « .
Aujourd’hui, des questions cruciales demeurent quant à l’ampleur des dommages réels subis par le programme nucléaire iranien. Quel sera le sort des tonnes d’uranium enrichi accumulées ? Dans quelle mesure l’infrastructure nucléaire iranienne reste-t-elle intacte ? Téhéran acceptera-t-il un retour à une surveillance internationale rigoureuse ?
Pour répondre à ces interrogations, une nouvelle phase de négociations complexes semble s’engager. Cependant, la situation est loin d’être idéale. L’hostilité affichée par l’administration Trump envers ce qu’elle appelle le « État profond » a eu pour effet de démobiliser et de décourager les experts gouvernementaux, dont le savoir-faire était pourtant indispensable à la conclusion du PAGC.
Cette nouvelle crise souligne la perte d’une approche diplomatique efficace et fondée sur des principes, menée en étroite collaboration avec les alliés. L’accord de 2015 représentait une victoire du dialogue et de la négociation sur la démonstration de force. L’auteur exprime sa profonde préoccupation quant à l’avenir, dix ans après une approche qui avait pourtant porté ses fruits pour la sécurité internationale.